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5 août 2010 4 05 /08 /août /2010 18:35

decomposition

 

DECOMPOSITION de J.Eric MILLER

 

Qui n’a pas un jour rêvé de faire la traversée des Etats Unis sur ces vastes langues de bitumes au milieu de paysages grandioses ? C’est à ce voyage que nous prenons part aux côtés de l’héroïne de J. E. Miller, héroïne dont on ne connaîtra pas le nom. Au volant de sa Mustang elle décide en effet de quitter la Nouvelle Orléans (peu de temps avant que le déluge ne s’abatte sur cette ville)  pour rejoindre son ex-amoureux,  Georges, qui habite quant à lui à Seattle sur la côte Ouest des Etats Unis. Installez vous donc confortablement et laissez vous conduire.


Peut être au bout d’un moment commencerez vous à sentir une drôle d’odeur dans la voiture. Oh trois fois rien, juste quelques petites effluves qui viennent chatouiller vos narines, mais suffisamment pour vous mettre mal à l’aise. Et si l’intensité de cette odeur ira crescendo au fil de ce trajet de plusieurs jours, il vous faudra bien vous y habituer !


Car notre héroïne est comme ca, elle n’aime pas laisser quelque choses derrière. Aussi, il était tout à fait logique qu’elle range dans son coffre, à défaut de bagages, le corps de son amant  Jack! Tout le monde peut comprendre ça non ? Et n’allez pas croire que c’est une mauvaise fille qui ferait le mal autour d’elle !


«  Georges était un type bien et je ne l’ai pas tué ; mais je lui ai brisé le cœur. Il m’a offert cette Mustang et quand j’arriverai enfin à Seattle je me garerai devant chez lui, il descendra les marches de sa véranda en courant, il se penchera par la vitre brisée et il m’embrassera. Tout sera alors parfait.Mais avant d’arriver là bas, il faut que je me débarrasse de Jack. Lui, ce n’était pas un type bien, et je l’ai tué (…) il est hors de question qu’il soit encore dans mon coffre quand j’arriverai à bon port »


Elle a même de l’empathie pour les autres êtres vivants quand elle ne les sent pas menaçant pour elle.


N’a-t-elle pas eu d’ailleurs le courage d’aller délivrer une poule d’un énorme camion en stationnement  qui en transportait des centaines, pour lui donner un autre destin, que celui funeste qui l’attendait ? ( même si c’est au prix de dizaines de ses  congénères qui se retrouvent sur l’asphalte et qui se font décapiter, plumer et  écraser par la circulation, au point de provoquer un accident !).

 


Elle en a même pour son amant mort qui pourrit doucement dans le coffre de sa Mustang en allant s’enquérir régulièrement de l’avancée de sa transformation. Elle veille  toujours  à lui donner un aspect acceptable, quitte à lui refaire des yeux en cartons pour compenser les siens que la poule lui à incongrument  picorés.

 


Ce trajet jusqu’à Seattle est l’occasion de se remémorer sa vie avec Jack, une vie surtout faite de sexe et  de la mettre en perspective avec celle, idéalisée,  qu’elle mènera avec Georges (qui ne sait pas encore qu’il va retrouver sa bien aimée). Pourtant, au fil des kilomètres, se sont aussi les certitudes de notre héroïne qui vont entrer dans une phase de décomposition.  Vivant dans un monde binaire, non pas entre ce qui est bien et ce qui est mal, mais un univers où les choses sont comme ci ou comme ça (« Si ce policier n’a pas envie de coucher avec moi c’est  qu’il est homo et malheureux donc je le plains. »  ).


Or la réalité si elle est plus triviale, elle est aussi plus complexe. Et c’est ce que va finir par comprendre notre héroïne ; que nos actes sont irréversibles et que l’on ne peut jamais réécrire l’histoire pour lui donner une tournure plus acceptable ou plus romantique. Finalement son escapade est une fuite en avant, désespérée, dont elle finira par prendre conscience.


La fin de cette histoire est pathétique et triste mais touchante à la fois. Ce roman, c’est finalement l’histoire d’une princesse perdue sur la route de la vie, qui croit que les princes charmants existent encore, et qu’il suffit d’y croire très fort pour que vos vœux se réalisent.  L’histoire d’une fille qui vit un peu décalée de la réalité mais qui, comme tout être humain a besoin terriblement d’amour.


Au final ce roman est un road story plutôt réussi, bourré d’humour noir (la scène des poules sur le bitume est croustillante), qui ne tombe jamais dans la vulgarité gratuite et dans l’exhibition malsaine. Et bien que le comportement de l’héroïne ne manque pas de nous donner la nausée au fil des pages, c’est une certaine compassion que l’on finit par ressentir à son égard à la fin de ce roman.

 

 

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