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17 avril 2011 7 17 /04 /avril /2011 18:00

n'ayez crainte

 Editions de l'ARCHIPEL

 

  traduit par Daniel LEMOINE

 

Les femmes et l’argent n’ont jamais fait bon ménage,  c’est sans doute pour cela qu’ils sont de parfaits amants !

Quand Karen qui avait filé le grand amour avec Samir, propriétaire d’épiceries fines mais aussi prêteur sur gage, décide de le quitter et de réclamer les 300.000 dollars qu’elle lui avait confiés pour les faire fructifier, elle reçoit pour solde de tout compte, intérêts compris, un coup de poing magistral en pleine figure qui fait atterrir ses prétentions sur les fesses !


Là où nombreuses sont celles qui en auraient pris leur parti en faisant une croix sur leurs économies, Karen  elle, est bien décidée à récupérer coûte que coûte ce qui lui appartient. Et ce n’est pas un macho gonflé à la testostérone et entouré de malabars qui va l’impressionner.

Aussi , quand quelques temps plus tard ,elle est surprise en pleine nuit par deux petites crapules venues alléger Lou , son nouveau compagnon de vie, de quelques milliers de dollars gagnés au casino où il a été repéré par une complice des deux lascars, Karen flaire l’opportunité de mettre à exécution le plan qu’elle a concocté pour récupérer son argent.


C’est en leur faisant miroiter un pactole plus conséquent, qu’elle arrive à convaincre sans grandes difficultés les deux petites frappes  de s’introduire dans la demeure de son ex, Samir , afin de lui dérober son coffre fort contenant plus d’un million et demi de dollars.


Et le résultat sera à la hauteur des qualités du personnel recruté pour mener à bien l’objectif fixé. Le cambriolage tournera au fiasco avec la mort d’un homme,  et Samir sera expédié dans le coma à l’hôpital.


Quand le trio se retrouve, et qu’il découvre que le coffre est vierge de tout argent liquide le milliondollars.jpgdoute s’installe. Un troisième homme a-t-il œuvré dans l’ombre pour doubler tout le monde ? La belle a-t-elle voulu duper ses associés du moment ?


Dans ce mauvais scénario, les deux complices de Karen  ont maintenant l’impression d’avoir été deux pigeons de circonstance, et quand celle-ci décide de prendre la fuite, ils sont bien décidés à ne pas devenir les dindons de cette farce. Mais ils ne seront pas les seuls à lui courir après.


Rajoutez  un ancien flic qui recherche aussi le magot pour le compte de son patron Samir, deux irakiens patibulaires aussi doux que des pitbulls enragés travaillant pour Ricky, le neveu de Samir, déterminé à profiter de la situation pour reprendre les affaires  de son oncle à son propre compte et vous avez là les ingrédients d’une histoire particulièrement détonante !


Dans un style vigoureux et efficace,  Peter LEONARD nous offre donc un roman féroce et explosif, où les rebondissements à foisons maintiennent le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page. Mené à un train d’enfer, si ce roman ne bouleverse pas le genre de « la course au grisbi », il s’y inscrit en tout cas de la plus belle des manières.


Partant de l’archétype  des personnages du polar américain (un prêteur sur gage sans foi ni loi , des hommes de mains violents et amoraux , formatés aux dimensions d’une armoire à glace,   une femme fatale attirée par ce qui brille, un flic revenu de tout …) Peter LEONARD arrive à donner aux siens un relief tout particulier en imbibant son histoire d’un humour toujours présent, qui s’inscrit soit dans les dialogues, soit dans les situations.


« Ricky alla à l’hôpital où il devait rencontrer les sœurs de Samir, Noor et Huda (…/…) Les sœurs décidèrent, après une discussion chargée d’émotion, de débrancher leur frère. Le médecin leur avait dit que les coups reçu par Samir avaient peut être endommagé son cerveau.(…/..) On le débrancha mais Samir ne mourut pas et parut choisir cet instant  pour sortir du coma. (…/…)Samir fixa Ricky et demanda : «  tu as retrouvé les salauds qui ont volé mon argent ? »


Peter-leonard.jpgPlus encore, dans cette course à l’échalote où tout le monde court après tout le monde, l’auteur semble prendre un malin plaisir à jouer avec la frustration progressive de ces durs à cuire armés jusqu’aux dents, machos et prétentieux qui prennent conscience peu à peu qu’il se font mener en bateau par une femme insaisissable, qui n’a pour arme que son intelligence, son ingéniosité à les induire en erreur et sa farouche détermination à faire main basse sur les dollars.


Avec ce premier roman publié en France, Peter LEONARD rentre dans l’univers du polar et du roman noir par la grande porte. Si son écriture et son roman rentrent en résonnance avec certains titres de son père Elmore, il est en tout cas visiblement bien parti pour se faire un prénom !


Nous attendrons sereinement le prochain titre pour nous en convaincre !

 

 

Mon ami Claude à lui aussi bien aimé ce roman , vous pouvez découvrir sa chronique ici : link

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 22:10

le paradis ou presque   

 

  Edition "LE SEUIL policier "

 

Voilà le genre de roman que j’affectionne tout particulièrement ! Un roman qui  ne vous laisse pas le temps de souffler, qui vous prend par le col, vous projette à l’arrière d’une bagnole et vous embarque dans un road movie dont vous ne connaissez pas par avance la destination !  Un roman où les balles fusent comme autant de feux d’artifice, où la vie se perd plus vite qu’elle ne se gagne et où celle d’un homme vaut parfois moins que celle d’un clébard.

 

Les emmerdes, c’est comme les sangsues. Ca vous tombe dessus sans crier gare, et difficile roadmovie.jpgde vous en débarrasser tant ca vous colle à la peau !

 

En la matière Hank Thompson en connait un rayon ! Un type vraiment à part ce Hank ! Le genre de mec à se mettre deux cigarettes allumées dans les oreilles pour mieux se les déboucher, en regardant un coucher de soleil sur une plage du Yucatan avant de s’offrir son bain quotidien dans l’océan atlantique.

 

Il aurait pu ainsi se la couler douce sous le soleil et les cocotiers, à siroter ses sodas avec son pote Pedro qui tient le bar au milieu de cette plage de rêve.

 

Oui mais voilà, Hank à eu la mauvaise d’idée de s’accaparer un magot qui n’était pas le sien. 4 million de dollars « carottés » à la mafia russe de New York en laissant derrière lui pas mal de cadavres. Alors forcément quand un jeune routard à l’accent "ruskov "se pointe dans votre refuge paradisiaque et fini par vous faire comprendre qu’il n’ignore rien de votre identité, les carottes commencent à sentir le caramel !

 

Heureusement pour Hank, un russe supporte très mal le vol plané du haut d’une pyramide mexicaine. Il faut dire que celui-ci était particulièrement malotru à vouloir menacer la vie de ses parents si Hank ne lui remettait pas le magot. C’est le genre de chose, voyez vous, qui met notre bonhomme en pétard ! Les parents c’est sacré ! Résultat, un cadavre et l’ouverture du score.

 

Hank se retrouve donc avec le feu aux fesses, et ce n’est pas du à un coup de soleil à bronzer à poil sur la plage ! Décidé à rendre le pognon pour qu’on laisse ses parents tranquilles, il lui faut revenir aux Etats unis. Mais impossible de repasser la frontière avec son magot sous le bras ! Alors il l’expédie par la poste à son pote Tim, à Las Vegas, qu’il compte rejoindre ensuite pour récupérer son bien.

 

Mais déjà deux flics pas très nets font leur apparition, qui visiblement ne s’intéressent pas seulement à la mort du jeune russe. Il est grand temps pour Hank de mettre les voiles !  


Avec l’aide de Léo, le frêre de Pédro et de Rolph un américain qui a fait son trou au Mexique,  et qui arrondissent leur fin de mois en jouant les passeurs pour des réfugiés cubains, Hank finira par franchir la frontière. Derrière lui déjà, les cadavres des deux flics se rajoutent au compteur même si cette fois ce n’est pas son arme qui a distribué généreusement les balles.

A partir de là démarre un périple chaotique et sanglant vers Las Vegas. Car le problème de Hank c’est d’être constamment obligé de se coltiner des compagnons de route qui lui collent aux basks comme des mouches sur un pot de miel ,et qu’à chaque fois cela à tendance à  virer à la pétarade, façon ok Corral.


charlie hustonSi Charlie Huston, à travers «  Un paradis ou presque »  ne renouvelle pas le genre, il nous offre malgré tout une histoire particulièrement acidulée, un road movie  agrémenté de fusillades, d’herbe et de cachetons, le tout sur l’air des vieux standards du rock américain.

 

Un roman où son héros, qui n’en est pas vraiment un, ne cesse de voir la maîtrise des évènements lui échapper, qui n’aime pas la violence mais qui se voit bien malgré lui devenir l’idole des plus fêlés, mais qui pratique malgré tout l’autodérision avec un art consommé.

 

Dans un style rythmé et percutant, Huston nous dépeint un univers déjanté, très visuel, un brin « tarantinesque », où l’on croise des personnages aussi dangereux que fous à lier et où Hitler à même réussi l’exploit de se réincarner en clébard surentrainé pour vous sauter à la gorge ou sur vos précieux bijoux de famille!

 

Bref ,Le genre de roman qui se prêterait parfaitement à une adaptation cinématographique !

 

 

deux avis valant mieux qu'un,  le lien vers le billet de mon ami Paul : link

 

 

 

 

 Chroniqué dans le cadre du:

 

jurypolar

 

 


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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 22:26

 le jardin du diable
    

L’Amérique des années vingt, des années folles. C’est dans ce monde insouciant  pour lequel  les fracas de la première guerre mondiale ne sont déjà plus que de lointains souvenirs, qu’Ace Atkins campe le décor de son dernier roman, tiré de faits véridiques, «  le jardin du diable ». Une Amérique qui a pris conscience de sa puissance et qui place dans l’avenir une confiance absolue.

 

Dans ce contexte le milieu cinématographique est en plein essor, qui offre au public des héros et des destins à travers lesquels les gens aiment à s’identifier. Admirés, vénérés, portés aux nus par leur public, les comédiens sont devenus pour certains d’entre eux de véritables demi-dieux.

 

Mais dans cet univers de strass, de paillettes et de décors de carton-pâte, le scénario de la vie quant à lui,  peut parfois prendre des chemins sinueux et  mettre à nu  les rois. 


rosco filmRoscoe «  Fatty » Arbuckle,  star du cinéma muet, réalisateur et premier acteur américain à gagner plus d’un million de dollar par an au firmament de sa carrière, va en faire l’amère expérience.

 

Adulé pour ses facéties d’acteur burlesque,  introducteur au cinéma  du célèbre gag de la tarte à la crème, usant de son énorme bedaine pour envoyer dans le décor ses adversaires à l’écran, Roscoe vit en pleine lumière, dans la gloire et la vie facile. Les gens l’aiment et il s’en délecte.

 

Drainant dans son sillage une cohorte d’amis et d’admiratrices, il aime à organiser des soirées festives au cours desquelles l’alcool pourtant prohibée, coule à flot et où les participants aiment à se divertir au son du phonographe. C’est au cours de l’une d’entre elles que le destin de Roscoe va prendre la tournure d’un mauvais script dont il ne se remettra pas.

 

En septembre 1921  Roscoe invite ses amis dans un hôtel de San Francisco. Une jeune actrice, Virginia Rappe, est de la fête. Tout se passe pour le mieux jusqu’au moment où celle-ci, sous l’effet de l’alcool, rentre dans une véritable crise d’hystérie, se roulant au sol, rappehurlant et s’arrachant les vêtements. Conduite et allongée dans une chambre louée par Roscoe, elle sera  finalement hospitalisée, et agonisera pendant trois jours avant de s’éteindre. Elle avait 26 ans.

          

Des accusations très graves vont alors être portées à l’encontre de Roscoe que l’on va accuser d’avoir violé la victime avec un objet avant de l’écraser de son corps, provoquant l’éclatement de ses organes .


Il n’en faudra pas plus pour que ne démarre le plus grand scandale qui allait toucher le cinéma américain de ce début de XX siècle. 

 

 Dans cette vindicte générale qui se déchaine alors contre Roscoe, jeté en pâture à la presse  et à la colère de la foule qui maintenant lui crache au visage, un homme essaye de démêler les fils de cette histoire qui ne semble pas aussi limpide qu’elle n’en a l’air.


Naviguant dans les eaux troubles de cette affaire où la vérité semble insaisissable au milieu des faux témoignages, des preuves bidouillées, des témoins envolés, il s’efforcera d’apporter les éléments nécessaires à la défense de Roscoe.


dashiellCet homme c’est  Samuel Hammett, détective  privé de la célèbre agence Parkinton qui l’emploie. Il n’a pas encore délaissé son arme au profit de la plume pour se muer  en  père fondateur du roman noir  qu’il deviendra quelques années plus tard avec ses premières œuvres.

 

A travers ce drame et le barnum médiatique qui s’en est suivi,  Ace ATKINS nous dresse le portrait sans concession d’une société en trompe l’œil. Une société corsetée dans son puritanisme, sa pudibonderie et  sa violence morale, dont la Prohibition n’est que le versant le plus visible.  


Mais une société où les plus nantis savent s’affranchir des lois et de l’ordre moral pour agir au gré de leurs intérêts, où la vie d’un syndicaliste ne vaut même pas le prix de la corde qui sert à le pendre, et où s’esquissent déjà  les premières chasses aux sorcières qui prévaudront sous le maccarthysme. De cette société gangrénée, où la corruption est un art consommé, le futur  Hammett Dashiell puisera l’inspiration de ses œuvres à venir, avec un réalisme remarquable.

 

Au-delà du cas personnel de Roscoe « fatty » Arbuckle, ce procès marque aussi la fin d’une époque, celle d’un cinéma muet, populaire et burlesque et insouciant qui ne plaisait pas forcément à la bonne société, et qui laissera quelques années plus tard la place à un cinéma parlant beaucoup élitiste.  

 

Ce roman est publié au moment où l'on célèbre le cinquantième anniversaire de la mort d'Hammett Dashiell ! un joli clin d'oeil en forme d'hommage de la part d' Ace Atkins qui en fait le héro de son roman ! Un exercice plutôt reussi .


Pour ceux qui souhaiterait en savoir davantage sur cette histoire véridique voici un lien qui lui nourrira votre curiosité

 

http://www.suite101.fr/content/les-frasques-de-hollywood-et-leurs-consequences-a122

 

Sinon, je ne saurai terminer mon billet sans vous indiquer le lien de deux copains bloggeurs qui ont aussi exprimé leur avis sur ce roman. Je vous invite à leur rendre une petite visite !

 

Le billet de Mic


http://noirsuspense.blogspot.com/2011/02/une-cible-pour-la-haine.html

 

Le billet d’Oncle Paul


http://mysterejazz.over-blog.com/article-ace-atkins-le-jardin-du-diable-devil-s-garden-2009-traduction-de-christophe-mercier-editions-du-masque-68131604.html

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 20:58

un enfant de dieu

 

" Un enfant de Dieu" de Cormac Mc CARTHY


Editions POINTS

 

 

Si Cormac McCarthy est mondialement connu pour ses œuvres, s’il est considéré comme un des plus grands auteurs contemporains aux Etats Unis, en France par contre, il aura fallu la projection en salle du film des frères Coen « No country for the old man » , tiré du roman du même nom, pour que les regards du grand public commencent à se tourner vers lui.


La publication peu de temps après de son roman « La Route »(  en 2006 aux USA où il obtient le prix Pulitzer , en 2008 pour la France) , adapté lui aussi au cinéma l’année suivante, allait définitivement ouvrir les portes de la notoriété à cet auteur resté chez nous  trop longtemps connu des seuls amateurs.


«  Un enfant de dieu » a été écrit en 1973, soit au début  de la carrière de l’auteur et bien avant les succès que je viens d’évoquer.


Si  « La Route » explore le chaos extérieur, l’effondrement du monde et l’implosion de la civilisation, «  Un enfant de dieu » quant à lui, sonde  le chaos intérieur de l’être humain, la désagrégation  de son humanité et le retour à sa bestialité primaire.


« A observer ces choses qui émergent d’une matinée par ailleurs silencieuse et champêtre, un homme, devant la porte de la grange. Il est petit, crasseux, mal rasé. Il se déplace dans la balle sèche au milieu de la poussière et des lames de soleil avec une brutalité contenue. Du sang saxon et celte. Un enfant de Dieu, sans doute, comme vous et moi. »


Car « Un enfant de Dieu » c’est l’histoire d’une bête. Une bête humaine. Celle de Lester Ballard, né dans le Sud profond américain. Un orphelin, qui une fois adulte deviendra fétichiste et  nécrophile au fur et à mesure de sa dégradation humaine.


 Quand il est chassé de chez lui et sa maison mise en vente, il se retrouve  à errer dans la nature, à courir les bois qu’il connait comme sa poche. Jamais vraiment intégré à la société, celle-ci finit de se désintéresser de lui  et le renvoie à la lisière du monde civilisé.


Quand tout a-t-il basculé pour Lester ? Le jour où  il tombe sur les cadavres encore chauds d’un couple dans leur voiture et qu’il décide d’abord de violer la morte avant de l’emporter avec lui dans la montagne, ou bien la cassure remonte t’elle plus loin en amont dans le sillon de son enfance? Au suicide de son père ?


Toujours est-il que progressivement Lester se transforme en autre chose qu’un être humain, un homme-animal où l’instinct de survie le dispute à la violence qui l’accompagne. Où la pulsion supplante la raison. Comme une vielle peau qu’il abandonne après une mue, il se soulage du peu d’humanité qui lui reste à mesure qu’il s’enfonce toujours un peu plus vers l’animalité.


Et quand la cabane qu’il avait trouvée, est réduite en cendres dans un incendie qu’il provoque involontairement, c’est ce reste d’humanité qui part en fumée avec elle. La transformation  a dès lors définitivement fini d’opérer.


C’est dans une grotte qu’il se terre alors. Un refuge, un antre, un temple dans lequel il va ramener le corps de ses victimes dont il aime à s’entourer.


Pourquoi ?  En gardant ces corps près de lui, cherche t’il malgré tout à garder un lien, fut-il ténu, avec cette humanité qui l’a rejeté et qu’il a fini par fuir ?  Ou bien s’agit il simplement pour lui d’assouvir son pouvoir en se construisant un univers où il est au centre de tout ?

N’attendez pas explications. L’auteur n’en délivre aucune, n’offre aucun jugement, ne procède à aucune exploration psychologique de son personnage. Nous sommes seuls face à la description de cette bestialité mise à nue, à nous imaginer, à essayer de comprendre, si cela à toutefois un sens de le faire.


Le style de Mac Cormack est abrupte, son écriture sombre et  sèche, ce qui donne encore plus de puissance à ses mots.


cormack-mc-carthy2.jpg"Il réapparut se débattant, crachant, et se mit à battre l'eau pour rejoindre la rangée de saules qui délimitaient la berge submergée de la rivière. Il ne savait pas nager, mais comment un type comme lui aurait-il pu se noyer? La rage semblait lui tenir lieu de bouée. Une pause dans le cours normal des choses sembla se produire en ce lieu. Regardez-le. On aurait pu dire qu'il était porté par ses semblables, des gens comme vous. Qu'il en avait peuplé le rivage et qu'ils l'appelaient. Une race qui nourrit les estropiés et les fous, qui veut de leur sang mauvais dans son histoire et l'obtient. "


Ce roman est court. Pour autant il interpelle sur la nature humaine. Ne portons pas en nous cette part de bestialité que nous enfermons dans la cage de notre civilisation ? Et quelle est la part de responsabilité de cette société dans cette dégradation humaine à laquelle nous assistons, en refusant à un « enfants de dieu » d’y entrer et d’en faire partie.

Ce n’est sans doute pas le meilleur roman de Cormak Mc Carthy (certainement pas le moins mauvais non plus) mais sa lecture en reste incontournable pour celui qui veut appréhender l’œuvre de cet auteur remarquable..

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
16 février 2011 3 16 /02 /février /2011 19:25

brasiers

 

 " BRASIERS" de Derek NIKITAS


Editions TELEMAQUE

 

Avoir l’insouciance de ses 15 ans, s’émanciper progressivement de son enfance encore  enluminée des personnages féériques et de la poésie toute juvénile des contes pour enfant, et pénétrer à pas feutrés ou de manière grinçante dans le monde des adultes, remettant en cause leur autorité et en bravant les petits interdits de la vie quotidienne, tel est le propre de chaque adolescent. Lucia Moberb, alias «  Lou », plantée dans ses Docks Martins, et campée dans son look gothique, n’échappe pas à la règle.

Mais là où le passage rituel et progressif vers  l’âge adulte se fait cahin caha avec plus ou moins de crispation, celui de Lou sera quant à lui cataclysmique.

C’est parce que sa mère avait préalablement refusé de l’y conduire, que Lou avait sollicité son père, dont elle se sent plus proche, pour qu’il la conduise au supermarché du coin. Alors que celui ci  flâne chez le libraire, Lou quant à elle se dirige vers le magasin de musique. C’est là, que volant des CD pour ses copines, elle va enclencher une mécanique désastreuse, provoquer une petite étincelle qui va embraser son existence et celle des ses proches.

 Repérée par une vendeuse, elle s’enfuit. Arrivant à semer cette dernière, elle enjoint son père qu’elle retrouve à la librairie, de partir sans attendre en prétextant se sentir mal et avoir la nausée. C’est donc plus tôt que prévu qu’ils regagnent la voiture, et que Lou s’affale sur la banquète arrière.

Et c‘est là sur le parking, au moment de démarrer, qu’une ombre s’approche du véhicule. Lou est persuadée qu’il s’agit un agent de sécurité du magasin qui vient l’arrêter. Mais il n’en est rien. A la place l’inconnu abat son père  à bout portant d’une balle en pleine tête.

Traumatisée par le meurtre gratuit  de ce père pour lequel elle vouait une admiration sans faille, culpabilisant de son destin funeste, Lou voit  quelques temps plus tard sa mère tenter de mettre fin à ses jours en sautant d’une jetée. Sauvée in extremis celle-ci est gravement blessée à la tête au point qu’elle en a perdu le fil de ses souvenirs.

Projetée violemment dans le monde des adultes, ayant perdu son héro de père et devant s’occuper de sa mère devenue amnésique, Lou ne trouve de réconfort que près de Quin, un jeune voisin à peine un peu plus âgé ,et qui semble tout aussi paumé qu’elle.

« Il était une fois l’enfer ». C’est par ces mots que débute le premier roman de Derek NIKITAS. Et parler de descente aux enfers est pour l’occasion un doux euphémisme, tant la vie des personnages est aspirée par le siphon destructeur d’un destin impitoyable  qui va se mettre  en marche.

 Derek NIKITAS nous produit là un roman particulièrement sombre, violent et désespéré. L’histoire du basculement d’une vie, la dislocation d’un univers bien ordonné et confortable,  pour un autre fait de chaos et de destruction  où les seules valeurs qui en cernent les contours sont la violence, le meurtre, le sexe, l’alcool et le fric.

Mais le monde n’est pas manichéen. Le drame va mettre à jours des fissures, le doute va cheminer pour éclore en certitude, et il y a des trahisons aussi mortelles que des coups de feu.

derek-nikitas.JPGL’attrait de ce roman n’est pas tant dans les scènes de violences, qui pour certaines sont particulièrement dures, que dans le soin tout particulier que l’auteur apporte à la psychologie de ses personnages.

A celle de ces femmes  d’abord,qui tiennent une grande place dans ce roman. A commencer par Lou dont l’inconscient fait parfois surgir dans sa réalité apocalyptique  des personnages féeriques issus des histoires que son père lui racontait étant petite, comme pour s’accrocher à cette enfance dont on la mise à nue. Lou qui n’aura que la force de ses 16 ans pour se tenir debout et relever le défi de sa propre survie.

Greta ensuite, la femme flic qui, à force de tout donner à son boulot n’a pas vu grandir sa propre fille qui  aujourd’hui se marie, au point de s’être mise à la périphérie de son existence et pour qui cette enquête  prend un peu la forme d’une rédemption à vouloir cette fois-ci,  être là auprès de cette gamine touchée de plein fouet par le drame. C’est elle qui commencera à douter du caractère gratuit du meurtre de son père, et à s’intéresser à une bande à la réputation sulfureuse.

Enfin Tanya ,paumée et  enceinte, prisonnière consentante de cette bande dont l’horizon ne va pas plus loin que les rideaux de sa cuisine, et  dont la seule joie se résume à ne pas recevoir de coups. Sa soumission ira jusqu’au sacrifice de son seul espoir de liberté, comme un oiseau qui n’a toujours connu que la cage qui l’enferme  et qui n’ose pas s’envoler quand la porte de celle-ci s’entrouvre.

Quant aux hommes, eux, leur portrait est sans concession. Pour la plupart brutaux, rustres et manipulateurs, ils seront les détonateurs d’un Ragnarök  magistral.

Et dans ce cataclysme des destins, lorsque tout s’est embrasé et consumé, il ne reste que cendre et souvenirs calcinés. Pourtant, c’est bien là, au milieu des ruines fumantes de ces brasiers à peine éteints qu’une fleur d' espérance trouvera encore la force de pousser.

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 20:57

'L'HOMME ALPHABET" de Richard GROSSMAN, Le Cherche-Midi, collection Lot49

 

 

l'homme alphabet

«  Je m’appelle Clyde Wayne Franklin, je suis un prescripteur de poisons poétique, et un fournisseur d’alphabet. Je suis tatoué de lettres sur la nuque le torse le dos  les fesses l’entrejambe  les bras les jambes les pieds et les mains. Je suis un langage en acte, muni d’une hache, d’un revolver et d’un stylo. Le monde se cache, horrifié, à mon approche. On m’appelle l’Homme Alphabet. »


Quand il sort de prison, une vingtaine d’années se sont écoulées depuis le meurtre de ses parents pour lequel il a été condamné.  Entre temps  Clyde  est devenu un poète controversé de grande renommée, cet Homme Alphabet qui porte sur lui les instruments de sa propre créativité.


Retrouvant à peine la liberté il est appelé à l’aide par Barbie, sa petite amie, une ex-prostituée qui a eu la très mauvaise idée de faire chanter  un de ses clients, un homme politique ambitieux et peu enclin à la chansonnette ! Depuis celle-ci  reste introuvable, et c’est à sa recherche que va se lancer notre poète. Va débuter alors une quête complètement délirante, paranoïaque  et fantasmagorique, où le cerveau dérangé de cet homme pluriel fait office de salle obscure où s’entremêlent les voix!


Car Clyde n’est pas seul, il est accompagné de Chuckles , un clown qui hante son esprit, lui-même affublé  d’Al son agent artistique. Un clown à qui il laisse les clés quand il est victime d’un de ses fréquents  « Blackout », de ces absences dont il ne garde rien en souvenir et d’où la mort peut surgir. « Bien sûr Chuckles ne ment qu’à moi…Quand il me rend les clés, il ne me dit jamais ce qui s’est vraiment passé. Je lui pose toujours la question «  Je ne risque rien ? » et il répond « Nan » , mais dès qu’il essaie de me raconter une de ses histoires à dormir debout sur mon comportement aberrant, j’arrête tout bonnement de l’écouter. »


Clyde est donc un poète meurtrier, devenu la coqueluche d’une société qu’il exècre, le poète-assassin qui calomnie le monde des humains, cette morne râlocratie qui s'est répandue depuis le Kenya, à coups de caillasse, de machette et de queue […]  Il a grandi dans un environnement particulièrement déjanté, témoin d’un père alcoolique qui frappait régulièrement sa mère (consentante ?) dans des jeux sadomasochistes, et où lui-même n’est pas vraiment sûr de la nature de sa relation filiale qu’il pouvait entretenir avec elle.


« Si un enfant est jeté dans les ténèbres, si un enfant est jeté dans les ténèbres extérieures, si un enfant ne reçoit pas d'amour et ne voit pas d'amour à part l'amour des chaînes et des fouets, l'enfant construira un monstre, morceau par morceau, au-dedans de lui. L'enfant construira sa maladie; l'enfant qui en voit trop construira son aveuglement »


C’est ainsi que Clyde construira son alphabet dont il se couvrira le corps, comme d’autres portent une amulette, pour se protéger d’une réalité qu’il ne peut plus affronter et qu’il enfouit sous les morts et sous les mots. Accroché à ses lettres comme à une bouée pour ne pas sombrer,  il dérive à la frontière de cette réalité qui s’estompe et se perd dans les méandres de son esprit torturé.


Clyde ne se rappelle pas vraiment. Il ressent, pressent, suppute.  Se souvient-il seulement de ses meurtres ? Juste de deux, tout au plus,  « tel un hottentot de retour de bataille,  on me demande de dénombrer mes victimes, et je ne peux répondre que deux. Choqué et avili, je suis sommé de recompter. Je répète mon chiffre solitaire. Le seul nombre 2. Père et les autres. »


Difficile quand tout est mélangé dans son esprit de se repérer dans le monde libre et de remonter la piste de Barbie sa fiancée. D’autant que même dans le monde réel les apparences sont parfois trompeuses.


grossman 2010C’est un roman fulgurant, furieux et violent que signe là Richard GROSSMAN.


Lorsque j’ai ouvert celui-ci  et  que j’ai commencé à en parcourir les premières pages, j’ai eu immédiatement la sensation  que j’avais entre les mains, ce qu’un de mes visiteurs a un jour appelé, « un ovni littéraire » ! Car ce livre est à lui seul un univers, un ilot solitaire au milieu de l’océan du polar et du roman noir.


Mais c’est aussi un peu le propre de cette collection «  Lot 49 » des éditions du Cherche-midi que d’ouvrir de nouveaux horizons en éditant des romans à la géométrie littéraire expérimentale.


Nul doute que celui-ci ne laissera pas son lecteur indifférent, dans un sens ou dans l’autre. Inutile de vous dire que pour ma part l’expérience fut une réussite, tant l’ouvrage m’aura désorienté, aimanté et au final fait prisonnier.


Lire ce roman s’est s’engager dans une aventure schizophrénique, un plongeon vertigineux dans la poésie et la folie d’un homme, mais c’est également parcourir une œuvre graphique, une création typographique originale.


Les chapitres alternent les moments d’enquête classique du personnage, avec les passages de purs délires paranoïaques ou les éructations poétiques de cet être perturbé. La mise en forme est tout aussi particulière et liée à l’état d’esprit de Clyde  ( mais je laisse le soin à mon amie Keisha ( link )de vous expliquer cela à travers le billet qu’elle a rédigé au sujet de ce roman qu’elle a aussi beaucoup apprécié).


Ce roman s’inscrit dans une trilogie, intitulée « American letters  », placée sous le signe de Dante et de son Enfer.

Pour ma part, j’espère que les portes de l’enfer ne se refermeront pas trop vite, juste le temps nécessaire pour voir en sortir le prochain opus que j’attends déjà avec impatience.

 

LE 13 JANVIER EN LIBRAIRIE

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 08:07

la confrerie des mutilés

"La confrérie des mutilés" de Brian EVENSON

10/18 Domaine étranger

 

 

Autant le dire tout de suite. Si vous avez plutôt l’âme sensible, abstenez vous de lire ce livre ! Abstenez vous d’ailleurs de lire ce billet, sinon il se pourrait bien qu’avant la fin de celui-ci vous soyez pris de nausées ! Mais quel dommage pour vous !  Car ce roman est odieux ! Magistralement et délicieusement odieux !

 

Kline est un policier. Au cours d’une enquête, il se retrouve face à criminel armé d’un hachoir. Pour en réchapper, il n’a d’autre solution que de laisser le tueur  lui trancher la main, ce qui dans ce court laps de temps, lui permet  de saisir son arme de service de son autre main valide, et de tirer une balle dans l’œil de l’assassin. Pour couronner le tout, Kline va cautériser lui-même son moignon ensanglanté sur une plaque électrique!  (Je vous vois faire la grimace cher lecteur, mais je vous avais prévenu, d’ailleurs ce n’est rien comparé à la suite ! Accrochez vous donc !)

 

Cet exploit, rapporté dans la presse, ne va pas passer inaperçu. En particulier auprès d’une secte constituée exclusivement d’individus  amputés d’un ou plusieurs membres, qui reste admirative devant ce geste insensé qui vient d’être accompli.

 

Pendant sa convalescence, Kline va être contacté par celle-ci pour lui demander de se déplacer dans ses locaux pour une affaire urgente. Notre policier refusera, et ce qui n’était qu’une demande courtoise va rapidement se transformer en une invitation ferme et coercitive, formulée par deux anges gardiens un peu trop directifs.

 

Dans cette confrérie, l’organisation y est très hiérarchisée. Les places  et les grades s’établissent en fonction du nombre d’amputations comptabilisées sur la personne. Si vous ne possédez qu’un seul moignon, vous n’êtes qu’un  vulgaire « Un » et occupez le bas de l’échelle. Par contre vous êtes un « onze » et occupez le haut du panier s’il vous en manque à ce point ! (je vous aide à traverser la rue ?)

 

Et c’est justement un Onze que va rencontrer notre homme, pour se voir confier une enquête qu’il ne peut refuser faute d’y laisser un peu plus que quelques membres .Le gourou de la secte a été assassiné et il convient d’en trouver le coupable.

 

Alors débute véritablement la descente aux enfers pour notre inspecteur si particulier. Car le problème voyez vous, c’est que les membres de cette confrérie ont la fâcheuse habitude de ne parler qu’à des personnes de rang égal ou supérieur. Et donc pour pouvoir les interroger et obtenir des informations il faut se mettre à leur niveau. Et pour se faire, avoir l'esprit de sacrifice. Vous me suivez jusqu’ici ?( ah je vois que vous commencez à pâlir ! ) Et la question est de savoir jusqu’où notre héro involontaire est il prêt à aller pour découvrir la vérité !

 

Les choses vont rapidement aller de mal en pis pour Kline devenu bien malgré lui une icône de ces croyants vouant un culte si particulier au don de soi.  Son enquête le conduira à découvrir un groupe dissident de la confrérie ! Il se retrouvera bien malgré lui l’enjeu et l’outil de cette confrontation à mort entre les deux organisations rivales.

 

Et c’est donc au milieu de ce capharnaüm que notre flic va patauger et tenter de surnager. Au final celui-ci optera pour une solution radicale qui transformera le reste du roman en un cataclysme sanguinolent du meilleur effet !

 

Ce livre est hors norme. C’est un roman obsédant, dérangeant, qui vous met extrêmement mal à l’aise, mais dont on ne peut s’empêcher de se délecter à chaque page, tant nous prenons plaisir à l’inconfort. Car derrière le premier degré, abrupt et violent, se cache un humour noir jouissif, omnis présent.

 

La scène de la stripteaseuse qui une fois effeuillée de son soutien gorge et de son string , prolonge le spectacle en se décortiquant comme une écrevisse un soir de réveillon en s’ôtant bras, jambes, œil, seins,fesses…. est croustillant d’obscénité ! ( oh! mais vous changez de couleur cher lecteur, asseyez vous donc et gardez ce petit sac près de vous, sait on jamais!)

 

L’auteur est un ancien mormon qui a été sommé par son église de choisir entre l’écriture et sa foi. Heureusement pour nous, Brian Evenson a décidé de commettre des romans.

 

 Sans doute règle-t-il d’ailleurs quelques comptes avec la religion en général ,qu’il monte en dérision à travers ce débat ubuesque qui agite la confrérie , pour savoir  si l’amputation d’un orteil à la même valeur que celle d’un pied ou d’un bras dans le décompte des amputations !  Où lorsqu’il décrit les membres du groupe dissident où tous s’appellent  Paul ! Vous imaginez les dialogues !

 

Et ne cherchez pas la moindre notion de bien ou de mal, de remord ou de doute, vous n’en trouverez pas. Evenson ne s'attache pas à l' épaisseur psychologique de ses personnages. Tout juste Kline se demande de quoi le lendemain sera-t-il fait. La force d'Evenson reside dans les situations qu'il mets en place, dans son écriture épurée qui sert une mise sous tension du lecteur de plus en plus forte et étouffante.

 

J’avais déjà dans ma bibliothèque un livre de Brian Evenson que je n’ai pas encore lu , « Inversion », qui semble baigner lui aussi  dans un univers tout aussi curieux.Je crois que je vais bientôt m’intéresser à lui ! Mais pas trop vite non plus, histoire de me remettre un peu de celui ci qui a quand même accompli l'exploit de me faire faire un cauchemar( moi qui n'en fait jamais) où je rêvais que l'on m'avait amputé des deux mains! Avouez que cela aurait été ballot pour écrire cette critique!

 

Quant à vous cher lecteur, si la lecture de ce billet ne vous a pas retourné l’estomac, il ne vous reste plus qu’à vous lancer dans celle de ce roman si particulier ! Mais attention, à le dévorer, il se pourrait bien que les bras vous en tombent !

 

Bonne lecture!

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
28 novembre 2010 7 28 /11 /novembre /2010 11:20

9782702434017FS

"Un pied au paradis" Don RASH

Editions du Masque

 

 

 

J’aime les histoires simples. J’aime quand elles sont racontées sobrement et qu’elles touchent au cœur des hommes.  «  Un pied au paradis » de Ron Rash est de cette veine.

 

Dans un style épuré, l’auteur nous entraine dans une histoire ordinaire, celle d’une terre et des hommes qu’elle porte. Une terre sauvage, assommée par la chaleur et balayée par les vents, arrachée aux indiens, et bientôt perdue par les hommes. Une terre qui façonne les caractères, et fait de ces paysans pauvres, des gens rudes à la tâche, âpres et peu causants, courbés aux champs mais droits et dignes dans l’adversité.

 

Nous somme dans les années cinquante, à  Jocassee dans le comté d’Oconee , au sud des Appalaches. La compagnie d’électricité Carolina Power construit un barrage qui va submerger cette terre aride, où ne poussent que des choux et des plants de tabacs qui grillent au soleil.

 

C’est dans cette vallée perdue et condamnée qu’un homme a disparu. Un enfant du pays, un dur à cuire revenu de la guerre les poches pleines d’oreilles, des trophées pris sur l‘ennemi en guise de tribu pour  son courage.

Sa mère a bien entendu un coup de feu. Elle fut aussitôt persuadée que son fils était mort, et même convaincue que son voisin avait assassiné son enfant. Mais le corps est resté  introuvable.

 

Reste le temps.  La présence de cette absence, obsédante et tapit au fond des cœurs, et qui des années plus tard, progressivement, remontera  à la surface à mesure que l’eau du barrage commencera à envahir les terres.

 

Ron RASH a fait le choix de narrer son histoire à cinq voix. Cela n’est pas sans me rappeler le jeux à douze chandelles de David PEACE dans « Tokyo, ville occupée» (  "TOKYO, ville occupée" de David PEACE ). Mais là où David PEACE jouait avec l’écriture et les styles narratifs, Don Rash s’attache quant à lui à l’épaisseur psychologie de ses personnages.

 

Le shérif, la femme, le mari, le fils et l’adjoint du sheriff,  nous délivrent chacun dans un chapitre qui leur est consacré, un angle différent d’une même histoire, leur vérité et  pour certains une part de ce fardeau qu’ils portent, dans cette disparition que le temps n’arrive pas à effacer. Et fort sera le prix de la rédemption.

 

A travers ce roman émouvant, c’est aussi le portrait d’une  Amérique rurale au seuil des grands bouleversements technologiques de la seconde moitié du XXe siècle que nous dépeint Ron Rash. Un monde agricole et familial mal préparé au chambardement technologique qui va redessiner les contours d’une nouvelle ruralité, et jeter sur les routes de l’exode les plus pauvres de ces paysans  besogneux, qui iront grossir les rangs ouvriers d’une industrie elle-même en pleine mutation.

 

C’est ce monde paysan  que symboliquement le barrage est en train inexorablement d’engloutir.

 

« J’ai quitté Jocassee , pour la dernière fois pourvu que ca ne tienne qu’à moi. Je  reviendrais pas ici pour pêcher, faire du ski nautique ou me baigner ni rien de tout ça. Ici, c’était pas un coin pour les gens qui avaient un foyer. Ici, c’était un coin pour les disparus ».

 

Le roman de Don Rash est poignant, jusque dans le parler de ses personnages. Certains le comparent déjà de grands auteurs américains, dit du Sud. Pour ma part je n’en ferai rien.

 

 Si le roman m’a véritablement séduit et touché, j’ai l’impression cependant qu’il me manque un petit quelque chose ( que je n’arrive pas encore à identifier au moment où j’écris ces lignes) pour être totalement convaincu. Un très bon roman, oui, sans doute, un très grand auteur non, pas encore.

 

Don Rash a déjà publié 4 romans aux états unis. « Un pied au paradis » est le premier traduit et publié en France. C’est aussi un poète et un nouvelliste.

 

J'attendrai donc avec impatience son prochain roman pour cerner un peu plus cet auteur prometteur.

 

 

 

 

 

 

 

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
4 septembre 2010 6 04 /09 /septembre /2010 18:41

 

9782070307234

 

Cela faisait trois ans que ce roman attendait dans ma bibliothèque que je l’ouvre à ma lecture.


Pour l’anecdote  c’est en parcourant les premières pages du dernier roman de CONNELLY que je me suis décidé à  lire « Le dernier baiser » (initialement édité en France en 1980 sous le titre « Le chien ivre »). En effet, Connelly  rendait hommage à James Crumley pour l’avoir écrit. Un hommage en forme de promesse faite au lecteur de découvrir un grand livre .

 

C.W Sughure est détective privé. Il s’est spécialisé dans la recherche de jeunes fugueurs.  Un travail pas très passionnant, mais qu’il connait bien et qui lui permets de se payer des plongées  sous la ligne de flottaison des glaçons de son verre de whisky, quand il est accoudé aux bars qu’ils croisent sur sa route.

 

Et des bars, Sughure va en visiter plus d’un au cours de ses pérégrinations, à la recherche d’un mari écrivain envolé, que la  femme de ce dernier lui demande de retrouver et de ramener.

 

Quand enfin il lui remet la main dessus, un petit séjour à l’hôpital s’impose pour celui-ci. Le temps de la convalescence, notre détective s’en retourne au bar de Rosie, où la chasse à l’écrivain avait pris fin quelques heures plus tôt dans des conditions un peu tumultueuses, histoire d’écluser quelques verres et d’y faire mourir le temps.

 

C’est là, au cours de la discussion que Rosie va demander à Sughure de fouiner à droite à gauche pour retrouver sa fille disparue. Sughure accepte, sans trop y croire, la piste étant froide depuis plus de 10 ans !

 

James Crumley c’est d’abord une écriture,  un style vraiment unique. Sa plume, trempée dans l’encre d’un humour caustique, dresse  les contours des lieux , plante en quelques mots les atmosphères avant d’y faire évoluer des personnages abîmés , gueules cassées et loosers sublimes,  qui  tentent de survivre en s’accrochant à la mélancolie de leur existence.

 

« Pas besoin de te dire ce que ca donne, vu de près. Je suppose que tu sais. Mais je me suis forcé à regarder. Je me suis forcé à pas flancher. Et après ca j’ai su ce que c’était, la guerre. Ca n’avait rien à voir avec la politique, ni avec la survie ni rien de ces conneries là. C’était juste tuer sans flancher, vivre sans flancher(…) C’est comme ca que j’ai vécu depuis cette nuit là. Et c’est bien ça le drame. Quand on est plus capable de flancher, autant être mort. »

 

Crumley a le soucis du détail, du mot juste. Aucune dépense narrative inutile. Chaque mot, chaque phrase de son roman est une pièce de l’édifice qui ne manquerait pas de s’écrouler si on en retirait qu’une seule.  Son écriture est unique. On lirait presque du Crumley juste pour le plaisir de faire courir ses yeux sur la poésie de sa narration.

 

«Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne, il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d'une superbe journée de printemps.


Et si vous cherchez dans le «  dernier baiser » une histoire faite d’actions, de rebondissements, de suspens haletant, et d’hémoglobine au litre, alors il vaudrait mieux que vous passiez votre chemin. Car ici l’histoire s’efface presque devant les personnages, taillés à la plume, dans le moindre détail.

 

A commencer par ce bouledogue alcoolique, qui sera trimballé à droite à gauche, se prendra une balle dans bide, et qui, devenu momentanément infirme, aura la descence de se cacher derrière un buisson pour faire ses besoins, afin masquer le fait qu’il n’est plus en capacité de lever la patte !

 

Un chien plus souvent ivre que sobre, comme le reste des personnages de ce roman, et qui connaîtra le choc des cultures le jour où il découvrira la bière japonaise.

 

Si l’histoire en elle-même ne me laissera pas un souvenir impérissable (mais là ne reside pas l’essentiel) , nul doute par contre que les personnages que j’ai croisés au fil des pages reviendront  souvent dans mes souvenirs de lecteur.

Quant à James Crumley, celui-ci s’en est allé un beau jour de septembre 2008.

Bibliographie :


- Un pour marquer la cadence

- Fausse piste

- Le dernier baiser

- La danse de l'ours

- Le tir aux pigeons

- Putes et autres récits

- Le Canard siffleur mexicain

- Les serpents de la frontière

- Le bandit mexicain et le cochon

- La dernière contrée

 

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Published by passion-polar.over-blog.com - dans Auteurs Américains
27 août 2010 5 27 /08 /août /2010 00:42

 

rafael-derniers-jours

Rafaël, derniers jours.


Voilà sans doute le livre plus perturbant, le plus éprouvant et le plus dérangeant que j’ai pu lire ces derniers mois. Un livre qui prend aux tripes, qu’on empoigne, qui fait violemment réagir. Un livre où l’on  aimerait arracher  la plume à l’écrivain pour écrire à sa place une autre fin.  


C’est la première fois que je vois un auteur mettre préalablement en garde son lecteur par rapport à la lecture d’un des chapitres de son roman, tout en expliquant la nécessité absolue qu’il y avait de l’écrire. Car ce roman plonge le lecteur dans une tension véritablement insoutenable.


Rafael est un brave type, un peu alcoolo, sûrement fauché, mais pas fainéant. Père de trois jeunes enfants, il est marié à Rita qu’il respecte et qu’il aime. Avec sa petite famille, il vit près d’une décharge avec pour seul horizon ces tas d’immondices dans lesquelles les plus pauvres tentent d’y trouver de quoi survivre.


Son avenir et celui des siens est à l’image des vêtements usés et rapiécés qu’il porte. Alors un jour il va accepter de monnayer la seule chose qu’il peut encore marchander, sa vie. En échange de la promesse de 30.000 dollars  versés à sa femme, celui-ci va accepter d’être le héro funeste d’un snuff movies.


Ce roman n’est pas un roman malsain, voyeur ou exhibitionniste. Gregory Mc Donald , l’auteur ne tombe absolument pas dans ce travers. Au contraire il adopte une construction particulière de son texte, qui fait qu’il évacue quasiment des le début la mise à mort ( le fameux chapitre incriminé), par la narration non pas de ce qui est, mais de ce qui sera le moment venu. Car là n’est pas l’essentiel du roman.


Rafael, analphabète, signe donc un contrat, et empoche 300 dollars en guise d’avance. Il retourne vivre le peu de temps qu’il lui reste près des siens. Et nous l’accompagnons durant  ces quelques jours où il va essayer de rendre les gens autour de lui un peu plus heureux ,avec l’avance qu’on lui a faite. Nous découvrons son univers, sa vie, ceux qui constituent son horizon, et à travers lui cette micro société de nécessiteux pourtant organisée et solidaire. Nous partageons ces rires, ces éclats de voix, ces échanges,  ces petits riens qui remplissent une vie, celle de Rafael.


Toute la force de ce roman réside paradoxalement dans l’humanité qui s’y trouve à travers ce personnage terriblement attachant.


Et ce n’est pas tant la mise à mort annoncée qui rend ce livre pesant et insoutenable que le décalage entre l’innocence et la cruauté d’une même société.  Entre cet homme simple et généreux, foncièrement honnête, qui croit encore en la parole donnée, et cette frange d’une société désarticulée, déshumanisée, tricheuse,  qui ne trouve plus de sel dans l’existence,  que dans l’immoralité de la  mise à mort de sa propre humanité.


A la fin de ce roman, m’est revenu en résonnance celui de Steinbeck  «  des souris et des hommes ». Dans ce monde qui est le notre, il n’y a malheureusement pas de place pour l’innocence.


Bouleversant, poignant, douloureux, le roman de Mc Donald est vraiment un grand livre.

 

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