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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:38

franco est mort

 

" Franco est mort jeudi " Maurice GOUIRAN"

Editions JIGAL

 

Sans doute parce qu’à l’origine j’ai une formation d’historien, que mon grand père que je n’ai jamais connu était espagnol ; sans doute aussi parce que j’habite une région du sud de la France proche de la frontière avec la péninsule ibérique, témoin aveugle d’une tragédie humaine qui s’est jouée sur son sol, ce roman a vraiment eu une résonnance toute particulière dans mon esprit de lecteur

.

Avec une écriture parfaitement maîtrisée, Maurice GOUIRAN nous replonge dans les pages sombres de l’histoire espagnole. Mais il en est une d'entre elles, qui est aussi un peu la notre, précurseur des lâchetés à venir  face à la montée grandissante des totalitarismes européens, qui sur ce vieux continent des années trente, commençaient à tisser leur toile.

 

Marseille, années 2000. Manu sort de prison. Avec ses cauchemars, ses angoisses et sans boulot. Une femme qui l’a quitté à laquelle il pense toujours, un gosse, Patrice qu’il ne voit que rarement, qui ère dans les rues de Marseille et vit de combines et autres petits trafics. Un père enfin, aigri et moribond qui s’accroche à ses souvenirs comme à son verre d’alcool et avec qui le dialogue n’a jamais été possible.

 

 A cinquante balais passés, la vie de Manu se résume à un grand courant d’air.

 

Alors quelle attention peut- il bien porter à cette lettre qui lui arrive d’Espagne, envoyée par une cousine Paola dont il n’a jamais entendue parler ?

 

 Pourtant, ce courrier va le transporter bien des décennies en arrière, à une époque où sa famille s'est déchirée entre le camp franquiste et républicain. Car c’est de la guerre civile espagnole dont lui parle sa cousine. De sa propre mère Elisa, aujourd’hui disparue,  venue se refugier en France devant l’avancée des troupes franquistes qui devaient finir par porter au pouvoir la dictature. Une mère dont finalement il ne connait rien de son passé. Tout comme celui de son grand père dont il est aussi question : Ramon Espola.

 

Or aujourd’hui,  35 ans après la mort de Franco, l’Espagne commence enfin à déterrer son passé. A commencer par les charniers, dont celui de Carranza. Et d’après sa cousine espagnole, c’est sans doute  dans celui-ci que Ramon Espola est enterré. Avec l’aide de Clovis Narigou, un ancien journaliste, Manu va se découvrir alors un grand-père, figure héroïque de la résistance républicaine, chef militaire vénéré par ses hommes.

 

Mais au moment où il commence à s’intéresser à sa propre histoire, son fils Patrice s’enfonce dans les ennuis en s’attirant les foudres d’un petit caïd des cités qu’il a voulu doubler, et à qui il doit une forte somme d’argent. La situation dégénère au point que le père et la mère, que les soucis du fils vont rapprocher, échapperont de peu à la mort. Patrice doit être mis à l’abri, et l’Espagne devient logiquement la destination idéale.

 

Le temps que ses parents se remettent à l’hôpital  de leurs blessures respectives, c’est donc accompagné de Clovis, l’ancien journaliste, que Patrice prendra le chemin de cette Espagne dans laquelle plongent les racines de ses aïeuls. L’occasion de retrouver Paola et de démêler les fils de cette histoire familiale qui va passablement se compliquer.

 

Ce roman dépasse la simple intrigue policière qu’il porte. Il est aussi un formidable rappel de mémoire sur une page  méconnue (en particulier de nous français), de cette tragédie qui est venue s’échouer sur les plages d’Argelès.

 

 Un hommage aussi. A tous ces hommes, femmes et enfants qui ont vu mourir la République en Espagne et qui l’ont portée dans leur cœur jusque dans les camps français, dans lesquels ils seront parqués par la Patrie des Droits de l’Homme.

 

 Car pendant que la France s’enivrait de la joie des premiers congés payés,  dans l’insouciance générale, se jouait le drame de la démocratie espagnole mise à mort, signe annonciateur de bien des désastres à venir. S’en suivra  la « Rétirada »de ses derniers défenseurs, ce long cortège de réfugiés venus se masser à la frontière, pour trouver auprès de la France le réconfort qu’ils n‘auront pas, avec pour seul bagage la fierté de leur idéal assassiné.

 

« C’était comment l’arrivée en France ?

Pas beau, pas beau du tout… Tu sais, nous avions combattu comme des lions pendant deux ans et demi et nous arrivions avec des femmes, des enfants, des vieillards. Un peuple en guenilles, une armée de vaincus, une horde de malade, de blessés, d’égarés, de désespérés. Nous pensions qu’une France bienveillante, cordiale, généreuse, fraternelle nous accueillerait au bout de l’interminable route… Ce fut un désenchantement cruel. En arrivant à la frontière, face à l’arrogance et au mépris  des militaires et des gendarmes français, j’ai réagi en leur recommandant de ne pas trop faire les mariolles parce que bientôt, ce serait leur tour (…)Je n’avais pas tort : un an et demi plus tard, ce fut en effet leur tour ! » 

 

Je me méfie habituellement des romans qui s’inscrivent dans l’Histoire. Trop souvent je tombe sur des approximations ou des anachronismes qui n’ont qu’un seul effet sur moi, celui de me faire refermer le livre et passer à autre chose. Ici le travail de recherche de l’auteur  est impressionnant (il n’y a qu’à voir la bibliographie documentaire à la fin du roman) et les passionnés d’histoire y apprendront sans doute beaucoup de choses.

 

Maurice GOUIRAN inscrit  donc magistralement son intrigue dans ce passé  douloureux sans perdre de vue ses personnages et leur histoire personnelle. Dans un style sobre, il retranscrit parfaitement l’ « Arenitis » de ces vieux survivants, ce mal languissant dont on ne guéri pas,  cette « psychose née du sable, du vent, des barbelés et de l’absence de la moindre espérance. »


L’écrivain a beaucoup de tendresse pour ses personnages, ceux d’hier, mais aussi  ceux d’aujourd’hui, ces Manu, Agnès et les autres, ballotés par la vie et qui mènent un autre combat, celui de rester debout.


C’est un roman à la fois poignant, mais aussi plein de soleil. Un livre qu’on lâche à la dernière page avec le regret de l’avoir déjà achevé. On aurait aimé rester avec ces personnages cabossés si attachants.


Maurice GOUIRAN est un écrivain de l’humain. C’était ma première rencontre avec lui, et ce fut un enchantement. Un coup de coeur . Je n’ai qu’une envie, découvrir ses romans antérieurs.


 

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français

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