Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 20:58

un enfant de dieu

 

" Un enfant de Dieu" de Cormac Mc CARTHY


Editions POINTS

 

 

Si Cormac McCarthy est mondialement connu pour ses œuvres, s’il est considéré comme un des plus grands auteurs contemporains aux Etats Unis, en France par contre, il aura fallu la projection en salle du film des frères Coen « No country for the old man » , tiré du roman du même nom, pour que les regards du grand public commencent à se tourner vers lui.


La publication peu de temps après de son roman « La Route »(  en 2006 aux USA où il obtient le prix Pulitzer , en 2008 pour la France) , adapté lui aussi au cinéma l’année suivante, allait définitivement ouvrir les portes de la notoriété à cet auteur resté chez nous  trop longtemps connu des seuls amateurs.


«  Un enfant de dieu » a été écrit en 1973, soit au début  de la carrière de l’auteur et bien avant les succès que je viens d’évoquer.


Si  « La Route » explore le chaos extérieur, l’effondrement du monde et l’implosion de la civilisation, «  Un enfant de dieu » quant à lui, sonde  le chaos intérieur de l’être humain, la désagrégation  de son humanité et le retour à sa bestialité primaire.


« A observer ces choses qui émergent d’une matinée par ailleurs silencieuse et champêtre, un homme, devant la porte de la grange. Il est petit, crasseux, mal rasé. Il se déplace dans la balle sèche au milieu de la poussière et des lames de soleil avec une brutalité contenue. Du sang saxon et celte. Un enfant de Dieu, sans doute, comme vous et moi. »


Car « Un enfant de Dieu » c’est l’histoire d’une bête. Une bête humaine. Celle de Lester Ballard, né dans le Sud profond américain. Un orphelin, qui une fois adulte deviendra fétichiste et  nécrophile au fur et à mesure de sa dégradation humaine.


 Quand il est chassé de chez lui et sa maison mise en vente, il se retrouve  à errer dans la nature, à courir les bois qu’il connait comme sa poche. Jamais vraiment intégré à la société, celle-ci finit de se désintéresser de lui  et le renvoie à la lisière du monde civilisé.


Quand tout a-t-il basculé pour Lester ? Le jour où  il tombe sur les cadavres encore chauds d’un couple dans leur voiture et qu’il décide d’abord de violer la morte avant de l’emporter avec lui dans la montagne, ou bien la cassure remonte t’elle plus loin en amont dans le sillon de son enfance? Au suicide de son père ?


Toujours est-il que progressivement Lester se transforme en autre chose qu’un être humain, un homme-animal où l’instinct de survie le dispute à la violence qui l’accompagne. Où la pulsion supplante la raison. Comme une vielle peau qu’il abandonne après une mue, il se soulage du peu d’humanité qui lui reste à mesure qu’il s’enfonce toujours un peu plus vers l’animalité.


Et quand la cabane qu’il avait trouvée, est réduite en cendres dans un incendie qu’il provoque involontairement, c’est ce reste d’humanité qui part en fumée avec elle. La transformation  a dès lors définitivement fini d’opérer.


C’est dans une grotte qu’il se terre alors. Un refuge, un antre, un temple dans lequel il va ramener le corps de ses victimes dont il aime à s’entourer.


Pourquoi ?  En gardant ces corps près de lui, cherche t’il malgré tout à garder un lien, fut-il ténu, avec cette humanité qui l’a rejeté et qu’il a fini par fuir ?  Ou bien s’agit il simplement pour lui d’assouvir son pouvoir en se construisant un univers où il est au centre de tout ?

N’attendez pas explications. L’auteur n’en délivre aucune, n’offre aucun jugement, ne procède à aucune exploration psychologique de son personnage. Nous sommes seuls face à la description de cette bestialité mise à nue, à nous imaginer, à essayer de comprendre, si cela à toutefois un sens de le faire.


Le style de Mac Cormack est abrupte, son écriture sombre et  sèche, ce qui donne encore plus de puissance à ses mots.


cormack-mc-carthy2.jpg"Il réapparut se débattant, crachant, et se mit à battre l'eau pour rejoindre la rangée de saules qui délimitaient la berge submergée de la rivière. Il ne savait pas nager, mais comment un type comme lui aurait-il pu se noyer? La rage semblait lui tenir lieu de bouée. Une pause dans le cours normal des choses sembla se produire en ce lieu. Regardez-le. On aurait pu dire qu'il était porté par ses semblables, des gens comme vous. Qu'il en avait peuplé le rivage et qu'ils l'appelaient. Une race qui nourrit les estropiés et les fous, qui veut de leur sang mauvais dans son histoire et l'obtient. "


Ce roman est court. Pour autant il interpelle sur la nature humaine. Ne portons pas en nous cette part de bestialité que nous enfermons dans la cage de notre civilisation ? Et quelle est la part de responsabilité de cette société dans cette dégradation humaine à laquelle nous assistons, en refusant à un « enfants de dieu » d’y entrer et d’en faire partie.

Ce n’est sans doute pas le meilleur roman de Cormak Mc Carthy (certainement pas le moins mauvais non plus) mais sa lecture en reste incontournable pour celui qui veut appréhender l’œuvre de cet auteur remarquable..

Partager cet article

Repost 0
Published by Eskalion - dans Auteurs Américains

Présentation

  • : Le blog de passion-polar.over-blog.com
  • Le blog de passion-polar.over-blog.com
  • : mes lectures et mes coups de cœur dans le domaine du polar.Sans aucune prétention.
  • Contact

Prochain salon

image002.jpg

Rechercher

Revues à se procurer !

ob_649826ad1838a9264b20566415d85c54_115.gif

 

crimes-et-chatiments.jpg

N°5 sortie le 30/05

temps noir

 

 

 

CouvAlibi08P.jpg

 

Indic15Couv.jpg

parution le 26 juin

Sur abonnement uniquement

une surprise pour tout abonnement

le site : link

Archives

Prochaine chronique:

utopia.PNG

Sous mon marque page...

 

a-l-aube-d-une-autre-guerre.jpg

Mes prochaines lectures...

  Dans le désordre...

 

 

  chamamé

 

 

le-phyto-analyste.jpg

 

les_machoires_du_passe_01.j_1.jpg

 

 

 

 

flic-ou-caillera.jpg

 

  le-manuel-du-serial-killer-

 

 

 

ta mort sera la mienne

 

messe noire

 

des-noeuds-d-acier.jpg

 

 

Jamais-vue-Burke.PNG

 

 

Passion Polar sur Facebook