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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:55

 

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   "La frontière" Patrick BARD

 

Quand le journaliste Toni ZAMBUDIO arrive d’Espagne et débarque au Mexique, ce n’est pas pour visiter les hauts lieux touristiques de ce pays au passé légendaire.

 

C’est envoyé par son journal pour enquêter pendant quelques jours sur des assassinats de jeunes ouvrières  retrouvées suppliciées et atrocement mutilées près de Ciudad Juarez , à la frontière avec les Etats-Unis, que celui-ci se retrouve à fouler le tarmac de l’aéroport de cette ville mexicaine. Mais ce voyage marque aussi pour le journaliste le retour sur une terre natale qu’il n’a pas foulée depuis une trentaine d’années.

 

Les premiers contacts sont pris. Avec le chef de la police de Ciudad Juarez d’abord,  avec des ouvrières des maquiladoras ensuite.

 

Maquiladoras … ces entreprises étrangères venues s’installer à la frontière pour profiter d’une main d’œuvre docile et très bon marché et où s’épuisent pour quelques dollars des cohortes de jeunes femmes se tuant à la tâche pour contribuer à l’essor de la société de consommation occidentale.

 

Le cas de ces jeunes femmes assassinées fait résonnance avec le passé du journaliste, qui a vu mourir sa mère sous ses yeux alors qu’il était enfant, et n’en avait réchappé lui-même que parce qu’il n’y avait plus de balle dans le barillet de l’arme que l’assassin de sa mère avait ensuite braqué sur lui.

 

Alors il enquête. Méthodiquement. Cherche à comprendre. A trouver une logique à tous ces meurtres qui s’accumulent. S’agit-il de l’œuvre d’un ou plusieurs serials killers ? de cérémonies sataniques ? Des narcotrafiquants qui règnent sur la région ?

 

Les pistes sont insaisissables et glissent entre les doigts du journaliste comme le sable du désert de Sonora.

Pourtant ses articles finissent par déranger. L’enquête se transforme   en descente aux enfers pour Toni Zambudio. Elle  devient  alors une quête effrénée de la vérité, une affaire qu’il va faire sienne et pour laquelle le journaliste va progressivement tout sacrifier.

 

A travers les méandres de cette histoire toujours plus scabreuse, il finira par se défaire de tout ce qui avait fait de lui un européen : son travail de journaliste, la famille qu’il a laissée derrière lui, là bas, en Espagne. Dans une démarche quasi d’autodestruction. Il se lancera  dans une fuite en avant, voulant saisir à tout prix cette vérité qui lui échappe. Il embrassera la fatalité de cette terre maudite, où même le diable refuse de vivre et  le prix à payer sera à la hauteur de sa découverte finale.

 

Car à force de soulever les pierres pour voir ce qui s’y trouve caché, Toni va finir par mettre en branle un cataclysme qui emportera tout sur son passage. Dans un pays où tout peut arriver sauf la justice son destin se fondra dans celui plus sombre encore de cette région du monde devenue l’arrière cour de l’économie américaine, où la vie de jeunes mexicaines ne vaut même pas le salaire misérable qu’elle touchent.

 

 Patrick Bard nous livre un roman brut,  et nous dresse un portait désespérant d’un pays qui  vit quotidiennement la malédiction d’être le voisin de la première puissance économique  mondiale. Un pays vampirisé de sa jeunesse et de ses forces vives, sacrifié sur l’autel du libre échange et où la violence n’a d’égale que la misère qu’elle côtoie.

Car si l’enquête occupe le devant de la scène, la toile de fond de cette histoire reste omni présente. Et c’est là toute la prouesse de l’auteur à nous narrer une histoire terrifiante tout en nous peignant une situation pourtant bien réelle dans le Mexique d’aujourd’hui.

 

Ce livre est effrayant de violence, mais lorsque l’on découvre les pratiques de ces grandes multinationales, cela fait encore plus froid dans le dos !

 

Aujourd’hui si les carnages provoqués par la guerre des cartels du Sonora font la une quotidienne de l’actualité, les meurtres de jeunes travailleuses mexicaines eux, n’ont pas cessé. On s’y est habitué, comme on s’habituera aux tueries des narcotrafiquants. Le Mexique vit sa malédiction, et le Sonora est devenu le tombeau du développement économique ultra libéral du Mexique. La mort a embrassée cette région, elle est devenue la compagne fidèle de la vie de la population.

 

Comme l’écrivait Carlos Fuentès, écrivain cité dans le roman, «  les Mexicains ne vont pas vers la mort, ils y retournent car ils en viennent »

 

Depuis 2000, 70 journalistes ont été assassinés au Mexique.

 

Quant à Toni ZAMBUDIO,  il y a des balles qui mettent parfois plus de trente ans avant d’atteindre leur cible.

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français

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