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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 22:06

PASCAL GARNIER
EDITIONS POINTS

La place du mort1C'est un petit roman, comme aimait en écrire souvent Pascal Garnier. Et c'est une nouvelle une fois un écrin pour une histoire d'une extraordinaire banalité , qui par notre action badine en deviendrait effroyable. Car l'homme est de ces insectes qui ont une propension à se précipiter tête baissée dans la toile du destin qui va les emprisonner et transformer leur vie ordinaire en drame

.

Il faut parfois un coup de marteau un peu trop fort du destin contre les murs de l'existence de ceux qui nous sont proches, pour qu'une brèche apparaisse et laisse entrevoir une pièce méconnue; Que la lumière qui l'éclaire alors mette à jour un pan de leur vie restée jusque là soustrait à nos regards, pour que nous prenions conscience d'une autre réalité.

 

 Mais la vérité qu'elle met alors à jour est crue, et nous fait réaliser que la vie dans laquelle nous bercions notre quotidien n'était qu'un mirage, et que ce que nous croyions solidement bâti n'avait été construit que sur le sable du mensonge.

 

Fabien menait jusqu'ici une existence paisible jusqu'au jour où, au retour des obsèques de son père, il apprend en écoutant les messages de son répondeur que sa femme est morte. Un banal accident de la route qui met fin à une vie commune qui avait fini par perdre le sel d'un amour partagé et qui s'était figé dans la routine d'une vie d'un couple qui devenait progressivement étranger à lui même.

 

Mais le coup du destin reste rude, et va ébranler jusque dans ses fondations, les certitudesaccident.jpg de Fabien.

 

Car Sylvie, apprendra t-il, n'était pas seule dans sa voiture quand elle a perdu la vie. A ses côtés, mort lui aussi dans l'accident, son amant. C'est en allant rejoindre le lieu caché de leur relation adultère que le drame s'est produit.

 

Fabien accuse le coup, abasourdi. Pourtant pas de larmes, pas de regrets, juste un constat. Il est maintenant, veuf, seul et libre. Le temps avait déjà fait son œuvre dans la distanciation des liens qui l'unissait à Sylvie.

 

Il se réfugie d'abord chez son ami Gilles, régresse un temps en sa compagnie en buvant et en jouant aux lego avec lui, avant d'avoir une idée. Toute simple. Comme une réponse à ce coup du sort, à ce destin pervers qui s'est joué de lui.

 

Prendre la place du mort. De l'autre. Séduire sa femme, la lui prendre comme il lui a pris la sienne.

 

Alors il se renseigne, la retrouve et la suit. Dans la rue, en vacances. Mais elle n'est jamais seule. Une amie est avec elle, la couve et la protège. Pourtant il finira par l'approcher, établir le contact et pour finir par la séduire malgré la copine qui voit cette liaison d'un très mauvais œil.

 

malade.jpgAlors bien sûr, les choses vont prendre une drôle de tournure, et comme nous sommes dans l'univers de Pascal Garnier elles vont virer au noir le plus absolu et précipiter les protagonistes dans un maelstrom chaotique. Car la vie raffole de ces petits grains de sables qui viennent tout mettre en péril et parce qu'elle sait l'homme est toujours l'artisan de sa propre destruction.

 

Pascal Garnier est assurément et définitivement un de mes auteurs français préférés. Disparu trop tôt en 2010, ses romans sont aujourd'hui progressivement réédités.

 

L'occasion de découvrir ou de redécouvrir un écrivain à la plume économe mais à au trait saillant, un auteur qui savait parfaitement saisir les travers de ses contemporains dont il aimait à se jouer dans ses romans.

 

On se délecte de leur lecture, et du plaisir qu'avait l'auteur à saisir la faculté de sespascal-garnier.jpg congénères à se fourvoyer dans des situations dramatiques sans qu'il est besoin qu'on les y aide à cette fin. L'homme est capable du pire, mais surtout du pire. Pascal Garnier en sourit, s'en amuse.

 

Et le lecteur à sa suite ne peut que partager ce plaisir fait d'effroi et d'humour , mélange détonnant qui donne tout sa saveur aux romans de Pascal Garnier.

 

 

_______________________________________________________________

 

 

Les autres romans de Pacal Garnier chroniqués sur PASSION POLAR :

 

LA THEORIE DU PANDA

 

" LUNE CAPTIVE DANS UN OEIL MORT

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Published by La petite souris - dans Auteurs Français
13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 16:00

  FLASHBACK : Voici le retour d'une rubrique entamée  le mois dernier et que vous retrouverez de temps en temps.Elle consiste, à l'occasion de leurs parutions en format poche, de retrouver les chroniques que j'avais réalisées sur certains romans lors de leur sortie en grand format. L'occasion, si vous n'étiez pas encore abonné à Passion Polar ou si vous étiez passé à côté du roman en question de vous interesser à lui, et peut être vous laisser convaincre de lire ou de relire ce roman. Aujourd'hui c'est Jérémie Guez que je vous invite à découvrir de toute urgence.

 

  JEREMIE GUEZ

Editions JAI LU          

 

balancé dans les cordesIl y a un an, je faisais la connaissance de Jérémie GUEZ à travers son premier roman  " Paris la nuit " . A l’époque ce livre m’avait fait l’effet d’une claque. Comment un gars de 23 ans, pouvait-il écrire un roman aussi sombre et terriblement humain, aussi dur et incroyablement maîtrisé ?


La surprise était donc  totale. Un an après, mon impatience à découvrir le nouveau roman de Jérémie trouve enfin sa satisfaction. Et pour tout dire, je n’ai pas lu «  Balancé dans les cordes » je l’ai dévoré.


Tony est un môme de banlieue. Du moins l’est-il devenu à la  mort de son père quand il est venu se mettre avec sa mère, sous l’aile protectrice de son oncle, au nord d’Aubervilliers au milieu des blocs de béton.


 C’est là qu’il a grandi à partir de ses onze ans. Là qu’il fait la dure expérience d’une vie de gamin livré à lui-même et à la loi du quartier. «  le premier jour d’école là bas, je suis rentré le nez en sang » …/…  « … je me faisais systématiquement masser les joues par la bande de sales gosses du quartier. De vrais salopards qui jouaient déjà les caïds, issus d’authentiques familles de cas sociaux : pères en prisons, frères obsédés par la fixette au point de braquermartine-Barrat-child le tabac du coin avec une hache, mères et sœurs dont les semaines étaient rythmées  par les visites aux parloirs. La zone pour de vrai, sans sas de décompression. ». Seul dans sa chambre, il chiale. Jusqu’à ce qu’un soir son oncle s’en rende compte, se penche vers lui et lui dise « ça va aller bonhomme ».


A partir de là la vie de Tony va basculer. Car dès le lendemain, c’est dans une salle de sport que le conduit son oncle. Là, Tony  va découvrir un univers qu’il ne connait pas encore, celui de la sueur et des coups, de l’effort et de la souffrance, un monde où s’affute aussi l’amitié et  la solidarité, celui étrange et fascinant de la boxe.


Et dès qu’il enfile pour la première fois une paire de gants la magie opère ! « Les yeux ouverts dans le noir, je n’ai qu’une seule envie : dormir, pour demain recommencer ».


Dès lors c’est avec les conseils de Patrick son entraineur qu’il va développer son art, apprendre à voler comme un papillon et à piquer comme une guêpe*,  sous l’œil bienveillant d’un oncle qu’il déteste pourtant. Là qu’il va se nouer d’amitié avec Moussa, un gamin du quartier  qui finira lui, par choisir le ring de la rue à celui de la salle de sport.


ringgCar la boxe est pour Tony une révélation,  une renaissance qui va donner à ce gosse un sens à sa vie et une envie farouche de devenir un champion, de sortir de l’ombre pour goûter à la lumière. Et il va se découvrir un appétit féroce, une envie de vaincre insatiable.


Alors il enfile ses gants tous les soirs et cogne fort contre le sac de frappe,  contre cette vie qui l’enserre dans son ghetto de béton, ce milieu qui lui colle comme une seconde peau et dont il aimerait bien se défaire. Il ne veut  pas un jour «  avoir l’impression d’être un pillier du quartier, un mec qui a flingué sa vie entre les murs des tours » . Mais les mains ne peuvent frapper ce que les yeux ne peuvent pas voir*.


Devenu adulte, travaillant comme mécano chez son oncle, voici Tony qui livre avec succès son premier combat pro. Il a grandi droit sans tomber dans les pièges de la rue et du quartier  Dans son immeuble, on le respect pour ce qu’il est en train de devenir, un homme libre.

ring

Ce chemin vers la lumière aurait pu continuer ainsi si la condition, l’environnement de Tony ne venait pas lui exploser au visage.

 

Un soir sa mère, paumée et entretenue par des voyous, se retrouve à l’hôpital, après avoir été tabassée par un dealer.


Fou de rage, Tony décide de faire appel à Miguel le caïd de la ville se venger de l’agresseur de sa mère.


 Mais à passer un pacte avec le diable on y laisse souvent son âme. Dès lors  va débuter pour Tony une descente aux enfers irréversible qui va engloutir ses rêves et ses espoirs, souffler cette petite lumière qui bien que vacillante parfois lui traçait la route vers un autre horizon, vers une autre vie.


Tony est un papillon attiré par la lumière, une luciole virevoltante sur le ring  où naissent les rêves et où la vie peut s’inventer. Mais il a oublié trop tôt peut être, que « la boxe a toujours été l’opéra des pauvres et des voyous »** et que l’on ne se défait pas aussi facilement d’une histoire familiale et personnelle qui prend racine dans le béton des cités.


294518550513-copie-1Inutile de dire que Jérémie Guez confirme tout le talent qu’on lui avait découvert avec «  Paris la nuit ». On retrouve cette maitrise des mots, ce sens de l’écriture qui offre un écrin à une histoire flamboyante d’un homme qui fuit une condition pour se construire un autre avenir, avant de regarder en face un destin qui le rattrape.


Les deux romans de Jérémie peuvent apparaitre comme assez semblables à première vue. L’histoire d’une chute vertigineuse, sans échappatoire, consciente et admise par les héros malheureux de ces deux romans.


Mais si «  Paris la nuit » gravite autour de l’histoire d’un homme qui se consume de Jguezl’intérieur, qui assume sa déchéance et la revendique, dans  « Balancé dans les cordes » il n’y a pas cette noirceur dévorante chez Tony, cette autodestruction comme acte ultime d’un condamné se rêvant vivant. Pour Tony le choix final est un sacrifice choisi qui donnera un sens à son destin.


Cette confirmation du talent de Jérémie Guez  m’assoit dans ma certitude à penser que notre jeune écrivain a les atouts pour devenir un auteur de référence dans le roman noir français.


Il ne reste plus qu’à vous en laisser convaincre en lisant ses romans !

 

 

 

 

 

 

  * citation de Mohamed Ali

** extrait de " la deuxième disparituion de Majorana" de Jordi Bonnels

 

crédits photos:

 

enfant sur les cordes. " child" deMartine Barrat

"détail d'un ring" de Phgaillard 2001

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Published by La petite souris - dans Auteurs Français
20 janvier 2013 7 20 /01 /janvier /2013 18:33

BORIS CLEMENT

Editions KIROGRAPHAIRE

 

LA CANNE A TETE DE CHIENBien souvent le bloggeur que je suis ,reçoit de la part de jeunes auteurs une proposition à lire et à critiquer leur premier roman. Ayant un planning de lecture déjà bien rempli, je n'accepte qu'en de rares occasions l'invitation qui m'est faite.

 

Mais je dois bien avouer aussi que le temps n'est pas la seule raison qui me pousse à refuser l'aventure. Car en effet bien souvent le résultat est décevant voire médiocre, et la lecture devient alors pour moi une vraie souffrance, me maudissant alors d'avoir accepté.

 

En même temps, il faut bien s'intéresser à ces jeunes pousses qui comptent peut être une ou deux plumes qui un jour sortiront du lot pour devenir demain,  des auteurs confirmés. D'autant qu'il n'est pas évident pour ces écrivains encore méconnus de se faire remarquer lorsque l'on publie pour la première fois, le chemin menant à son lecteur étant parfois plus difficile que de coucher ses premiers mots sur une page blanche.

 

Heureusement donc,  tout n'est pas de médiocre qualité, et il m'est déjà arrivé de publier sur ce blog des chroniques de lecture sur certains de ces premiers romans qui auront réussi à me convaincre.

 

Alors bien sûr, une fois écrits ces quelques mots vous vous dites que si je me fends d'unefourgon.jpg chronique au sujet du premier livre de Boris Clément, " La canne à tête de chien" c'est que ce dernier en vaut la peine!

 

C'est vrai, et ce à plus d'un titre, car ce bouquin m'a véritablement séduit, et parmi les premiers romans qui m'ont plu jusqu'ici , celui ci sort véritablement du lot.

 

Attention, en disant cela je ne suis pas, pour reprendre une expression chère à mon libraire,  en train de vous vendre le livre de l'année. Mais indubitablement nous avons là un auteur qui a les qualités nécessaires pour faire entendre sa petite voix et arriver à éveiller  l'intérêt des lecteurs amateurs  de littératures  policières.

 

Ce roman ne sera pas sans vous rappeler un fait divers qui avait défrayé la chronique il y a quelques temps et qui avait tenu les médias en haleine et mis les forces de l'ordre sur les dents.

 

120048291514.jpegPablo Dos Santos est un gars sans histoire. un type anodin et transparent comme on en voit tous les jours dans la rue , qui croise notre quotidien sans même accrocher une seule fois notre regard. Un de ces figurants anonymes qui peuple le film de notre existence .

 

Sauf que Pablo va sortir de manière fracassante de cet anonymat. Conducteur d'un fourgon de transport de fonds, celui ci va profiter que ses collègues soient à l'extérieur du véhicule pour partir avec un magot estimé à 12 millions d'euros et s'évaporer dans la nature.

 

Immédiatement les médias s'emparent du coup d'éclat mettant de fait la pression sur les forces de l'ordre.

 

A ses trousses, se lance un flic atypique, le commissaire Di Natale. Homme au passé douloureux il mène son équipe d'une poigne de fer tout en forçant le respect de ses hommes. Célibataire bourru, flic déterminé  aux relations parfois douteuses, seul son boulot  offre à cet homme au cuir tanné par la vie,  le piment d'une existence de solitaire.chien-canne.jpg

 

Très vite, grâce à ses relations avec le milieu, avec l'aide de Tabath Stevens qui travaille pour la société de transport de fonds , celui ci va pister le fugitif et s'approcher de lui jusqu'au moment où ce dernier décide de son propre chef de se rendre à la justice. Problème. Si on retrouve bien une partie du magot, six millions d'euros manquent à l'appel.

 

Arrêté, jugé, Pablo est condamné à deux ans fermes.

 

Si je m'arrête à ce point de l'histoire, c'est que c'est ici que la main de l'imaginaire lâche celle de la réalité pour continuer seule son chemin romanesque.

 

Le risque pour un auteur qui décide ainsi de s'inspirer de la réalité, c'est de se laisser polluer et enfermer dans celle ci, pour ne livrer au final qu'un ressassé de fait divers. Boris Clément lui, se joue parfaitement de ce piège pour laisser libre cours à son imagination et libérer ses personnages du carcan du réel.

 

mafia-albanaise.jpgCar ce qui arrivera à la libération de Pablo Dos Santos est détonnant. L'auteur va embarquer son lecteur dans une histoire pleine de rebondissements qui le tiendra en haleine jusqu'à la dernière page.

 

Immanquablement les personnages de ce roman vous marqueront. En particulier ce duo improbable constitué de cette patte-folle de Di Natale, flic qui ne se déplace jamais sans sa canne, dont la vie est aussi vide que son frigo mais à la personnalité duquel on s'attache irrémédiablement ; Et son ami " H", relation sulfureuse s'il en est pour un flic, ami d'enfance qui a tracé son sillon dans les affaires illégales, et qui règle ses différents avec la concurrence de manière aussi expéditive que définitive.

 

Paradoxalement le scénario n'a en soi rien d'exceptionnel. Mais la manière dont celui ci estmaf.alb.jpg conduit, le sens du rythme de Boris Clément, le pari, réussi, de désaxer à un moment donné son roman pour lui donner un autre centre de gravité, et le fait que l'histoire soit servie par des personnages hors norme, donnent à ce roman un ton, une couleur originale qui a fait que j'ai dévoré celui ci en deux jours.

 

Mélange détonnant de violence et d'humour, Boris Clément signe une histoire solide, un roman efficace qui atteint son objectif, celui de divertir son lecteur.

 

" La canne à tête de chien" est un des meilleurs premiers romans que j'ai lu depuis trois ans . Et à la conclusion de sa lecture, le bloggeur que je suis ne regrette pas d'avoir accepté l'invitation au voyage, et de lui  donner par cette chronique ce petit coup de pouce, fort modeste, qu'il a bien mérité.

 

A vous maintenant de le découvir !

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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 18:41

HERVE CLAUDE

Editions ACTES SUD

 

les mâchoires du serpentDepuis quelques années maintenant Hervé Claude fait entendre sa petite musique dans le landernau du polar francophone. Loin des stéréotypes du genre, il imprime sa vision du monde et des hommes à travers des personnages hors du commun, en des terres qui en feraient rêver plus d'un , mais où pourtant la violence de la nature et des hommes qui la foulent, rappellent que le paradis sur terre n'existe pas mais que l'enfer est une promesse permanente.

 

Abandonnant les caméras des plateaux télé, délaissant l'actualité, ce journaliste vagabond a décidé de tremper sa plume dans l'encre noire d'une Australie qui a du mal à marier les couleurs, et qui refoule une partie de son histoire et de son passé dans les terres chaudes de l'Out back, comme une vielle carcasse de tôle qu'on laisserait rouiller au soleil.

 

Je suis en principe relativement prudent à l'égard d'écrivains français qui campent leurs histoires dans des pays étrangers. J'ai toujours peur que la vision qui m'en soit donnée soit tronquée par une approche folklorique, stéréotypée et donc superficielle du pays en question.

 

Car il ne suffit pas d'y avoir voyagé pour embrasser toute la complexité d'un pays, encoreaustralie1.jpg faut il le vivre et le ressentir de l'intérieur. Cela n'est pas forcément une garantie, certes, juste un chance peut être pour éviter ce travers, mais Hervé Claude lui vit une grande partie de l'année en Australie, au contact de ce peuple dual si difficile à cerner et qui cherche encore son identité et son destin commun.

 

C'est dans ce pays grandiose que nous retrouvons Ange le flic et Ashe , son ami français, deux personnages que le lecteur aura déjà rencontré dans un précédent roman de l'auteur.

 

 En l'espace de quelques semaines, des cadavres sont retrouvés aux différents  coins du pays. Quatre figures iconiques du mythe de l'Australie moderne: un routier, un bûcheron, un financier et un mineur. Rien ne devrait en principe relier ces meurtres entre eux,  si ce n'est que les victimes ont été atrocement mutilées et ont eu leur sexe  sectionné.

 

Rainbow-Serpent.jpgLa presse a tôt fait de faire le rapprochement entre ces crimes et des pratiques ancestrales aborigènes qui consistaient jusqu'à il y a peu, à pratiquer une subincision, une mutilation du sexe des jeunes garçons au moment de leur  puberté, à l'image des incisions faites aux jeunes filles en Afrique.

 

Vengeance aborigène contre la domination blanche, qui s'attaquerait aux symboles de cette Australie insolente de réussite et conquérante ? Il n'en fallait pas plus pour faire rejaillir toute la suspicion et la haine portées par bon nombre contre les aborigènes. Beaucoup n'ont pas accepté qu'un gouvernement australien ait pu un jour leur demander pardon*.

 

 Ange lui, ne croit pas trop à une vengeance, comme il ne croit pas à l'idée de sa hiérarchie que ces meurtres puissent être le résultat d'une attaque animale. C'est donc à son ami et ancien amant qu'il va demander d'enquêter discrètement. Le français va donc se rendre sur les lieux et mener sa propre investigation pour le compte du policier.

 

pa-australie-

 

Sa route va croiser celle d'un jeune aborigène, Alistair, qu'il rencontre dans un bar gay. Intriguant, dégageant une aura mystérieuse et envoutante, son image ne cessera de hanter l'esprit de d'Ashe. D'autant qu'il va rapidement se rendre compte que le jeune aborigène gravite autour de son enquête.

 

Et si c'était lui, le bras vengeur?

 

Mais l'histoire est  plus complexe qu'il n'y parait , à l'image de celle de ce pays continent.

 

peinture aboAu delà de l'intrigue policière, on retrouve derrière la plume d'Hervé Claude le journaliste qu'il n'a finalement jamais cessé d'être. Celui ci nous dresse avec une grande acuité le portrait d'une Australie riche, insouciante face à la crise, dont l'ultralibéralisme et le conservatisme est encouragée par les multinationales minières qui ont la mainmise sur le pays.

 

Une Australie bouillonnante d'activités et multiculturelle ( Melbourne est l'une des plus grandes villes grecques du monde) mais qui paradoxalement n'arrive pas à intégrer dans son histoire les aborigènes, qui, après les avoir massacré**, restent pour elle comme une mauvaise conscience, une tâche dans sa mémoire. Un peuple autochtone qui depuis reste enfermé et anesthésié  dans la camisole de la violence, la drogue et l'alcool .

 

L'Australie est assez grande pour permettre à deux cultures, deux visions du monde deHerveClaude.jpg coexister, mais bien trop vaste pour permettre à deux populations que tout sépare de se regarder dans les yeux et de construire un destin commun. Et c'est bien là, pour le moment, le drame de ce pays qui passionne autant Hervé Claude.

 

Ce roman est vraiment réussi et vous fera  découvrir des aspects d'un pays que nous connaissons finalement très mal, mais qu'Hervé Claude nous aide à mieux comprendre.

 

Rien que pour cela, il ne faut pas refuser l'invitation au voyage qui vous est faite.

 

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* En 2008 le gouvernement australien a officellement demandé pardon aux aborigènes pour les injustices et les mauvais traitements .

 

** Le roman aborde un des drames peu connu des européens concernant les aborigènes, celui d'un génocide perpétré sur l'ïle de Tasmanie où une battue avait permis d'abattre tous les aborigènes de l'îles comme on abat des kangourous.

 

 


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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 17:22

PIERRE LEMAITRE

ALBIN MICHEL

 

sacrificesIl paraît que le hasard fait souvent bien les choses. Parfois pourtant, du hasard naît le chaos, les larmes et le sang. La vie tient alors à un fil , tissé dans le courage, la rage de vivre et la volonté de vaincre.

 

 la mort elle, sait quelque fois se faire pressante, tenace, opiniâtre. Car elle a horreur d'être dupée. Elle persévère, jusqu'à ce qu'elle obtienne ce qu'elle était venue chercher, ce qui lui avait été promis et que l'on s'obstine à lui refuser.

 

Elle est belle, douce sans doute, forte certainement. Elle s'appelle Anne. Anne Forestier. Une passante anonyme dans la rue comme beaucoup d'autres, qui se promène sur les Champs Elysées. Qui pénètre dans une bijouterie.

 

J'oubliais de vous préciser un détail. Anne a un défaut. Elle n'a pas de chance. A moins de considérer que se retrouver le visage ensanglanté par des coups, les dents défoncées par une crosse de fusil, et le corps déchiré par les balles et continuer à respirer malgré ca,  en soit une.

 

Car Anne s'est retrouvée au mauvais moment, au mauvais endroit. Elle a surpris des braqueurs juste avant le début de leur forfait. Le déchainement qui s'en est suivi est hallucinant. Comme si l'envie première du tueur qui se charge de son cas, c'était avant tout de faire mal, de faire souffrir avant de tuer.

 

Anne est laissée pour morte quand retentissent les premières sirènes de police.

 

A l'hôpital, un homme est à son chevet. Son compagnon, Camille Verhoeven. Le-braquage-.jpg commandant Verhoeven. Car Camille est flic.  Son histoire personnelle est chaotique. C'est dans les bras d' Anne qu'il s'est progressivement reconstruit après l'assassinat de sa femme. Auprès d'elle qu'il a pu se remettre en selle pour retrouver le flaire et l'intelligence du flic qui a fait de lui l'un des meilleurs commandant de la place.

 

Il regrette de n'avoir pu la protéger . Sans dire à ses supérieurs qu'Anne est sa compagne, il va s'arranger pour avoir en charge l'enquête. D'autant que le tueur est décidé à ne pas en rester là, et qu'il est déterminé à terminer ce qu'il a entrepris avec Anne.

 

Verhoeven se lance dans une enquête qui va le mettre sur la piste d'un virtuose du braquage. Mais les apparences sont parfois trompeuses, et dans le grand théâtre de la vie, la marionnette n'est pas forcément celle que l'on croit.

 

braquage-bijouterie.jpgIl y a parfois  des rendez vous manqués. Des gens qui se croisent, se cherchent , se frôlent, sans jamais se trouver.

 

 Il y a aussi parfois, des lecteurs qui tournent les pages à la recherche d'un auteur dont il n'arrivent à pas à s'approcher. Qui referment alors le livre avec ce  sentiment de déception, cette frustration de n'avoir pu pénétrer totalement  l'univers de cet auteur dont on lui avait pourtant dit tant de bien.

 

Ce roman fait parti de ces rendez-vous manqués.

 

Je n'ai pas accroché à l'histoire, et n'en ai tiré aucun plaisir particulier. Ce serait donc un mauvais roman?

 

Non, loin s'en faut, car j'imagine que bon nombre de lecteurs vont sans doute aimer ce livre.police C'est très bien écrit, dans un style sec  et un rythme rapide que traduisent des chapitres courts. Il y a de l'action à chaque coin de page. Bref, les rouages du thriller sont là et parfaitement huilés.


L'entame du roman promettait beaucoup tant la scène du braquage et de l'acharnement sur Anne est une vraie réussite, un modèle du genre !

 

Mais l'intensité retombe rapidement pour laisser place à une histoire qui manque à mon sens d'épaisseur. Je me suis laissé conduire jusqu'au dénouement final sans jamais me poser de question quant aux possibles de cette histoire, comme ci cela n'avait somme toute pas d'importance.

 

Je n'ai pas non plus ressenti d'émotion particulière. Je n'ai eu à aucun moment de l'empathie pour les personnages et les rebondissements ne m'ont pas franchement surpris et déstabilisé. Bref, je me suis un peu ennuyé.

 

pierre-lemaitre.jpgN'ayant pas lu les deux premiers romans de cette trilogie que vient conclure " Sacrifices", j'ai au final appris très peu de choses sur ce policier autour duquel gravite la série. Je n'ai pas réussi à cerner véritablement sa personnalité et les tensions qui le traversent. Pas assez en tout cas pour m'attacher à lui. A part le fait qu'il soit petit de taille, tenace et qu'il a vécu des drames personnels, j'ai eu l'impression de rester à la porte de sa vie.

 

Pourtant les critiques ont été unanimes concernant " travail soigné"  et plus encore pour " Alex" . J'avoue que j'attends avec impatience l'avis des copains sur ce roman, afin de voir s'ils ont retrouvé dans " sacrifices", ce qu'ils avaient tant aimé dans " Alex".

 

Pour ma part compte bien ne pas en rester sur ce sentiment de déception, et lire dès que possible " Alex" afin de voir ce qui a tant plu aux amateurs du genre. Peut être que cette fois ci nous serons, l'auteur et moi, au rendez vous !

 

Je vous mets en lien deux avis positif sur ce roman pour que vous vous fassiez votre propre opinion ( le plus simple étant encore de lire le livre)

 

lire ou mourir

 

Un polar collectif

 


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Published by La petite souris - dans Auteurs Français
18 novembre 2012 7 18 /11 /novembre /2012 19:15

Jacques Olivier BOSCO

Editions JIGAL

 

107_photo_prod.jpgLe lecteur est parfois un curieux personnage aux mœurs déconcertantes. Prenez par exemple l'auteur de la chronique que vous êtes en train de commencer à lire. Il n'a pas échappé à cet énergumène ,que le précédent roman de Jacques Olivier BOSCO a fait l'unanimité auprès de pas mal de journalistes et passionnés du genre.

 

Eh bien il n'en fallait pas plus pour que le zigue en question ne décide ni une ni deux de mettre " le cramé" de côté, histoire de ne pas se laisser intoxiquer par toutes ces louanges, et de le laisser murir comme un bon vin sur son étagère, pour le lire un peu plus tard. Il est là, à sa place, qui attend que ma main vienne le sortir de sa torpeur.

 

J'ai donc passé mon tour. Attendu patiemment la parution du roman suivant , pour me faire une idée du talent de cet auteur dont on ne cesse de vanter les mérites.

 

 

  C'est donc avec " Aimer et laisser mourir" que je pars à la découverte de Jacques Olivier Bosco ! et vin diou ! j'aurai du prendre avec moi un kit de survie !

 

On a beau être une pute, on tient un poil à sa peau !! Mais encore faut il éviter de se mettreFemmeFatale.jpg dans de sales draps ! Amanda aurait du y penser avant d'écouter à la porte de cette chambre d'hôtel derrière laquelle il lui semblait avoir entendu crier.

 

Elle n'aurait pas été trainée de force dans celle-ci, pour finalement se retrouver clouée sur un lit, avec sur elle,une carcasse d'homme saigné comme un cochon et en train de se vider de son sang.

 

Elle a beau l'avoir échappée belle cette fois ci, avoir tué par accident son agresseur et pu prendre la fuite, c'est tout de même le frère d'un chef mafieux croate qu'elle vient de faire passer de vie à trépas dans ce corps à corps qui n'avait rien de charnel. Et elle n'a pas encore idée de ce qu'un frère fou de rage est capable de mettre en œuvre pour la retrouver et lui faire payer le prix du sang.

 

Car dorénavant La chasse est ouverte.

 

images.jpgAmanda est une femme forte, avec un caractère et un sang froid en acier trempé. Très vite elle a compris que son physique ne lui permettrait pas seulement d'ouvrir quelques portes.

 

Indépendante, c'est une  escort girl haut de gamme ,très professionnelle , avec une plastique qui ne laisse personne indifférent sur son passage.

 

Mais Amanda a un point faible. Sa jeune sœur qui vit avec elle et qui poursuit des études supérieures.

 

Quand celle ci est kidnappée par les hommes de mains de Mordeck , le chef de clan croate, l'étau se resserre. Dos au mur, elle doit prendre le large  en Amérique latine le temps de trouver le moyen de sauver sa soeur.

 

Lui, on l'appelle le Maudit. La mort est sa compagne de route. L'homme est généreux. Il la sème partout où il passe, pour peu qu'on y mette le prix pour louer ses services. Car c'est un tueur, un pro, ce qui se fait de meilleur sur le marché.

 

 Il a laissé derrière lui la France et sa petite fille qu'il n'a jamais vu. Il a le cœur vide, sa vie à360 ses yeux ne vaut pas plus que  le prix de la balle qu'il met dans son chargeur, alors celle des autres... C'est aussi pour cela qu'il accepte les missions impossibles, les plus périlleuses.

 

 Il opère en Colombie où il vient de sauver des griffes d'un gang des favelas son ami Federico Lopez, l'avocat qui lui trouve des contrats. Pour l'un de ses clients il a exterminé le camp du " Crevard" et sa bande, trafiquants de drogue sanguinaires.

 

Sa route va croiser celle d'Amanda. La rencontre entre la Belle et la Bête, entre l'eau et le feu. Détonante. Passionnelle. Fusionnelle. L'amour rentre dans la danse. Amanda trouve l'appuie dont elle a tant besoin. Mais quel prix le Maudit est il prêt à payer pour l'aider?

 

-un-sanglierUn tueur, brutal et dur . Une femme fatale en danger. Le genre de scenario déjà lu? déjà vu? Peut être. Mais sous la plume de Jacques Olivier Bosco l'histoire prend une toute autre épaisseur. Et c'est là que l'on distingue la qualité d'un écrivain. Dans sa capacité à plonger son lecteur dans l'aventure qu'il propose en ne lui  laissant aucun répit . Et en la matière, l'auteur  y parvient à merveille.

 

Rien n'y manque. Jacques Olivier Bosco nousJO Bosco livre un roman animal où la douceur féminine n'adoucit qu' à de rares moments la bestialité des hommes qui vous seront contés. Un vrai roman d'aventure et d'amour pour lequel il est conseillé d'avoir l'estomac bien accroché. Un roman qui résonne comme un scénario de cinéma, où l'action vous attend à chaque coin de page.

 

J'ai cependant bien un petit bémol à formuler. j'avoue que j'ai eu beaucoup mal à " marcher" dans l'idée que ce professionnel qui a commis les pires atrocités , puisse fondre comme un chocolat au soleil pour Amanda, au point par moment d'en avoir les larmes aux yeux.

 

Ceci dit, cela n'enlève rien au plaisir que j'ai eu de lire ce roman. Le plus dur pour moi aura été d'éviter de prendre une balle perdue !

 

Ah oui ! et " Le cramé" alors ??? Et bien, nul doute que je le mets sur ma liste de mes prochaines lectures estivales ! Car ce bougre d'Olivier Bosco m'aura convaincu !

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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 18:26

HERVE DECCA
EDITIONS ACTES SUD

404 not foundDepuis deux ans et demi que le blog PASSION POLAR existe, je n'avais jamais chroniqué jusqu'ici un roman des éditions Actes Sud . Chose d'autant plus surprenante que c'est sans doute l'une des collections que je préfère pour la qualité de ses titres et de ses couvertures et que nombre de ses romans  trônent sur mes étagères.

 

Aujourd'hui  je répare donc cet oubli avec le roman d' Hervé DECCA  " 404 not found" . C'est un premier roman, et ma foi, la pioche est plutôt bonne.

 

Nous sommes en 2005. Villeneuve Saint Maur. La banlieue. Dans ce paysage de béton où se désagrègent les existences, où l'espoir a les ailes englué dans le papier tue-mouche de la fatalité, une jeune fille a disparu.

 

Elle s'appelle Déborah Brahmi, habite la cité du Presov, dans une de ces barres si caractéristiques de l'urbanisme galopant des années 60-70 censées clamer la puissance du modernisme français, avant de devenir au fil du temps et des crises, les tombeaux des horizons des plus pauvres.

 

Deborah, 15 ans  fréquentait le lycée Ravel. Profil scolaire d'élève en grande difficulté, au comportement parfois transgressif, elle ressemblait à n'importe quel autre élève de son établissement qui voit déjà son avenir muré dans l'échec. Alors fugue ou affaire criminelle?

 

Pour débrouiller cette histoire, l'enquête est confiée à l'inspecteur Arénas et ses collègues.cité1 Dorothée, une femme au passé douloureux qui s'adonne à la boxe, et Bonnal, un flic aux discours et aux méthodes borderline qui ne tardera pas à commettre une bavure.

 

 Secondés par Karim, un informaticien de la maison, ils vont découvrir en décortiquant le contenu de l'ordinateur de la jeune fille que celle ci avait un blog sur lequel elle apparait en petite tenue. De fil en aiguille plusieurs pistes vont se faire jour, chacune gravitant autour de jeunes hommes que Déborah fréquentait, et que les policiers vont exploiter pour tenter de découvrir ce qu'il est advenu de la jeune fille.

 

Pendant ce temps là, le quotidien de la cité Presov. Des dealers aux coins des rues, des flics en patrouille, des petits caïds qui roulent en Mercédès et des filles, à l'image de Lila, qui rêvent de s'en sortir et de fuir la cité pour échapper à leurs conditions sociales et à leurs frères imbéciles et violents qui contrôlent leurs moindres faits et gestes et les enferment dans la camisole d'un honneur hypothétique à défendre coûte que coûte.

 

lycéeA cela se rajoute les rivalités quotidiennes entre les bandes du Presov et celle du quartier voisin de La Grange aux Loups qui ne manqueront pas de dégénérer et de laisser sur le carreau les plus innocents d'entre eux.

 

Et au milieu de cet univers gris, le lycée Ravel. Usé, épuisé à essayer de maintenir en vie avec les moyens du bord, une petite flamme de curiosité et d'espérance pour des générations de jeunes qui savent qu'ils ont déjà perdu le combat de l'avenir, et où  finit de se dissoudre les illusions des plus motivés des enseignants.

 

Hervé Decca nous livre là un roman particulièrement sombre, noir. Un roman où l'enquête policière n'est qu'accessoire, tant l'intérêt du livre tient dans la description de ces vies qui se croisent, qui s'affrontent parfois, mais qui ont en commun d'essayer de survivre toujours, à leur cité, à leur vie misérable, à ce quotidien qui avale les rêves.

 

Et de nous dresser des portraits de ces habitants, de ces profs et  de ces flics aussi  résignésvytr de part et d'autre de cette frontière invisible qui les sépare, qui essayent malgré tout  pour certains, de s'en sortir par le haut à l'image de l'inspecteur Arenas  qui tente de décrocher ce concours de commissaire qui pourrait enfin lui permettre d'offrir à sa femme et à son fils cette maison qu'il leur promet depuis toujours. Un flic  qui reste englué dans son boulot de terrain qui lui barre toute perspective d'ascension professionnelle .

 

Contrairement à ce que j'ai pu lire dans un article consacré à ce roman, l'auteur ne fait pas une description caricaturale de cette banlieue si souvent décriée. D'ailleurs, qui mieux que lui peut en parler, lui qui  a enseigné et à été sans doute directement confronté à cette jeunesse en perdition, à ces habitants abandonnés de la République.

 

police-.jpg Si la description qu'il en fait ne laisse pas la place à un soupçon d'optimisme, il ne porte cependant aucun jugement de valeur sur cette banlieue. Tout juste un de ses personnages, une jeune prof qui décide de démissionner de l'Education Nationale,  se retourne vers cette cité avec de l'amertume au cœur de n'avoir su ou  n'avoir pu, avant de franchir ce pont qui la ramène de l'autre côté, dans l'autre monde.

 

Nous sommes en 2005, l'année où les cités finirent par s'embraser.

Nous sommes en 2012, où rien n'a changé pour ses quartiers, où la vie continue mais en pire.

 

Ce roman, c'est d'abord celui d'un échec. Celui d'une société qui exclue les bidonvilles de son paysage et de son vocabulaire mais crée des ghettos et des zones de non droit, où même les oiseaux sont en acier,  à l'image de l'oiseau tour qui domine ce quartier du Presov.

 

Un premier roman vraiment réussi que je vous invite à découvrir.

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21 octobre 2012 7 21 /10 /octobre /2012 11:44

MARCUS MALTE
Editions IN8

 

canissesIl n'a pas de nom. On sait juste de lui qu'il a deux jeunes enfants, qu'il habite dans un lotissement pavillonnaire, qu'il ne travaille pas, et qu'il vient de perdre sa femme de cette fatalité qui frappe aveuglément des familles scellées par l'amour et dont le bonheur est jeté à terre par la maladie.


C'est lui qui parle, qui nous raconte. Son amour pour sa femme . " je l'ai toujours trouvé belle, depuis le début, depuis le premier jour, et je lui ai toujours dit". Son incompréhension face à ce destin qui le frappe "... pourquoi ? Qu'est ce qu'on a fait de mal, nous ? Mes gamins qu'est ce qu'ils ont fait de mal, ils n'ont que six et quatre ans ?..."


Bien sûr le lecteur ressent immédiatement de l'empathie pour ce personnage genou à terre. Qui pourrait rester insensible à cette situation que tout un chacun à déjà croisée dans son entourage. Un papa qui se retrouve seul pour élever ses deux garçons, qui devant eux ne se plaint jamais, ne montre pas sa souffrance.


Pourtant, insidieusement, un sentiment de malaise va s'emparer progressivement du lecteur. Un petit quelque chose qui cloche au fil des pages, qui met en alerte notre conscience.


Notre personnage, rongé par la douleur, commence à regarder de l'autre côté de la rue à l'abri derrière ses canisses, cette maison où vit une autre famille, heureuse celle ci. Un jeune couple et leur petite fille.


Très vite, celui ci va finir par se convaincre que s'il avait fait un autre choix à l'époque où il avait acheté leur maison, sans doute les choses auraient tournées différemment.


" Maintenant que j'y songe, la chatte Guimauve elle s'est fait écraser dans tous les premierslott jours de notre arrivée.../.. On aurait du comprendre que c'était un signe. Une sorte d'avertissement. Je m'en veux, c'est moi qui aurait dû y penser. En face ce n'était pas encore vendu. Ce n'était pas trop tard pour changer. On n'avait pas encore déballé tous les cartons. Il suffisait de traverser la rue pour inverser le sort. C'est moi qui serait allé déposer un petit mot dans sa boîte aux lettres à lui. Ses condoléances, ça me fait une belle jambe. Dire qu'il suffisait de traverser."


Tout en donnant l'apparence d'une vie normale, il n'aura dès lors de cesse d'épier cette famille dont le bonheur est pour lui insolent, voire intolérable, et de critiquer leur mode de vie,  de ruminer de manière obsessionnelle ce coup du sort qui n'aurait jamais dû les frapper. " La foudre nous a frappé. Eux et pas eux. Ca se joue à si peu de choses: le même lotissement, la même rue, mais pas le même numéro. Pair ou impair. On a pas misé sur le bon. C'est ma faute je le reconnais. Mais permettez moi de croire que tout n'est pas complètement perdu."  Car c'est son bonheur qu'on lui a volé, et il est là, de l'autre côté de la rue. Et cette rue il finira par la traverser.


uno 0283" Canisses" est une petite novella d'une centaine de pages tout au plus. Pourtant, c'est sans doute l'une de mes œuvres préférées de Marcus Malte. Car ce bouquin je m'en suis véritablement délecté.  L'auteur a un vrai talent pour diffuser auprès de son lecteur, l'air de rien, un sentiment d'effroi qui va l'imprégner  de manière crescendo au fil des pages. Et c'est là sa force.


Dans cette histoire qui voit un  homme sombrer peu à peu, qui refuse la mort de sa femme, c'est la question de la frontière entre la normalité et la folie que pose l'auteur. Cet homme qui n'a pas de nom, ca pourrait être vous, ça pourrait être moi. Qu'est ce qui fait qu'un jour on ne se relève pas et que l'on plonge ?


Ce qui est effrayant avec Marcus Malte, c'est que la folie se pare justement de normalité. Elle ne transpire que par petites touches, à travers des situations, des réflexions, des attitudes  qui désaxent  le sens de la réalité.


Au début de l'histoire, après le décès de son épouse, le personnage  assume le quotidien. Emmène ses enfant à l'école. S'efforce de les nourrir, mais échouant à cuisiner des plats, leur fait des gaufres.


Situation qui prêterait à sourire quand on imagine combien il est souvent difficile pour un papa de suppléer la maman à la cuisine. Sauf que des gaufres, ils vont en manger tous les jours, matin, midi et soir. Et quand l'un de ses garçons tombe malade il refuse d'appeler le médecin qui lui rappelle trop de mauvais souvenirs. Malaise. C'est là un des nombreux exemples qui vont jalonner ainsi l'histoire et faire prendre la mesure du gouffre dans lequel s'apprête à sauter ce personnage à la dérive.


Tout au long de ma lecture, j'ai eu la sensation que ma posture de lecteur évoluait aussi avecMALTE l'histoire. De spectateur plein d'empathie pour cette homme confronté à cette douleur qui va le détruire, j'ai eu la sensation de devenir un voyeur. Comme si j'étais moi aussi caché derrière des canisses, à l'épier lui, en me demandant " bon sang, mais jusqu'où ce type va t'il aller ?".


Pire. Dans cette novella où il n'y a aucune scène de crime de décrite, Marcus Malte me mets dans les mains tous les éléments pour que je décide, moi, lecteur,  du destin de certains personnages de cette histoire, me rendant de fait complice, quelque part, des agissements de son personnage.


J'ai toujours pensé, qu'écrire une nouvelle (où ici une novella) était sans doute un exercice plus difficile que d'écrire un roman. Car les distances se réduisent, chaque mot doit être choisi avec soin pour rendre immédiatement une atmosphère ou un état d'esprit. Quand l'exercice est réussi, le plaisir de lecture n'en est que plus grand. C'est ce que vient de parfaitement réussir Marcus Malte avec cette petite histoire qui sera sans doute, l'une de mes préférées cette année.


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18 août 2012 6 18 /08 /août /2012 17:10

Denis ALAMERCERY

  Editions SCRINEO

 

organes à tous les coupsVoici un roman qui a bien failli ne pas avoir les honneurs d’une chronique sur Passion Polar ! Bon d’accord, c’est peut-être un peu prétentieux dit comme ça, mais au moins ça résume bien le petit miracle s’est produit et qui fait que finalement je vais vous parler de ce bouquin qui est loin, c’est le moins que l’on puisse dire, de m’avoir laissé indifférent !


« Organes à tous les coups » fait partie de ces livres qui n’offrent que deux possibilités à leurs lecteurs : celui d’aimer ou de détester. J’avoue que j’étais en route pour faire partie de la seconde catégorie si quelque chose ne m’avait pas retenu par un fil invisible et empêché de refermer le livre après la lecture des trente premières pages.


Le style, le ton, m’ont d’emblée déstabilisés, et je dirai même agacés. C’est là que l’on se rend compte qu’il n’est pas toujours aisé de lire des romans qui usent de ficelles que l’on a pas trop l’habitude de voir utiliser.


Ici l’écrivain interpelle directement son lecteur. L’éditeur s’immisce dans l’histoire en y allant de son petit commentaire. Les Astérisques qui renvoient en bas de page font partie intégrante de l’aventure.


Il faut aussi aimer l’humour de l’auteur que certains pourraient  trouver parfois pataud, saufallumette.jpg à prendre conscience progressivement que les petits jeux de mots, les répliques bien senties, les métaphores sont autant de clin d’œil à un univers défriché par un certain Frédéric Dard !

Si vous aimez les histoires déjantées vous allez être servi. Ne vous attendez surtout pas à croiser des personnages conventionnels. Le héros de l’histoire est  un flic qui cumule toutes les addictions possibles, un rustre violent qui n’a rien de vertueux et qui a la rancune tenace,  ne s’embarrassant pas de fioriture pour parvenir à ses fins !


Dans ce livre, les flics couchent avec des mafieux. On s’affronte à coup de lance-roquette, on y perd facilement la tête (au sens propre du terme) , et on s’entretue pour une boîte d’allumettes. Les chirurgiens sont d’ascendance létale et les marrons se distribuent à la volée.


Un roman viril, caustique, qui fleure bon la testostérone !


 poker.jpgEt l’histoire me direz-vous ? ah oui l’histoire ! Une bien sombre affaire à vrai dire ! un trafic d’organes, qui mêle mafieux mexicains, services secrets espagnols, barbouzes et ex agents soviétiques, et pour couronner le tout, cette chère Constance, un travelo qui récoltera quelques gnons chaque fois qu’elle sortira du bois ! ( offrant au lecteur des passages truculents) Et c’est au milieu de tout ce petit monde que notre flic castagneur tentera d’y voir clair et de régler quelques comptes !


« Organes à tous prix » est un roman quialamercery s’apprivoise (à moins que ce ne soit l’inverse). Mais quand enfin vous vous êtes fait à cette écriture originale, ces transgressions narratives inhabituelles et que vous acceptez cette règle du jeu un peu particulière, alors vous rentrez de plein pied dans la dimension voulue par l’auteur, et progressivement vous prenez goût à ce roman un peu fou, aux pages badigeonnées d’humour et d’hémoglobine.


Un bouquin qui ravira je pense les fans de San Antonio, qui retrouveront là un ton et une manière de raconter qui leur sera familière. Quant aux autres, l’occasion de découvrir un auteur atypique, digne héritier de Frédéric Dard, qui vous ballotera dans tous les sens mais sans jamais vous perdre en route.

 

En tout cas, moi, j'en redemande !

 

_______________________________________________________________

 

Interwiew de l'auteur chez Un polar

 


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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 15:00

GILLES VINCENT

EDITIONS JIGAL

 

 

 

parjures1.jpgA l’heure où la mode est au thriller à tout crin, accommodé à toutes les sauces au point d’en devenir indigeste, Gilles Vincent, lui, nous fait la démonstration qu’avec une histoire simple  ,parfaitement maîtrisée, et des personnages dotés d’une réelle épaisseur psychologique , il est possible d’écrire un roman abouti, qui délivre un profond et vrai plaisir de lecture à celui qui a la chance d’en parcourir les pages.


« Parjures » fait partie de ces romans qui vous prennent par la main dès le premier chapitre  et ne vous laissent pas repartir,  qui vous  ballotent  au grès de rebondissements savamment orchestrés par un scénario sans faille, et vous emmènent à la rencontre de personnages que vous aurez bien du mal à  quitter une fois le roman achevé.


Comment par exemple, ne pas tomber sous le charme de cette jeune commissaire de police, Aïcha Sadia, une femme au nom gorgé du soleil méditerranéen et au caractère forgé dans le roc. Une dure à cuire, qui mène ses hommes avec poigne et qui n’est pas la dernière à prendre des risques dans une opération de police.


Pourtant derrière ce visage ferme et déterminé, Aïcha porte en elle une absence qui la ronge,marseille qui remplit sa vie d’une nostalgie corrosive. Celle de son compagnon Sébastien, disparu en mer depuis plusieurs semaines, on ne sait trop comment, ni pourquoi .Aïcha n’a retrouvé sur la plage que les vêtements soigneusement pliés de Sébastien. Mais la mer ne lui a jamais rendu ce qu’elle lui a volé.


Et il faudra bien  un moment d’absence, d’abandon passager dans les bras d’un de ses collègues pour qu’explose toute sa féminité et réaliser que son cœur bat encore.


C’est bien là l’intelligence de Gilles Vincent que de nous faire pénétrer dans l’intimité de ses personnages, de porter sur eux une lumière différente selon les moments, qui met à jour leurs faiblesses, leurs forces,  et leurs histoires personnelles, donnant ainsi au roman tout son relief et sa profondeur.


Mais les personnages ne se suffiraient pas à eux même pour faire de ce livre un très bon roman, s’ils n’étaient pas inscrits dans un scénario particulièrement efficace. En la matière l’auteur joue avec brio avec son lecteur.


baumettes.jpgA Marseille, des taulards fraîchement libérés de prison sont retrouvés décapités dans des entrepôts abandonnés, quelques jours à peine après leur sortie. Pour Aïcha et son équipe il est clair qu’un groupuscule d’extrémistes a décidé de délivrer une autre justice, expéditive et sans appel.


C’est ce  sort funeste qui attendait Abdel Charif. Condamné pour meurtre mais ayant toujours clamé son innocence celui-ci a bénéficié d’une grâce et quitte enfin ces murs  qui l’ont retenu pendant quatre ans. Libre, il va retrouver sa femme Laila chez son beau-frère Mouss, loin du tumulte journalistique provoqué par sa libération.

 

Mais à peine sort-il prendre l’air pour imprégner ses poumons de sa ville et de son quartier retrouvés, que celui-ci échappe de justesse aux hommes qui lui tendent une embuscade et tentent de l’embarquer de force dans une fourgonnette.


Conscient du danger qui le menace, ms ne sachant pas d’où il vient,  Abdel décide de serevolver.jpg rendre au commissariat, pour demander à rencontrer Aïcha Sadia dont il a entendu parler.

 

Dans son bureau, celui-ci va lui faire une bien étrange proposition : Elle le protège et l’aide à prouver son innocence dans l’affaire qui l’a envoyée derrière les barreaux, et en échange il l’a conduira à Sébastien, son compagnon disparu.


Là où le lecteur pensait avoir à faire à une version revisitée de « la nuit des juges », (un film où des notables de New York s’arrogeaient le droit de vie et de mort sur des coupables en puissance dans un tribunal de l’ombre, en donnant une autre lecture de la justice des hommes.) , celui va rapidement réaliser que Gilles Vincent à d’autres intentions.


 Reprenant à zéro l’enquête qui a fait d’Abdel un coupable, tout en essayant d’obtenir de lui un maximum d’informations pour remonter la piste de Sébastien, Aïcha se lance à corps perdu dans la quête de son amour disparu.


 L’histoire va se resserrer progressivement  autour d’elle et d’Abdel, et devenir plus personnelle. Au fil des pages l’auteur diffusera avec malice une tension qui se fera de plus en plus forte à mesure que l’on s’approchera de la vérité. Le lecteur ira de surprise en surprise sans que l’histoire ne perde un seul instant de sa cohérence et de sa crédibilité.


gilles-vincent.jpgGilles Vincent aime à brouiller les pistes, à surprendre son lecteur. Mais Au-delà de sa capacité à donner du rythme à son roman, il parvient à merveille à retranscrire les sentiments et les états d’âmes de ses personnages. Le lecteur n’en n’éprouve que plus d’empathie pour eux, et vit avec intensité leur aventure.


«  Parjures » ne se lit pas,  il se savoure comme un bon pastis sous le soleil de Marseille ! Pas le livre qui chamboulera le genre, juste un très bon bouquin qui vous offrira un bon moment d’évasion ! Et c’est déjà pas si mal !


Quant à moi, je guetterai à l’avenir les nouvelles aventures d’Aïcha Saida, car je crois bien, qu’au fil des pages, je suis secrètement tombé amoureux de ce personnage !

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