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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 19:18

Un-employe-modele

 

Permettez- moi pour une fois d’entamer mon billet par des remerciements. En effet, si celui-ci a le mérite d’exister c’est grâce à deux amis blogueurs qui m’auront finalement convaincu, par leurs propres papiers, d’acheter et de lire le livre dont il est question ici.

 

En effet, à la sortie de ce roman, en lisant la quatrième de couverture, j’avais reposé le livre sur l’étalage du libraire et passé mon chemin. Le thème, la trame de l’histoire me faisaient trop penser à la série télé « Dexter », série pour laquelle je suis complètement hermétique.

 

Mais les mots et l’engouement de mes amis m’auront fait faire machine arrière. Vous trouverez d’ailleurs le lien vers leurs articles respectifs à la fin de mon propre commentaire. Alors merci Richard et merci Pierre pour m’avoir convaincu de pénétrer dans l’univers de Paul Cleave. Et quel univers ! 


Joe fait partie de ces personnes que nous côtoyons souvent sans véritablement  les voir, de ces ombres qui vivent à la périphérie de nos propres existences sans que nous ne les connaissions vraiment. Voyez- vous Joe est un peu benêt, un homme simple d’esprit qui remplit sa vie avec un seau et une serpillère. Car Joe est agent d’entretien, technicien de surface dans le jargon scientifique de nos sociétés modernes, et s‘acquitte modestement de sa contribution au fonctionnement de celles-ci en passant quelques heures par jour à nettoyer les couloirs et les bureaux du commissariat qui l’emploie.

 

Pourtant Joe mériterait à être connu ! Car tout le monde à des talents cachés, même les simples d’esprits. Et dans son domaine, Joe est carrément un virtuose ! D’ailleurs, l’expression de son don si particulier ne s’affiche t’il pas tout au long de ce grand tableau dans la salle de réunion des inspecteurs ? Toutes ces photos qui s’alignent, ces portraits de femmes, toutes plus belles que les unes que les autres ! Certes, elles ont le teint un peu blafard, voire carrément cadavérique.

 

Car  voyez- vous, le passe-temps de Joe, c’est de tuer des femmes. C’est son hobby, comme d’autres s’adonnent à la peinture ou collectionnent des timbres. Joe lui, tue. Et n’allez pas voir, esprit pervers que vous êtes, que derrière cette pratique un peu particulière, se cache l’expression d’un traumatisme quelconque remontant à la petite enfance !

 

Joe va bien, il est heureux. Il a une maman qui l’aime (« Elle a trois gros grains de beauté sur le visage, chacun d’eux avec un poil noir qu’elle refuse de couper. Sa lèvre supérieure cultive une fine ligne de duvet. ») qui ne manque jamais de harceler d’inviter son fils à manger, fut-ce en usant du pouvoir de séduction qu’une maman a toujours sur son fils (« trop occupé pour appeler ta mère ? trop occupé à  t’inquiéter de me briser le cœur ! »), qui sait apprécier à sa juste valeur les gestes attentionnés de son garçon ( je lui tends la rose que j’ai cueillie dans le jardin d’Angela …..l’expression de maman est inestimable quand je lui donne la fleur rouge…Aïe, dit-elle, se piquant le doigt sur une épine. Tu me donnes une rose avec des épines, mais quel fils es tu, Joe ? »), et qui s’inquiète pour son fils ( « les hommes ne devraient pas être gay, Joe. C’est pas bien ! …. Tu es sur que tu n’es pas gay Joe ? ») . Ces visites dans le giron familial sont autant de moments de réconfort pour Joe (« A peine arrivé à la maison, je saute sous la douche et j’y reste une heure entière pour me laver de ma mère. »)

 

Il y a aussi Sally, une jeune fille qui  travaille au commissariat et qui s’intéresse à lui. Un peu trop peut-être. Mais elle se sent si proche de lui, qu’elle s’est fixée pour mission de l’aider et d’être là à ses côtés. C’est parfois un peu pesant pour Joe, mais après tout, elle fait d’excellents sandwichs.

 

 Joe est  donc un homme normal. Pleinement conscient de la supériorité de son intelligence qui lui permet de jouer à la perfection ce rôle d’attardé auquel personne ne fait finalement attention. Joe tue sans haine et sans esprit de revanche. Il est même capable d’avoir de la culpabilité quand il tue par nécessité, que ce soit un chat ou une handicapée en fauteuil roulant ( « Je ne suis pas un animal. Je ne vais pas tuer quelqu’un parce qu’il passe par là. Je haie les types comme ca. C’est ca qui me rend différent de tous les autres. C’est mon humanité. »).

 

En se rendant ainsi transparent aux yeux des inspecteurs il peut ainsi suivre discrètement l’enquête le concernant et se délecter de l’énergie impuissante qui est mise en œuvre pour lui courir après. Pourtant un jour, un huitième visage vient s’accrocher au tableau. Un visage qu’il ne connait pas, victime d’un meurtre qu’il n’a pas produit. Contrarié, mais ni en colère, ni jaloux, Joe va dès lors mener sa propre enquête.

 

Autant Thomas Harris, l’auteur du «  silence des agneaux » avait excellé dans la méticulosité, le perfectionnisme et la perversion de son personnage Hannibal, autant Paul Cleave excelle lui, dans le cynisme sans borne de Joe.

 

Quand on garde à l’esprit qu’il s’agit là d’un premier roman on ne peut être que soufflé par la maîtrise de l’auteur. L’écriture est légère, l’humour parsemé tout au long de l’histoire, ce qui décuple  la puissance de certaines scènes (celle où Joe fait une drôle de rencontre qui va le faire basculer dans un monde « impair », m’a provoqué un tel malaise que primo elle m’a fait me gigoter sur ma chaise au fur et à mesure que je lisais le passage,  deuxio  elle restera sans doute à jamais  gravée dans ma mémoire de lecteur !!). Mais plus encore, la profondeur  et le portrait haut en couleur des personnages  et les perspectives selon lesquelles l’histoire est narrée, donne à ce livre la qualité d’un roman parfaitement abouti.

 

Ceci étant, je ne serai pas sans reproches à l’égard de celui-ci. D’abord je trouve l’histoire malgré tout un peu rocambolesque, et du coup à mes yeux elle perd en crédibilité. Surtout la fameuse rencontre qui conduira Joe dans un parc (pour l’anecdote  cette rencontre m’a rappelé le livre d’Herbert Lieberman que j’avais lu il y a bien longtemps, « le tueur et son ombre »).

 

Enfin, je trouve que l’on ne sort jamais de l’empathie que l’on éprouve pour Joe dès le début du roman. C’est peut être volontaire de la part de l’auteur mais personnellement cela m’a au final dérangé. Sans doute le portrait maternel et l’expérience vécue par Joe dans l’histoire y sont pour quelque chose, mais du coup on s’indigne davantage pour lui et ce qui lui arrive, que pour ses victimes qui restent quant à elles désincarnées, dépersonnalisées.

 

J’ai  donc eu un certain plaisir à lire «  Un employé modèle » , et je ne regrette pas que mes deux compères cités en préambules de ce papier m’aient convaincu d’y plonger dedans, malgré les quelques réserves que je viens d’évoquer. Ce roman en appelle d’autres que j’espère d’aussi bonne qualité, et je ne manquerai pas cette fois de les acheter ! c’est promis !

 

Les liens des copains

http://lecturederichard.over-blog.com/10-index.html  ( en fin de page 3)

http://black-novel.over-blog.com/12-index.html

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Published by Eskalion - dans Auteurs Néo-Zélandais

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