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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 16:00

  FLASHBACK : Voici le retour d'une rubrique entamée  le mois dernier et que vous retrouverez de temps en temps.Elle consiste, à l'occasion de leurs parutions en format poche, de retrouver les chroniques que j'avais réalisées sur certains romans lors de leur sortie en grand format. L'occasion, si vous n'étiez pas encore abonné à Passion Polar ou si vous étiez passé à côté du roman en question de vous interesser à lui, et peut être vous laisser convaincre de lire ou de relire ce roman. Aujourd'hui c'est Jérémie Guez que je vous invite à découvrir de toute urgence.

 

  JEREMIE GUEZ

Editions JAI LU          

 

balancé dans les cordesIl y a un an, je faisais la connaissance de Jérémie GUEZ à travers son premier roman  " Paris la nuit " . A l’époque ce livre m’avait fait l’effet d’une claque. Comment un gars de 23 ans, pouvait-il écrire un roman aussi sombre et terriblement humain, aussi dur et incroyablement maîtrisé ?


La surprise était donc  totale. Un an après, mon impatience à découvrir le nouveau roman de Jérémie trouve enfin sa satisfaction. Et pour tout dire, je n’ai pas lu «  Balancé dans les cordes » je l’ai dévoré.


Tony est un môme de banlieue. Du moins l’est-il devenu à la  mort de son père quand il est venu se mettre avec sa mère, sous l’aile protectrice de son oncle, au nord d’Aubervilliers au milieu des blocs de béton.


 C’est là qu’il a grandi à partir de ses onze ans. Là qu’il fait la dure expérience d’une vie de gamin livré à lui-même et à la loi du quartier. «  le premier jour d’école là bas, je suis rentré le nez en sang » …/…  « … je me faisais systématiquement masser les joues par la bande de sales gosses du quartier. De vrais salopards qui jouaient déjà les caïds, issus d’authentiques familles de cas sociaux : pères en prisons, frères obsédés par la fixette au point de braquermartine-Barrat-child le tabac du coin avec une hache, mères et sœurs dont les semaines étaient rythmées  par les visites aux parloirs. La zone pour de vrai, sans sas de décompression. ». Seul dans sa chambre, il chiale. Jusqu’à ce qu’un soir son oncle s’en rende compte, se penche vers lui et lui dise « ça va aller bonhomme ».


A partir de là la vie de Tony va basculer. Car dès le lendemain, c’est dans une salle de sport que le conduit son oncle. Là, Tony  va découvrir un univers qu’il ne connait pas encore, celui de la sueur et des coups, de l’effort et de la souffrance, un monde où s’affute aussi l’amitié et  la solidarité, celui étrange et fascinant de la boxe.


Et dès qu’il enfile pour la première fois une paire de gants la magie opère ! « Les yeux ouverts dans le noir, je n’ai qu’une seule envie : dormir, pour demain recommencer ».


Dès lors c’est avec les conseils de Patrick son entraineur qu’il va développer son art, apprendre à voler comme un papillon et à piquer comme une guêpe*,  sous l’œil bienveillant d’un oncle qu’il déteste pourtant. Là qu’il va se nouer d’amitié avec Moussa, un gamin du quartier  qui finira lui, par choisir le ring de la rue à celui de la salle de sport.


ringgCar la boxe est pour Tony une révélation,  une renaissance qui va donner à ce gosse un sens à sa vie et une envie farouche de devenir un champion, de sortir de l’ombre pour goûter à la lumière. Et il va se découvrir un appétit féroce, une envie de vaincre insatiable.


Alors il enfile ses gants tous les soirs et cogne fort contre le sac de frappe,  contre cette vie qui l’enserre dans son ghetto de béton, ce milieu qui lui colle comme une seconde peau et dont il aimerait bien se défaire. Il ne veut  pas un jour «  avoir l’impression d’être un pillier du quartier, un mec qui a flingué sa vie entre les murs des tours » . Mais les mains ne peuvent frapper ce que les yeux ne peuvent pas voir*.


Devenu adulte, travaillant comme mécano chez son oncle, voici Tony qui livre avec succès son premier combat pro. Il a grandi droit sans tomber dans les pièges de la rue et du quartier  Dans son immeuble, on le respect pour ce qu’il est en train de devenir, un homme libre.

ring

Ce chemin vers la lumière aurait pu continuer ainsi si la condition, l’environnement de Tony ne venait pas lui exploser au visage.

 

Un soir sa mère, paumée et entretenue par des voyous, se retrouve à l’hôpital, après avoir été tabassée par un dealer.


Fou de rage, Tony décide de faire appel à Miguel le caïd de la ville se venger de l’agresseur de sa mère.


 Mais à passer un pacte avec le diable on y laisse souvent son âme. Dès lors  va débuter pour Tony une descente aux enfers irréversible qui va engloutir ses rêves et ses espoirs, souffler cette petite lumière qui bien que vacillante parfois lui traçait la route vers un autre horizon, vers une autre vie.


Tony est un papillon attiré par la lumière, une luciole virevoltante sur le ring  où naissent les rêves et où la vie peut s’inventer. Mais il a oublié trop tôt peut être, que « la boxe a toujours été l’opéra des pauvres et des voyous »** et que l’on ne se défait pas aussi facilement d’une histoire familiale et personnelle qui prend racine dans le béton des cités.


294518550513-copie-1Inutile de dire que Jérémie Guez confirme tout le talent qu’on lui avait découvert avec «  Paris la nuit ». On retrouve cette maitrise des mots, ce sens de l’écriture qui offre un écrin à une histoire flamboyante d’un homme qui fuit une condition pour se construire un autre avenir, avant de regarder en face un destin qui le rattrape.


Les deux romans de Jérémie peuvent apparaitre comme assez semblables à première vue. L’histoire d’une chute vertigineuse, sans échappatoire, consciente et admise par les héros malheureux de ces deux romans.


Mais si «  Paris la nuit » gravite autour de l’histoire d’un homme qui se consume de Jguezl’intérieur, qui assume sa déchéance et la revendique, dans  « Balancé dans les cordes » il n’y a pas cette noirceur dévorante chez Tony, cette autodestruction comme acte ultime d’un condamné se rêvant vivant. Pour Tony le choix final est un sacrifice choisi qui donnera un sens à son destin.


Cette confirmation du talent de Jérémie Guez  m’assoit dans ma certitude à penser que notre jeune écrivain a les atouts pour devenir un auteur de référence dans le roman noir français.


Il ne reste plus qu’à vous en laisser convaincre en lisant ses romans !

 

 

 

 

 

 

  * citation de Mohamed Ali

** extrait de " la deuxième disparituion de Majorana" de Jordi Bonnels

 

crédits photos:

 

enfant sur les cordes. " child" deMartine Barrat

"détail d'un ring" de Phgaillard 2001

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Published by La petite souris - dans Auteurs Français

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