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10 octobre 2010 7 10 /10 /octobre /2010 11:31

 

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La bicyclette de la violence.

 

Colin Bateman est un de ces auteurs dont on peut facilement passer à côté, même en lisant un de ses romans. En entamant la lecture de celui ci, je me suis vite dit que j’avais entre les mains un p’tit roman sympathique, mais qui au demeurant n’en resterait qu’au stade du roman de gare.

 

Déjà le titre, « la bicyclette de la violence », m’avait fait penser à une feignante traduction, irréfléchie et inconséquente. Pourtant, me reportant au titre original, il semblait bien ne pas y avoir d’erreur sur la transcription qui en était faite dans la langue de Molière. Cela confortait donc mon impression première, d’autant que la bicyclette en question ne joue pas véritablement un rôle crucial dans l’histoire.

 

Pourtant, au fil des pages, je me suis lentement laissé pénétré par la vie de ce drôle de héros, Miller, qui n’en est pas vraiment un, ou alors bien malgré lui. Journaliste de son état et alcoolique de nature, celui-ci se retrouve muté dans une ville où l’information s’y meurt de ne pouvoir y trouver matière, après avoir une fois de plus brillé de ses acrobaties éthyliques.


L’histoire se passe en Irlande, celle du Nord, celle où les communautés catholiques et protestantes se font face, et Crossmaheart, ville où est mutée Miller, porte en elle une ligne de partage, où le whisky n’a pas forcément le même goût selon le côté de la ligne où l’on se trouve.

 

Mais Miller est aussi bon journaliste qu’il est écumeur d’alcool. Très vite celui-ci va s’intéresser à son prédécesseur, Jamie, qui a mystérieusement disparu et que tout le monde  considère depuis, sans le dire,  comme étant  devenu un spécialiste du pissenlit étudié sous l’angle de la racine.

 

Sa route va croiser celle de Marie, l’ex petite amie de Jamie, insaisissable et incandescente et qui finira par lui révéler un lourd secret  tout en mettant le feu à son cœur engourdi. Dans un paysage où tout est faussement figé, les questions de Miller vont réveiller de vieux souvenirs

 

Il y a des auteurs qui percutent, qui cognent, d’autres  qui bluffent, séduisent,  ou  hypnotisent leurs lecteurs. Colin Bateman est un auteur qui imprègne, qui imbibe son lecteur de son écriture  « silencieuse », discrète, presque anodine. Pourtant, soutenue par un humour décapant et terriblement efficace, l’auteur nous plonge progressivement sous le vernis des apparences d’une société en guerre permanente et où les hommes, déchirés entre l’envie de vivre et celle de se battre pour  l’honneur de leur histoire et celui de leur communauté, s’abîment et plient sous la mélancolie et la résignation, baignant dans un sacrifice permanent  d’une histoire qui  finalement les dépasse.

 

A lire ce roman au 1er degré on en retiendrait donc pas grand-chose.  Certe l’humour noir de l’auteur arrache t-il sans problème un sourire voire quelques éclats au lecteur. (« Au bout de 100 m il se retourna et fit signe à un taxi. Le premier passa sans s’arrêter, le deuxième aussi. Le troisième allait en faire autant quand Miller émit un sifflement strident. Le taxi vint se garer près du trottoir, tandis que le brave clébard de Callaghan, se précipitait lui aussi, pour répondre à son appel, entraînant son maître sur la chaussée, où ils se firent tous les deux écrabouiller par un camion qui passait ».), mais ce serait passer à côté de ce roman que de s’arrêter à cela.

 

 

Sans doute serai-je tombé  dans ce travers si  je n’avais réalisé au bout d’un moment que ce roman se lisait aussi en filigrane. Que l’humour était d’abord  un voile pudique et délicat qui recouvrait l’ampleur des tragédies personnelles des personnages. (« …Le toubib avait débarqué, en nage et hochant la tête comme s’il s’apprêtait à en faire tout un fromage, mais quand il se décida à cracher le morceau, il le fit avec une admirable sobriété. Miller avait vaguement craint qu’il leur annonce que leur père avait été rappelé à Dieu, un genre de promotion autant dire, ou qu’ils l’avaient «  perdu », comme si un cadavre décharné avait sauté du lit pour aller se planquer dans les profondeurs souterraine de l’hosto. Mais à son grand soulagement, le médecin se fendit d’un simple «  Désolé, il est mort ». ).

 

Plus encore, derrière cet humour décapant, Colin Bateman dresse le portrait sans concession de la décrépitude lancinante d’une société amputée de son espérance.  Un portrait au vitriole, mais non sans une certaine tendresse pour ses personnages. Des héros malheureux pour qui, dans le jeu de la vie, les dés sont pipés d’avance, prisonniers d’une histoire dont ils ne peuvent se défaire, et où l’espérance d’un avenir est déjà en soi une insulte faite au passé.

 

La fin de ce roman viendra confirmer cette impression grandissante au fil de celui-ci, que finalement il n’a vraiment  rien à voir avec un roman de gare, que l’auteur est tout sauf un auteur de supermarché. Pour peu qu’on prenne le temps, dans la lecture de cette histoire, de poser quelque fois son livre et de se laisser pénétrer par les mots, le lecteur  réalisera  alors qu’il s’est laissé séduire par une histoire finalement poignante et terriblement humaine.

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 14:58

peace

 

Tap! Tap! Toc! Toc! Bang ! Bang ! ; « Qui est là? » C’est « Tokyo, ville occupée » le nouveau roman de David Peace ! »

 

Ce roman est le second d’une trilogie entamée avec « Tokyo, année zéro ». Le troisième opus devrait donc, en toute logique, paraître l’année prochaine.

 

Tokyo, 1948. Dans une ville encore sonnée par la gifle magistrale que lui a infligée l’Histoire, un homme se présente dans une banque. Il s’annonce médecin du ministère de la santé et vient pour vacciner l’ensemble des salariés contre une épidémie de dysenterie qui vient de se déclarer dans le quartier. Quelques minutes après avoir bu le vaccin, 10 morts s’étalent sur le sol, quelques rares survivants bougent encore, deux mourront un peu plus tard. C’est le début d’une histoire retentissante qui a véritablement marqué la capitale japonaise au sortir de la guerre.

 

En mettant en place une structure narrative complexe mais magnifiquement maîtrisée, c’est d’abord à un incroyable exercice de style parfaitement réussi auquel s’est livré David PEACE. Les mots s’entrechoquent portés par des rythmes variants qui les font rentrer en résonnance pour nous délivrer un récit d’une grande musicalité .Car « TOKYO, ville occupée » c’est un roman qui se lit à voix haute. Il porte en lui, malgré la tragédie qu’il évoque, une certaine poésie qui est livrée au lecteur au fil des pages.

 

C’est à travers douze voix, douze témoignages, douze chandelles (celles des morts, d’un policier, d’une survivante,...etc...) qui s’éteignent au fur et à mesure qu’elles ont éclairé leur pan de vérité, que nous sont rapportés les événements, de près ou de loin, du côté des morts ou de celui des vivants. Et ce, comme autant de pièces d’un puzzle qui ne demande qu’à être reconstruit.

 

Sauf que les pièces ne se rassemblent pas, que le puzzle ne se reconstruit pas. La vérité est un faux semblant dans ce Tokyo vaincu .

 

Tokyo est une ville occupée, possédée. Par l’occupant, mais aussi par son passé venimeux. Car Tokyo est une ville empoisonnée par son histoire récente. Les chandelles éclairent une réalité terrible qui s’esquisse dans les ombres qu’elles projettent et qui renvoient à des unités spéciales qui ont œuvré en Chine, et à des pratiques expérimentales funestes sur l’être humain. Car Tokyo est une ville évanescente et occulte, où rôdent les fantômes d’un passé qui ne veut pas mourir et qui viennent maudire les vivants.

 

Tokyo a fermé les yeux, a brisé les miroirs. La ville refuse de voir, de reconnaître et de faire sienne une page d’histoire dont elle n’est pas sortie glorieuse et qui entache son passé millénaire. Alors la ville ignore, et se ment. A travers ces pages lyriques et poétiques souvent incantatoires et qui relatent ce crime odieux commis dans une banque, c’est finalement un parallèle qui est fait avec la mécanique mise en œuvre par ce pays et ce peuple vaincu, pour se construire une autre histoire que l’on devine.

 

Comme l’explique parfaitement David PEACE dans l’interview qu’il a accordée à France Culture dans l’émission "Mauvais Genre" c’est parce que les japonais ignorent encore aujourd’hui dans leur grande majorité les exactions commises par l’armée impériale, qu’ils ont pu se construire une image de victime de la guerre (avec Hiroshima et Nagasaki) réfutant de fait celle de l’agresseur. Dès lors les japonais pouvaient entreprendre une reconstruction effrénée de la ville et du pays pour se lancer à corps perdu dans le développement économique à tout crins.

 

Mais le passé est un fantôme lui aussi qui parfois peut remonter à la surface et troubler les consciences.

 

C’est donc , un très grand roman qu’a enfanté David PEACE. Il devient incontestablement un auteur majeur du roman noir. Il maîtrise aujourd’hui à la perfection sa technique d’écriture, chaque fois réinventée.

 

Ce roman est un véritable coup de cœur, et j’attends donc avec une très grande impatience le troisième opus !

 

Cette critique est réalisée dans le cadre de l’opération « Masse critique » organisée par Babélio que je remercie au passage, ainsi que les éditions Rivages.

 

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10 août 2010 2 10 /08 /août /2010 19:16

rupture

 

Voilà un roman glacial. Glacial parce qu’il pourrait s’inscrire sans problème dans notre quotidien, nous atteindre de plein fouet sans que l’on puisse un instant dérouter le cours des choses. Ici point de courses poursuite, de tueurs en série, de sectes sataniques et autres criminels sanguinaires qui pullulent dans nos polars contemporains.


Au début du roman, le drame s’est déjà produit, il n’y a plus de tueur à retrouver et à neutraliser, celui-ci s’est suicidé.


Il n’y a plus qu’un collège, un collège comme il en existe tant d’autres en banlieue londonienne  et ailleurs, et qui vient de connaître l’horreur d’une effroyable tuerie en son sein.


Mais cette fois, ce n’est pas un élève en mal de publicité ou révolté contre le monde qui a fait feu sur ses camarades, mais un professeur d’histoire, Samuel Szajkowski. D’origine polonaise, il y enseignait seulement depuis quelques mois. Geste d’un fou, forcément schizophrène, forcément psychopathe. Ce qui rajoute à l’horreur du drame. L’affaire est donc entendue.


Sauf qu’une inspectrice, qui dans un premier temps rencontre différents témoins pour  la forme, commence à s’intéresser à ce professeur assassin. Elle remonte progressivement le fil des évènements, la vie de ce Samuel que tout le monde présente comme quelqu’un à part, de différent, et donc dérangeant.  A la lueur des différents témoignages elle démontera la mécanique d’une redoutable machine à broyer et esquissera progressivement une vérité qui fait froid dans le dos, bien loin de celle établie avec empressement par les autorités et l’administration du collège.

 

Ce roman est le 1er écrit par Simon Lelic. C’est avant tout un roman d’atmosphère, forcément pesante, pénétrante, qui emmène le lecteur sur un chemin froid et sombre. Un chemin miroir qui renvoie à la figure du lecteur l’image d’une société (la notre ?),  qui, sous le vernis de la civilisation cache une barbarie jamais disparue, où règne la loi de la meute, la loi du plus fort et qui stigmatise toujours les plus faibles.  


Tout le talent de Lelic réside dans sa réussite à retranscrire cette atmosphère, à travers un style épuré et une approche du dialogue original. Tout au long du livre les témoins répondent aux questions que l’on n’entend (lit) pas. Le lecteur est juste une oreille, il serait en quelque sorte à la place du magnétophone qui enregistre les réponses des personnes auditionnées. Ce procédé renforce le poids des témoignages, il renforce la perspective entre les propos d’une banalité badine avec l’horreur du drame qui s’est joué, et c’est ce qui en fait au final une histoire effrayante.

 

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