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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 20:58

GILLES VINCENT
EDITIONS JIGAL

beso de la muerteElle est revenue !! Mon héroïne préférée, ma commissaire fétiche!

 

Un corps bâti dans le roc enfermant un cœur de feu, d'une féminité flamboyante et d'une fragilité intérieure qui vous fait rendre les armes au plus dur des rebelles. Cette sacrée bonne femme , c'est Aïcha Sadia, commissaire de police officiant à Marseille.

 

J'avais fait sa découverte dans l'excellent  PARJURES de Gilles Vincent. A l' époque je l'avoue, j'étais tombé sous le charme de la donzelle !

 

Elle est donc de retour dans le dernier roman de cet écrivain à l'avenir prometteur. C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne lui tiendrai pas rigueur de ne pas lui avoir donné cette fois ci le rôle principal de son roman " Beso de la muerte" , d'autant que celui ci est, à mon sens, encore meilleur que le précédent.

 

Cette fois ci Gilles Vincent nous embarque dans une intrigue tortueuse qui va nous ramener lorca.jpgdans un passé fait de tumultes, de sang et de larmes.


Ce passé, c'est celui de l'Espagne, du temps de la guerre civile, du temps de la conquête du pouvoir par les forces phalangistes.  

 

Mais l'histoire fait parfois des ricochets sur la surface du temps, et les souvenirs qui restent parfois à fleur de présent nous conduisent aussi vers une autre page sanglante, plus récente celle-ci, celle des GAL qui assassinaient les activistes basques sur le sol français dans les années 80.

 

Quel lien peut-il bien y avoir entre ces deux époques séparées d'une cinquantaine d'années?

 

C'est bien ce que finira par essayer de comprendre Thomas Roussel, un flic basé à Pau.

 

Thomas est un homme valdingué par la vie, abîmé par l'existence au point d'avoir un jour mis le canon de son arme dans sa bouche. Il abaissera son flingue et finalement, quelques années plus tard, ayant remonté la pente, il finira par trouver l'équilibre et le bonheur.

 

gal.jpgPourtant, le jour même de son mariage un appel téléphonique va le ramener bien malgré lui à cette époque où il n'était plus que le fantôme de lui même.

 

Au bout du fil, Claire, son ex qui l'avait plaqué quatre plus tôt de manière brutale. Affolée, elle l'appelle au secours. Ayant mis à jour  quelque chose d'explosif, sa vie est en péril.

 

Pas le temps d'en savoir plus, des cris,  la communication qui s'interrompe brutalement. Juste le temps d'entendre  une dernière fois la voix de Claire hurler un nom, " el capitan".

 

Thomas va rouler toute la nuit pour Marseille. Mais c'est un cadavre carbonisé abandonné sur les voies ferrées, et Aïcha et son équipe qui l'attendent là bas. Pour Thomas, le coup est rude.

 

En unissant leur force, en creusant dans le passé de Claire, cette professeur d'Espagnol quiactiviste-basque.jpg vouait un culte sans limite au poète Garcia Lorca assassiné en 36 par les hommes de Franco, Thomas, Aïcha et ses hommes vont essayer de tirer le fil d'une histoire aux ramifications lointaines et plurielles.

 

Gilles Vincent, incruste à merveille son scénario dans le passé des hommes, rappelant comme d'autres (je pense en particulier à Maurice Gouiran, autre auteur des éditions Jigal) que l'Histoire est un jeu de clair obscur, qui bien souvent  cache dans ses replis, des faits qui parfois ressurgissent avec fracas dans notre présent apaisé et bousculent nos certitudes.

 

Gilles-Vincent1.jpgNon sans talent, l'auteur parvient à emmener son lecteur dans une aventure passionnante, mêlant avec adresse les différentes facettes historiques de son scénario, tout en donnant à ses personnages une certaine charge poétique qu' expriment les états d'âmes de ses différents protagonistes.

 

Un roman assurément mieux aboutit que le précédent qui était déjà très bon, des personnages auxquels on s'attache et que l'on quitte avec regret à la fin du roman, voilà qui donne une idée du plaisir que procure la lecture de ce livre signé Gilles Vincent.

 

Quant à moi, il me tarde déjà de revoir ma belle Aïcha !

Par La petite souris - Publié dans : Auteurs Français - Communauté : Chronique de nos lectures
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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 12:30

SAM MILLAR
EDITIONS SEUIL

sam millarJe me rappelle quand j'étais collégien. Je me rappelle 1981.

 

 Tous les matins avant de me rendre à l'école, je déjeunais au son de la radio que j'écoutais toujours d'une oreille distraite. C'est au cours d'un ces matins là, que j'ai entendu pour la première fois son nom. Je n'y avais pas vraiment prêté attention, et je ne le savais pas encore, ce nom allait  m' accompagner  66 jours durant jusqu' à ce funeste 5 mai 1981.

 

A 14 ans, le jeune garçon que j'étais ne connaissait rien encore au conflit nord irlandais. Ce n'est qu'au cours de mes études universitaires en histoire que je ferai bien des années plus tard, que je devais m'intéresser vraiment à ce conflit et à ses origines, à cette guerre civile qui aux portes de l'Europe a brisé tant de destins et fait couler le sang des enfants de cette terre.

 

Au fil des jours j'ai donc suivi sa grève de la faim, vu sa déchéance physique s'accélérer à mesure que grandissait son aura au delà des murs de sa cellule, et que le pouvoir britannique se retrouvait prisonnier de la volonté indestructible  d'un homme à livrer son combat jusqu'au sacrifice ultime de sa vie.

 

J'ai fini par admirer cet homme. Il a contribué sans nul doute, avec d'autres événements delong kesh ma vie, à façonner ma sensibilité politique.

 

Il s'appelait Bobby Sands. Neuf autres compagnons de lutte devaient le rejoindre dans la tombe.

 

Sam Millar fut de ce combat, même s'il n'a pas été jusqu'à prendre part à ces grèves de la faim meurtrières. " On the briks " est son histoire.


Celle d'un gamin pauvre de Belfast qui un jour assiste avec son frère à sa première manifestation pour les droits civiques des irlandais catholiques. Ce sera le tristement célèbre " Bloody sunday " ( 13 civils abattus par l'armée britannique)  qui illustrera par de sombres images les discours de son républicain de père et qui fera rentrer le jeune Millar de plain-pied dans la réalité politique de son pays.

 

blanketprotestsA 17 ans il est en prison, là même où mourra Bobby Sands. Il y embrassera la cause de ses compagnons et les rejoindra dans la Rébellion , d'abord à travers la Blanket protest( refus de porter l'uniforme de prisonnier de droit commun) puis de la Dirty protest ( refus de se laver, étalement des excréments sur les murs des cellules).

Le bras de fer avec l'administration durera des années, jusqu'au premières grèves de la faim.

 

Millar, parle, raconte. S'il peut parfois se montrer critique vis à vis de ceux qui mènent le combat à l'extérieur, il ne condamne pas ceux qui, en prison,  finissent par baisser les bras, broyés par la machine répressive. Il témoigne.

 

De ce qu'il a vécu, de ce qu'il a enduré. Il le fait sans pathos, sobrement, allant à l'essentielbelfast-riot1  sur ces années de lutte et de souffrance.

 

Des privations, du froid qui s'engouffre dans les cellules sans fenêtres, de la bouffe avariée, des tabassages et des humiliations quotidiennes, de la violence perpétuelle des gardiens, morale ou physique, avec l'humour pour seule bouée qui le raccroche à son humanité alors qu'il est ravalé progressivement à l'état d'animal dans ces geôles britanniques.

 

Mais il parle aussi de cette vie au quotidien, de la solidarité qui l'unit à ses compagnons, partageant le peu de choses qu'ils peuvent avoir.

 

Il finira pas en sortir, vivant.

 

brinksEtat-Unis. Sam Millar a traversé l'atlantique. Oublié l'IRA, oublié le combat politique. Commence l'autre partie de sa vie, et l'autre moitié du livre. Une vie qui ne manquera pas non plus de sel. Une vie à chercher une place . Croupier dans un casino illégal, avant d'en devenir un responsable le temps que les affaires périclitent.

 

Alors avec des copains il va monter un des plus gros casses jamais perpétrés aux Etats Unis. Celui de la Brinks de Rochester. 7 million 400 . 000 dollars dont on ne retrouvera qu'une infime partie.

 

Mais tandis que la liberté semble être pour Sam une amante volage qui finit toujours par lui échapper, le hasard et la chance quant à eux, semblent veiller sur sa vie comme des anges gardiens. Et s'il passera encore par bien des péripéties c'est un homme libre qui finira malgré tout par fouler à nouveau la terre d'Irlande.

 

Emouvant, terriblement poignant dans sa première partie, la seconde elle, ressemble Millar.jpg davantage à un scénario de roman noir avec une forte dose de rocambolesque. Sans doute moins forte émotionnellement elle n'en est pas moins importante car c'est elle qui finira par conduire Sam Millar sur le chemin de l'écriture.

 

Difficile de croire qu'il s'agit là d'une autobiographie , tant celle-ci ressemble à un scénario de cinéma. Mais il s'agit bien de la vie d'un homme, combattant de l'Ira au plus fort de la lutte, devenu braqueur de banque avant  de trouver une plume salvatrice.

 

Aujourd'hui la paix trouve non sans difficulté son chemin en Irlande du Nord. Mais si les armes ont été déposées , reste une cause, un idéal qui eux continueront encore longtemps à brûler dans le cœur des irlandais républicains, celui d'une Irlande libre et unie.

 

Dernière minute : SAM MILLAR sera présent au Festival polar de Frontignan fin juin ! J'aurai donc l'occasion de l'y rencontrer !

 

 

Par La petite souris - Publié dans : Auteurs Irlandais - Communauté : Litterature
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Mercredi 15 mai 2013 3 15 /05 /Mai /2013 19:41

JACQUES EXPERT
EDITIONS SONATINE

 

Qui" Ce soir à la télé il y a " Affaires non résolues". C'est le reportage sur l'affaire Carpentras. On vient de voir la bande annonce"


" oh à cette heure là, je dormirai! Le travail de paysan, ça fatigue son homme."


" tu vas rater çà ?" "tu m'étonnes papa, tu ne peux pas l'avoir oublié, cette affaire , si ? En tout cas moi je n'ai pas oublié, je vais regarder"   .../..


 J'attrape une cacahuète, j'ai la tête ailleurs.


Si je connais bien l'affaire? Ca, oui, je la connais. Puisque c'est moi qui ai violé et tué la petite.

 

 

A une époque où dans nos sociétés tout est spectacle, où le voyeurisme assumé se conjugue avec  l'exhibitionnisme  revendiqué , où l'attraction du trash et du morbide n'a jamais été aussi forte, les émissions consacrées aux meurtres et autres affaires criminelles  ne peuvent qu'avoir une place de choix dans nos menus télévisuels.


Mais vous est- il déjà venu à l'esprit tandis que vous regardiez une de ces émissions, bienbattue.jpg installé dans votre fauteuil, que quelque part, assis lui aussi dans son canapé, entouré de sa famille, un tueur que la justice n'a jamais su prendre dans ses filets, peut lui aussi regarder la même émission que vous?


Un homme qui voit son œuvre criminelle magnifiée par la télévision qui le fait passer à la postérité cathodique.


Un homme qui sait sa victoire totale et dont le sentiment de supériorité est exacerbé par cet aveux d'impuissance de la justice et qui prends un plaisir immense à voir ses exploits racontés dans un programme.


Ce postulat, c'est celui de Jacques Expert dans son dernier roman "Qui?"


Cela fait 19 ans que le crime de la petite Laëtitia hante la mémoire des habitants du Grand Chêne à Carpentras. Que l'histoire de la ville est entachée par cet acte ignoble qui a vu cette petite fille violée et massacrée à coups de pierre.


1001019 ans que le coupable court toujours. Et le temps de la souffrance et du souvenir qui se rapproche inexorablement de celui de la prescription et de l'injustice.


L'espace d'une émission de télévision, une dernière chance est donnée à la vérité pour qu'elle parvienne à cheminer jusqu'à la lumière.


il sont quatre hommes, pères de famille, qui s'apprêtent comme des milliers d'autres français, à regarder au milieu des leurs, ce numéro d' "Affaires non résolues" consacré à celle de Carpentras.  Des hommes hantés par ce drame qui les avait réuni vingt ans plus tôt autour du corps de la petite victime qu'ils avaient été les premiers à découvrir.


Et parmi eux , le tueur.


Au fil de  l'émission vont ressurgir les souvenirs: Les fausses pistes, les suspects d'un temps,régie  et avec eux les interrogations, les questions sans réponses, les doutes, et les soupçons.


Car ce qu'ignore le tueur, c'est que sa femme qui regarde l'émission à ses côtés a déjà réuni les pièces du puzzle.

 

Au fils des ans, des petits détails sont remontés à la surface, qui se sont enkystés dans l'esprit et qui progressivement ont fait que  les impressions sont devenues des suspicions , et les suspicions des certitudes.


Jacques Expert se livre à un exercice plutôt bien maîtrisé. Le roman se déroule au rythme de l'émission, et alterne les locuteurs féminins et masculins sans toujours savoir qui s'exprime vraiment. On sait juste que "lui" est le tueur, et "elle" sa femme.


Car si le tueur parle dès le début du roman, il faudra bien attendre la fin de celui ci pour en connaitre véritablement l'identité.


jacques-expert.jpegToujours est il que les femmes respectives de ces quatre hommes ont toutes des raisons de douter, ce qui crée au fil du livre une tension qui mettra progressivement à jour les parts d'ombres de chacun et alimentera un dégoût particulièrement corrosif qui viendra à bout des dernieres réticences à croire l'impensable pour l'une d'entre elle.


Entre souvenirs des protagonistes et reportages de l'émission Jacques Expert distille savamment les indices propre à lever le voile sur la vérité mais qui sont aussi paradoxalement autant d'éléments d'un miroir aux alouettes dans lequel le lecteur se laissera prendre.


 Au final, un roman qui parviendra à plonger son lecteur dans un certain malaise. Car rien ne ressemble plus à un monstre qu'un homme ordinaire.

Par La petite souris - Publié dans : Auteurs Français - Communauté : Culture Polar
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Dimanche 12 mai 2013 7 12 /05 /Mai /2013 16:33

LE POULPE- MARGOT D. MARGUERITTE

EDITIONS BALEINE

 

 

pliera bien qui pliera le dernier..Bon d'abord un aveux ! Jusqu'ici je n'avais jamais lu de ma vie une seule aventure du Poulpe !

 

Fichtre ! j'en vois déjà se précipiter sur les cageots de tomates trop mûres et les œufs nauséabonds en train de pourrir au soleil ! Que diable les amis ! Fautes avouée, faute à demi pardonnée non ?

 

Bon et si je vous dis après ça que j'en lirai  sans doute d'autres des Poulpes, je suis absous pour les 50% qui restent?

 

C'est pas que je ne connaissais pas notez bien! Non je suis bien au courant que le bougre sévit depuis les années 90,  depuis que Jean Bernard Pouy a commis ce personnage , que ce dernier lui a échappé et que dès lors il prend régulièrement en otage un auteur pour que ce dernier lui écrive de nouvelles aventures, toutes plus pittoresques et rocambolesques les unes que les autres.

 

Tiens, demandez un peu à Margot D. Marguerite ce qu'il en pense, vu que c'est lui sa dernière victime, et qu'il est donc l'auteur de " Pliera bien qui pliera bien le dernier" , le bouquin qui relate les dernières pérégrinations de notre céphalopode détective.

 

Alors, pourquoi je n'en avais pas lu jusqu'ici me direz vous? Essayez donc d'attraper un poulpe avec les mains tiens, bande de malins !

 

Mais c'est bien parce que j'ai fini par y arriver que je peux vous parler aujourd'hui de ce cher cirque2.jpgGabriel Lecouvreure , dit Le Poulpe.

 

Oh , rassurez vous, si vous vous demandez ce qu'il est devenu, il va bien ! Croyez moi, il n'a rien perdu de ses bonnes habitudes!

 

C'est au bar restaurant " Le pied de porc à la Sainte-Scolasse " que je l'ai trouvé, en train de se remettre d'une bonne cuite et en épluchant les fais divers relatés dans la presse comme on épluche des cacahuètes à l'heure de l'apéro.

 

C'est comme ca qu'il est tombé sur cette histoire. Qu'il a appris la mort de Valeria Valochero.

 

 Cette fille il s'en souvient ! Contorsionniste de son état, deux mois plus tôt il a vécu avec elle sous les draps des moments inoubliables, vu la vie sous des angles hallucinants, à côté desquels les montagnes russes et autres toboggans de la mort ne sont que de mornes plaines.

 

Travaillant au cirque Tsoin-Tsoin elle se serait suicidée, en se noyant dans un aquarium 60 cm sur 40 !

 

circuscontorsion.jpgPour Gabriel, c'est le choc ! Au point d'en tomber de sa chaise direction l'hôpital. Mais Il ne faut pas longtemps à notre homme pour retrouver ses moyens et décider d'aller voir sur place ce qu'il en est vraiment. Car paradoxalement, notre Poulpe à de la truffe ! Et il sent bien que tout ca à l'air bien suspect.

 

Alors en route pour le Lot , direction Chafouille-Moiletillac et  le cirque Tsoin-tsoin !

 

 Se faisant passer pour un journaliste, il ne tardera pas à faire tout un foin de cette histoire et de décider de s'installer à demeure dans le cirque, au grand désespoir de Tagada le patron !

 

Mais à peine aura t-il  le temps de gouter au plaisir des épinards au chocolat du cuisinier que les morts vont commencer à tomber comme des pellicules sur ses épaules et qu'on aura une fâcheuse tendance à confondre sa tête avec punching-ball.

 

Mais il en faudrait bien plus au Poulpe pour le décourager! C'est un teigneux et il est bien accroché à son enquête comme un morpion sur son rouston! Et vous pouvez compter sur lui pour venir à bout de cette histoire qui ne manque pas de contorsions et de rebondissements en tout genre !

 

Finalement un Poulpe ca se sirote comme un bon pastagas au soleil !Margot-D-Marguerite.jpeg

 

Se laisser aller à en lire les premières lignes c'est accepter de se faire avaler tout cru par une histoire complètement délirante, où la gouaille le dispute à la castagne, le cocasse et le croustillant au bon mot et à l'éclat de rire.

 

Bref, un bon courant d'air revivifiant que ce petit bouquin de poche qui vous apportera une bonne dose de bonne humeur pour le restant de la semaine.

 

A consommer sans modération.

Par La petite souris - Publié dans : Auteurs Français - Communauté : Littérature policière
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Mercredi 8 mai 2013 3 08 /05 /Mai /2013 19:01

cdc

 

DENNIS LEHANE
EDITIONS RIVAGE

 

 

 

 

Ils vivent la nuitDL1Il y a comme çà des auteurs, dont il suffit d'entendre le nom pour se précipiter chez son libraire et acheter son dernier livre les yeux fermés sans trop se poser de questions.

 

S'ils sont très peu dans cette catégorie, indéniablement Dennis Lehane en fait partie. Car si certains devaient encore douter de l'immense talent de cet écrivain (mais y en a t-il  encore vraiment ?), son dernier roman " Ils vivent la nuit" devrait définitivement les convaincre de la place centrale qu'il occupe  aujourd'hui dans le paysage de la littérature noire américaine.

 

Bien qu'ayant remisé son duo Kenzie - Gennaro (Un dernier verre avant la guerre, Sacré, Gone baby gone ...) Dennis Lehane n'abandonnera sans doute jamais ses romans à intrigues qui ont fait son succès (Mystic River, Shutter Island...). Mais nul doute que depuis son génial " Un pays à l'aube", épopée bostonienne campée au début du XXème siècle, l'auteur semble avoir pris une dimension supérieure avec ce besoin impérieux de raconter sa ville, et à travers elle l'histoire de son pays.

 

Nous voilà donc replongé dans ce Boston de l'après première guerre pour y retrouver àprohibition3 nouveau la famille Coughlin. Mais si nous avions laissé Danny Coughlin à son destin de flic désenchanté qui finit par quitter la ville pour fuir sa corruption et s'affranchir de l'omniprésence de son père, c'est sur celui de son frère cadet, Jo, que s'ouvre « Ils vivent la nuit ».

 

Mais à l'inverse de ses aînés, c'est dans la rue que Joe dessine les contours de son avenir, loin des traces de son père et de son frère qu'il ne veut pas suivre.

 

Dans ce Boston de la prohibition où les tripots et les bars clandestins pullulent, où l'alcool et le fric à coulent à flot, et où les organisations criminelles commencent à tisser leur toile à travers le pays, il y a bien pour lui une petit place à prendre, fut ce en se contentant de quelques miettes.

 

 Car Jo n'ambitionne pas de devenir un gangster et de se tailler un nom dans le milieu. Il se fait juste un point d'honneur d'être un hors la loi et de vivre libre de toute contrainte.

 

GangstersPourtant, c'est bien en braquant le bar clandestin d'Albert White, un parrain local, et en tombant amoureux de sa maîtresse, Emma Gould, qu'il va précipiter son destin et s'écrire une autre histoire.

 

Car la vengeance de White aura tôt fait de le rattraper. Balancé, arrêté par son propre père et tabassé par ses hommes, Jo se retrouve enfermé dans le pire pénitencier qui soit, celui de Charleston, là même où seront exécutés Saco et Venzetti.

 

C'est là qu'il va apprendre à survivre, à sortir les crocs. Notamment face à Maso Pescatore, le caïd des lieux, avant que ce dernier ne lui accorde sa protection, n'en fasse son homme de confiance, et ne l'envoie en Floride à sa sortie de prison pour s'occuper de ses affaires.

 

 Là bas, c'est un empire qu'il va bâtir. Mais la fin annoncée de la prohibition va remettre en cause bien des équilibres fragiles et précipiter bien des destins.

 

Initiée avec " Un pays à l'Aube", Dennis Lehane poursuit avec " Ils vivent la nuit" sa fresqueProhibition-2.jpg sur l'histoire de cette ville de Boston durant la première moitié du XXème siècle, qui condense si parfaitement celle des Etat Unis.

 

Dans ce second opus c'est au monde des gangsters  auquel s'intéresse l'auteur, durant cet âge d'or de la prohibition qui a tellement nourri l'imaginaire de nombre d'auteurs et de réalisateurs.

 

Sujet maintes fois exploité donc, et pourtant le talent exceptionnel de Lehane opère toujours. Il embarque son lecteur dès les premières lignes dans ce voyage tumultueux, âpre et violent.

 

Les personnages nous sont immédiatement familiers, et nous vivons leur histoire plus que nous la lisons. Joe est d'autant plus attachant qu'il est intelligent et porte des valeurs inhabituelles pour un malfrat. Il y a de la candeur chez lui.

 

prohibition-endsSi les dimensions sociales et raciales sont toujours présentes comme dans "un pays à l'Aube"  ce second volet de cette fresque magistrale, est un peu plus intimiste.

 

Au delà de l'histoire de l'ascension et de la déchéance d'un homme dans l'univers impitoyable de la mafia, c'est aussi et surtout la problématique du rapport au père qu'explore Lehane à travers ses personnages, ce qui les rend d'autant plus humains et poignants. Et celle ci est omni présente tout au long du roman.

 

Ce père, ce policier de renom que Joe a voulu fuir, qui n'hésitera pas à envoyer son fils dans la pire des prisons, mais qui sacrifiera son honneur pour le protéger. Ce père auquel on s'accroche une fois celui-ci disparu, à travers un objet reçu en héritage et qui symbolise lehane tout le courage qui fut le sien du temps de sa splendeur.

 

Elle perdurera encore bien au delà de sa mort, dans le rapport à  son chef mafieux qu'il lui faudra bien affronter, et s'estompera enfin quand les rôles s'inverseront, que Joe finira un jour par s'assoir sur un muret, devant un coucher de soleil, la canne à pêche lancée à l'horizon, assis près d'un fils.

 

Très belle histoire que celle de cet homme qui se rêvait hors la loi parce qu'il se rêvait libre, qui s'était juré de ne pas ressembler à ces brutes qu'il côtoyait, mais qui finira par comprendre qu'il n'y a pas d'honneur ni de morale dans l'univers impitoyable de la pègre, et que pour survivre il n'avait d'autre choix que de devenir  lui aussi , un gangster.


 

" la certitude est le plus éblouissant des mensonges" "Ils vivent la nuit" Dennis LEHANE.

Par La petite souris - Publié dans : Auteurs Américains - Communauté : Littérature policière
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