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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 22:57

 

MAURICE GOUIRAN

EDITION JIGAL

 

sur nos cadavres....Il y a quelques mois j’avais eu le plaisir de chroniquer « "Franco est mort jeudi" » de Maurice GOUIRAN. C’était pour moi une totale découverte puisque je ne connaissais pas encore cet auteur publié aux éditions JIGAL, auteur qui n’en était pourtant pas à son premier roman.

Ce livre avait été un véritable coup de cœur, tant l’histoire, mais plus encore les personnages m’avaient particulièrement séduits ! Assurément l’un des meilleurs romans que j’ai lu en 2010.


Mais n’ai-je pas tôt fait d’acheter quelques unes de ses œuvres précédentes en vue de lectures futures, que déjà paraît son nouveau roman «  Sur nos tombes ils dansent le tango » !


C’est donc avec une certaine gourmandise que je me suis lancé dans la lecture de cette nouvelle aventure !


Maurice GOURAIN a cette particularité de tremper sa plume dans l’encre noire de l’Histoire. Mais pas cette Histoire  qui bombe les torses, flatte la fibre nationaliste des crétins primitifs et fait dresser haut les étendards ! Non, lui aime à s’intéresser et à nous renvoyer comme un miroir ces pages sombres et peu glorieuses qui jalonnent notre histoire commune, que bon nombre aimerait laisser coincer dans les pages d’un livre posé à l’abandon sur les étagères de la mémoire des Hommes.


Lire un roman de Maurice Gouiran, c’est lire un bon polar, mais c’est aussi prendre une magistrale leçon d’histoire. Car notre homme est un érudit. Nul doute que son travail de documentation doit être impressionnant en la matière. Mais au delà de la richesse des informations qu’il nous donne, c’est surtout la maestria qui est la sienne à nous faire revivre ces évènements terribles, à transporter son lecteur au cœur de la tragédie qui fait la force de sa plume.


Après nous avoir ramené sur les chemins de la Rétirada avec « Franco est mort jeudi », Maurice Gouiran nous emmène cette fois sur une terre Latina où raisonnent  encore les complaintes des  «  folles de mai » et les cris des «desaperecidos »du fond de leurs cachots. Car c’est bien sous la dictature des militaires argentins que s’ancre le nouveau de Maurice Gouiran.


Dans un Marseille secoué encore une fois par des règlements de compte, Emma Govgaline , jeune lieutenant de police, se voit confier l’enquête sur l’assassinat de Vincent de Moulerin, un notable de la ville, homme politique de droite au torse bardé de médailles militaires.

Bien que les premiers éléments recueillis sur place ne laissent planer aucun doute pour sa hiérarchie quant au caractère crapuleux de l’assassinat, Emma elle , n’est pas aussi affirmative. Pourquoi s’il s’agit d’un crime crapuleux, la victime a-t-elle reçu une balle dans la nuque, signature habituelle d’une exécution ?


Poussée par le commissaire Arnal à rendre son rapport au plus vite, Emma parvient à obtenir un délai pour creuser un peu le passé de la victime. Et c’est à un véritable jeu de piste que va se livrer la jeune inspectrice. En remontant le passé militaire de Moulerin,  celle-ci va voir son enquête s’envoler pour des horizons lointains. En Indochine où le jeune soldat à fait ses premières armes, en Algérie ensuite où il s’est illustré. Au fil des témoignages une question se pose. Aurait-il participé au massacre des Centres Socio Educatifs en 1962 ? Sa mort serait elle liée à une vengeance ?


Mais ce notable assassiné a bien des secrets enfouis. La piste prend la direction de l’Amérique du sud où l’ancien militaire a œuvré  au nom de la France, comme beaucoup d’autres officiers de l’époque, pour transmettre à ses frères d’armes argentins, tout l’art de la guerre totale expérimentée lors de la bataille d’Alger en 1957. Une marque de fabrique bien française que les gouvernements de l’époque, dans le contexte de la guerre froide, ont su aussi bien exporter que les canons et autre armes de guerre.


Quand son grand-père  Vincent de Moulerin est assassiné, cela fait déjà plusieurs semaines  que Kevin,  s’est enfermé dans sa chambre à diluer sa réalité d’ado dans la virtualité d’un monde maîtrisé. Adepte de second life il s’y est construit une autre vie, sans contrainte, faite de business et de créations artistiques. En même temps, lorsqu’il joue avec un logiciel de morphing à retrouver sur la toile des photos des membres de sa famille, il fait une bien étrange découverte.


A partir de là , les questions se font jour pour Kevin, et celles-ci vont être de plus en plus pressantes et obsédantes à mesure qu’il poursuit ses recherches sur la toile. Sous les doigts agiles d’un gamin de 14 ans, le passé va remonter lentement vers la lumière de la vérité, au risque d’ébranler à jamais les fondements même de cette famille si bien établie.


Dois- je avouer que j’ai une affection toute particulière pour Maurice GOUIRAN. J’aime ces maurice-gouiran.jpgauteurs qui à travers leurs romans nous interpellent et nous poussent à regarder dans des directions dont on aimerait détourner la tête. Il fait partie de ces auteurs qui rendent leur art majeur et donnent leurs lettres de noblesse au roman noir.


Maurice Gouiran est un excellent conteur, mais c’est aussi un écrivain de la mémoire, qui nous rappelle que la vérité est la voix des morts, victimes des dictatures de tout poils, qu’elle est un cri qu’on ne peut bâillonner qu’un temps. Et il y a des morts qui crient plus fort que les vivants, que l'on entend encore bien longtemps après que les généraux se soient tus.

 

 

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26 juin 2011 7 26 /06 /juin /2011 22:53

DAVID S.KHARA

Editions MICHEL LAFON

 

 

les vestiges de l'aubeSi vous suivez d’un œil attentif l’actualité du polar et du roman noir, David S. KHARA est forcément un  nom qui fait résonnance dans votre esprit. Cet écrivain fait partie de ces auteurs qui, grâce à un bouche à oreille efficace, a réussi à faire de son dernier roman « le projet Bleiberg » un des succès inattendus de l’année 2010 . Un succès amené par les lecteurs eux même, en dehors de tout tapage médiatique, du moins jusqu’à ce que les dits médias s’emparent du phénomène.

 

  Beaucoup sur la toile on donc parlé de ce roman. Pour ma part, par faute de temps, sans doute aussi parce que je n’aime pas me précipiter, je n’ai pas encore eu l’occasion de le lire même s’il se trouve déjà  sur mes étagères.

Bien m’en a pris à vrai dire, car en rééditant  «  les vestiges de l’Aube » dans une version retravaillée, les Editions Michel LAFON m’ont offert la possibilité de découvrir le tout premier roman de Davis S. KHARA.

 

Disons le d’emblée ce roman m’a bluffé  à plus d’un titre . D’abord parce qu’il sort nettement des sentiers battus, car l’auteur s’aventure sur un terrain que peu d’auteurs français explorent, celui du thriller fantastique ; ensuite parce que Davis S. KHARA accomplit l’exploit de me plonger dans une histoire qui fait intervenir un personnage légendaire pour lequel je n’ai aucune attirance, dont je me suis toujours tenu éloigné car totalement hermétique à ce genre de figure, je veux parler du vampire !

 

Mais là où j’aurai du refermer le livre pour passer à une autre lecture, je me suis surpris au contraire à m’enfoncer  un peu plus profondément dans celle de ce roman. Car David S. KHARA a une maîtrise parfaite de sa plume et conduit le lecteur où bon lui semble, avec une facilité déconcertante, et sa façon de réinventer le mythe du vampire m’a particulièrement séduit.

 

Barry Donovan est flic à New York. Depuis les attentats du 11 septembre qui  lui ont arraché sa femme et sa fille, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Cœur éteint parmi les vivants, il vit renfermé sur lui-même, et il ne lui reste que son boulot pour garder la tête hors de l’eau  pour ne pas sombrer.

 

Werner Von Lovinsky quant à lui est un aristocrate pétri de culture, ancien propriétaire terrien, devenu capitaine d’industrie, avant de se ranger définitivement des affaires depuis très longtemps. Il vit reclus dans le sous sol de son immeuble, et ne sort que très peu. Et pour cause, Werner est un vampire qui ne se risque à l’extérieur que pour s’alimenter avec discrétion et parcimonie.  Et pour rester ouvert à l’époque qui l’environne, il use des technologies  modernes qui s’offrent à lui.

 

Pour Barry, la seule thérapie qui vaille pour le raccorder aux vivants, c’est encore de naviguer sur la toile , de pouvoir ainsi échanger sans se mettre à nu et s’exposer.

 

C’est là dans un salon de discussion  que les deux hommes vont se croiser. Très vite une profonde amitié va s’établir entre eux au fil du temps, Barry trouvant en Werner une écoute qui apaise ses tourments, Werner en Barry ,un individu écorché qui lui permet d’éprouver à nouveaux des sentiments  qu’il ne pensait plus un jour ressentir, lui rendant ainsi une part de cette humanité qu’il avait perdue depuis fort longtemps.

 

Peu à peu Barry s’ouvre à son ami aristocrate et évoque l’enquête difficile sur laquelle il travaille. Une affaire sordide de meurtres, où des hommes sont abattus d’une balle dans la nuque. Pas de traces, pas d’effraction, l’enquête piétine.

Quand l’heure de leur première rencontre dans un bar de la ville arrive, Werner prend toute la mesure de la plaie abyssale dans laquelle son ami s’enfonce progressivement, et le danger potentiel que représente son enquête. Il décide sans le lui dire de l’aider dans ses investigations et de veiller sur lui comme un ange gardien.Et il en aura bien besoin!

 

C’est donc un roman original que nous livre Davis S KHARA.  Un roman fluide, qui se lit vite david S.KHARAavec lequel lecteur passe un agréable moment.

 

L’auteur réalise une alchimie réussie  entre le thriller et le fantastique.  Mais c’est aussi une histoire terriblement humaine entre deux protagonistes qui sont comme des miroirs l’un pour l’autre,  chacun avec sa propre fêlure, où l’amitié est un baume qui garde au cœur de Barry une raison de battre encore, et à Werner l’espoir de rendre son immortalité plus humaine.

 

L’autre qualité de ce roman c’est la réécriture que fait l’auteur du personnage mythique du vampire. Ici point d’être sanguinaire prompt à vous sauter au cou pour y puiser le suc de votre existence. David S. KHARA réinvente le mythe du vampire, d’abord en le délivrant de la camisole « twilight »  et consorts  dans laquelle il était enfermé ces dernières années ( mais qui a eu le mérite d’amener à la lecture pas mal d’adolescents et on ne va pas s’en plaindre !) puis en le faisant romanesque, terriblement humain,  en le dépoussiérant de stéréotypes surannés , le rendant attachant  voire lui donnant une stature Shakespearienne.

 

Un bon roman donc qui aurait toute sa place dans votre sac de plage cet été !

 

Habituellement j’attends le second roman d’un auteur que je découvre. Je sais déjà que celui de Davis S KHARA a trouvé son public et son succès.

 

Sans aucun  doute une plume originale vient d’entrer dans le paysage littéraire français du polar.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 17:03

Pacal GARNIER

    Editions POINT

 

lune captiveLire des polars n’est pas sans risque ! Vous la voyez là ma joue ? Constatez comme elle bien rouge ! C’est Pascal Garnier qui vient de m’administrer une gifle ! Et magistrale qui plus est! Le pire c’est que je ne lui en veux même pas !!

Michel Audiard a dit un jour «  Bienheureux les fêlés, car ils laissent passer la lumière ! ». Pourtant à la lecture de ce livre je me suis tout de même  fort légitimement demandé s’il ne fallait pas colmater de toute urgence les brèches des personnages de ce roman complètement hallucinant !

 

C’est limite même si je ne vais pas dorénavant changer de trottoir lorsque sur ma route, je vais croiser un retraité ! Et s’il est souriant et avenant envers moi, de prendre carrément mes jambes à mon cou !

 

Oh bien sûr je ne manque pas non plus de m’interroger sur l’auteur ! Il a bien fallu lui aussi qu’il laisse passer la lumière pour écrire un roman pareil ! Quant au lecteur que je suis, plonger dans ce roman où l’on tue les chats à coup de pelle, où les balles fusent sans trop savoir sur qui elles sont dirigées,  et en ressortir la mine rayonnante de bonheur, il y a de quoi se demander si ma femme ne ferait pas mieux d’appeler les hommes en blanc !

 

Alors bienvenue à la résidence «  Les Conviviales » ! Une résidence haut standing spécialement conçue pour des retraités, constituée d’une cinquantaine de maisons identiques enfermées dans un espace ultra sécurisé, entouré de grilles et truffé de caméras. Rajoutez-y un club house, un jardinier et une animatrice pour vous proposer des activités et vous avez l’endroit idéal, vous en conviendrez, pour finir de fondre sa vie au soleil !

 

C’est ici que Martial et Odette ont décidé en tout cas de s’installer ! Bon d’accord, pour le moment il n’y a strictement personne dans la résidence. Ils sont les premiers. Leur passe temps consiste à s’imaginer leurs futurs voisins. En attendant ils remplissent leur placard de nourriture, histoire de tenir les deux prochaines guerres mondiales, et vaquent aux occupations de la vie quotidienne.

 

Quand enfin les premiers voisins arrivent, c’est l’effervescence. On les observe de loin  par la fenêtre, puis n’en tenant plus, on va se présenter histoire d’en savoir un peu plus. On sonne à la porte, l’homme s’appelle Maxime, il appelle sa femme, Marlène. La silhouette de jeune fille (…/..) se profila au bout du couloir mais les quelques mètres qu’elle parcourut main tendue jusqu’à l’entrée se chargèrent d’un poids d’années conséquent. Elle était bien svelte et mince, mais sa peau tavelée et sans doute maintes fois liftée lui donnait  l’apparence d’une petite pomme rainette flétrie.

 

Très vite les couples sympathisent. Apéro, excursions, repas chez les uns et les autres. Quoi de plus normal entre voisins ! Oh bien sûr, on ne perd pas les bonnes habitudes de l’homme moderne. Aussitôt chez soi on y va de son petit commentaire sur les amis d’en face ! Des gens normaux quoi ! Oh il y a bien Marlène qui ne cesse de parler de son fils à toutes les sauces, et Odette qui passe son temps à chasser une mouche imaginaire, mais à part ça tout va bien dans ce petit monde policé !  

 

Mais très vite pourtant, l’ennuie s’installe, malgré Nadine l’animatrice, plus douée à se rouler des pétards qu’à trouver des occupations pour les résidants. Et ce n’est pas l’arrivée de Léa, une femme seule, qui va chambouler les choses.

Il y a bien la piscine, mais la trempette ce n’est pas vraiment le truc de Martial. Ce n’était pas à cause de la température de l’eau, simplement nager l’ennuyait. On n’allait jamais nulle part en nageant et il fallait constamment agiter bras et jambes pour ne pas couler. Il n’y avait rien à voir que du bleu, dessus, dessous, c’était con.

 

Nos bons retraités commencent à  être sous pression dans ce vase clos. Le vernis des bonnes manières commence à se fissurer, et l’enfermement à exacerber les émotions.

 

Alors quand près de la résidence s’installent trois caravanes de gitans, une angoisse sourde saisit les habitants du lieu, qui va très vite se transformer en paranoïa aigüe sous l’entremise de M. Flesh le jardinier qui n’aime pas du tout ce genre de voisinage.«  ca n’avait pas l’air de les gêner de vivre sans murs, au vu et au su de tous, en toute impudeur, comme s’ils n’avaient rien à cacher.Ca prouvait bien qu’ils n’étaient pas comme tout le monde ces gens là, comment pouvez t- on se sentir partout chez soi ? Non, ils n’étaient pas normaux. »

 

Pascal Garnier a l’art consommé de croquer certains travers de nos sociétés schizophrènes garnier.p dans ce huis clos grinçant et drôle à la fois, où les angoisses et les peurs des personnages sont proportionnelles au dispositif sécuritaire censé les protéger. Enfermés dans leur bocal déshumanisé et ultrasécurisé, nos sexagénaires vont progressivement bouillir dans le jus de leurs propres névroses et de leurs préjugés jusqu’à un point de non retour.

 

Vous l’avez compris, ce roman est un vrai petit bijou ! un moment d’éclate! Je ne connaissais pas encore Pascal Garnier même si j’en avais beaucoup entendu parler ( je revendique le droit d’être inculte !! ) mais il est clair que j’ai bien l’intention de fondre sur mon libraire pour effectuer un braquage littéraire en bon et due forme ! Car j’en veux encore quitte à me manger cette fois une pelle à tarte !

 

Je ne serai terminer ce billet sans avoir parlé de la préface signé Jean Bernard POUY (encore un qu’il me faut découvrir d’urgence) dont les mots , poignants, témoignent d’une tendresse et d’une  amitié qui perdure au delà de la mort , puisque Pascal Garnier nous a quitté en 2010.

 

«  Il nous manque, bien évidemment, même si l’on continue de trinquer avec lui, de pleurer avec lui, et quelques fois de rire. Même si le soir venu, on fait des clins d’œil à la lune. Même si l’on se les gèle, dans des petits matins passés encore en sa compagnie. »

 

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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 17:43

de Caryl FEREY


Editions LA TENGO

 

nouveau mondeAprès «  Fractale » de Mérin LEDUN, publié en début d’année, «  Nouveau monde inc. » de Caryl FEREY vient agrandir la toute nouvelle collection des éditions LA TENGO  «  Pièces à conviction ». Je trouve d’ailleurs le titre assez  bien trouvé, puisque  le propre de cette collection c’est de publier effectivement de courtes pièces radiophoniques.  Cela donne de petits opuscules de 70 pages environs qui se lisent en moins d’une heure.

 

A la suite de la lecture de «  Fractale », celle du «  Nouveau monde inc. » de Caryl FEREY  conforte en moi l’idée que j’ai  depuis longtemps, que pour véritablement apprécier la valeur d’écriture et d’imagination d’un auteur, rien n’est plus révélateur que de lire les textes courts qu’il a pu produire ( nouvelles, petits romans , courtes pièces comme ici, …).

Car contrairement à ce que l’on pourrait penser l’exercice est particulièrement difficile et périlleux ! Donner la quintessence d’une idée en un laps de pages très court oblige l’auteur à opérer des choix pour délivrer au mieux son message, sans se perdre en conjectures qui alourdiraient le propos.

 

A ce petit jeu là Caryl Ferey excelle. Car cette pièce est un véritable régal à lire. Une fois la lecture entamée je n’ai pu me résoudre à  poser le livre avant d’en avoir atteint la fin. J’avoue avoir même essayé, sans succès hélas (mais peut être m’y suis-je mal pris et un visiteur de Passion Polar m’en donnera le lien) de retrouver le podcast de cette pièce quand elle a été diffusée  sur France Culture. Je serai en effet vraiment très heureux d’écouter ce que cela donne à l’oreille.

 

Cette petite pièce mise en page est un concentré d’humour noir, un humour qui fait sourire puis qui progressivement commence à vous mettre mal à l’aise. Parce que ce qu’il y est décrit pourrait être le monde de demain de cet Homme prétendument moderne, dont le bonheur superficiel prend racine dans le cynisme le plus glauque, sans voir qu’il patauge déjà dans la merde. Un monde déjà en filigrane du notre ?

 

 Elle s’appelle Marie, lui Pierre. Elle rêve de partir aux sports d’hiver, lui de finir son verre. Autour de la table, deux amis de Pierre aussi racistes qu’ils sont bourrés. Puis la voiture. Le mauvais jeu. L’accident.

 

Point final. Nouveau monde Inc. Quand elle se réveille elle se retrouve en compagnie de l’attaché culturel de Tchétchénie qui la prend en charge et l’emmène pour une ballade dans son véhicule. Elle saigne de la tête. Abondamment. Les autres sont morts dans l’accident. Et elle découvre ce nouveau monde où tout est rationnalisé à l’extrême.

 

 Bienvenue dans ce monde où même les bruits sont enfermés, les animaux parqués dans les zoos, où tout ce qui est inutile est systématiquement éliminé, où les excréments humains remplacent le pétrole  et où les enfants sont des produits commerciaux à part entière, que vous pouvez revendre lorsque vous vous en êtes lassés.

 

Dans ce court exercice Caryl Ferey arrive à nous dépeindre un univers particulièrement effrayant, où tout est jugé à l’aune de sa valeur économique, un monde devenu  INC. Les enfants du baby-boom ont aujourd’hui l’âge de la retraite : comme ils sont trop nombreux, on les fait travailler. Fallait y penser !


Est-ce la route vers laquelle s’engagent nos sociétés actuelles ?

 

A l’heure où l’on envisage de demander aux bénéficiaires du RSA de se rendre utile à la société en travaillant gratuitement quelques heures par semaine pour justifier de la royale pitance  qui leur est offerte pour garder la tête hors de l’eau, on peut se le demander !

 

Toujours est- il que cette petite pièce est vraiment remarquable ! Courte, percutante, cynique, elle diffuse progressivement un malaise au lecteur, et le met en posture de s’interroger quelques instants sur ce monde dans lequel il vit et qui semble, comme une voiture devenue folle, foncer droit dans un mur !

 

Mais y a-t’il encore quelqu’un pour appuyer sur la pédale de frein ?

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 12:22

NICOLAS SKER

Editions MICHEL LAFON

 

 

le premier crâneAu début il a d’abord pensé à un problème technique. Le genre de poisse qui vous tombe dessus au plus  mauvais moment, quand justement il doit trouver une solution pour pérenniser le financement de son laboratoire d’archéologie aujourd’hui remis en cause.

 

La machine s’est sans doute détraquée à un moment donné pour donner des résultats aussi aberrants. Alors on relance l’analyse. Mais les faits sont têtus et les résultats s’acharnent à se graver dans son esprit. Point de machine en rade, mais ce qu’elle vient de lui recracher est tout bonnement ahurissant et inconcevable !

 

Quand il tourne la tête vers ce crâne que son ex femme lui a envoyé depuis un chantier  de fouilles en Angleterre afin qu’il effectue pour elle une datation au Carbonne 14, Marcus Sambre prend progressivement la mesure de la bombe scientifique qu’il vient de mettre à jour et qui risque de changer l’ordre des choses du monde dans lequel il vit. Car celle-ci remet en cause les fondements même de toute l’humanité !

 

Soyons clair, si vous aimez les romans qui se sirotent tranquillement,  qui vous bercent doucement vers l’issue finale aussi sûrement qu’un glaçon fondant dans le verre d’un auteur scandinave, ce roman n’est pas fait pour vous ! Car celui-ci est plutôt du genre à vous être servi bien frappé !

 

Des chapitres courts, une prédominance faite aux dialogues au détriment du descriptif,  impriment un rythme effréné  au roman qui capture le lecteur dans un tourbillon de situations pleines d’actions et de rebondissements. Courses poursuites, guet-apens, meurtres, énigmes agrémentent  de la première à la dernière page  ce roman fougueux et impétueux. Car ce crâne, qui a d’autres qualités que celle d’être d’un temps que l’Homme n’a pas connu,  suscite la convoitise de bien des organisations aussi secrètes que dangereuses, et qui sont prêtes à tout pour s’en emparer !

 

Immanquablement certains  évoquerons Da Brown et son « Da Vinci Code », d’autre encore iront jusqu’à penser aux aventures d’Indiana Jones au cinéma.  Mais s’il emprunte au premier le sens de l’intrigue et au second celui de l’action, Nicolas SKER donne par son style épuré, la fluidité de son scénario et le tempo qu’il insuffle à celui-ci, une tonalité qui lui est propre et qui fait de ce premier livre, un roman qui n’a pas à souffrir de la comparaison avec ce qui se fait de mieux dans le thriller ésotérique.

 

cranefPour autant, ce roman n’est pas sans quelques reproches. Comme je l’ai souligné, le rythme est particulièrement rapide, trop peut être, car il est constant. A aucun moment la tension ne se relâche, le rythme ne ralentit. On comprend que Nicolas SKER a voulu privilégier l’action, mais ceci se fait me semble t-il au détriment de la construction psychologique de ses personnages qui auraient mérité une attention un peu plus approfondie tant ils nous apparaissent un peu superficiels.

 

De même les énigmes qui se succèdent se résolvent  de manière un peu  trop évidente pour le personnage principal et sa complice journaliste qui l’accompagne dans cette aventure.

 

Des petites faiblesses donc, mais qui n’entament pas les qualités de ce premier roman qui se lit facilement et dans lequel on prend un certain plaisir. Car il s’agit d’un premier roman, et la remarque à son importance !

 

Je disais dans mon précédent billet que la jeune génération montante du polar français n’avait pas froid aux yeux. Nicolas SKER est de ceux là. Je dirai même, en ce qui le concerne,  qu’il ne manque pas d’un certain culot pour s’attaquer dès son premier roman à une histoire qui embrasse le monde et l’histoire de l’humanité. Un thème, un sujet particulièrement périlleux dans lequel on peut très vite tomber dans l’anachronisme ou l’incohérence scénaristique. 

 

A ce niveau là Nicolas SKER s’en sort fort bien, non sans une certaine adresse d’ailleurs, sansnicolas-SKER.jpg doute grâce l’énorme travail de recherche qu’il a entrepris avant l’écriture de son roman. Un talent certain au service d’une imagination prolifique qui  devrait permettre à Nicolas SKER de creuser son sillon dans le paysage du thriller français.

 

Pour être honnête, Je n’ai pas pour habitude de lire ce genre de livre. En la matière Dan Brown avait eu sur moi un effet répulsif et vaccinatoire !

 

C’est le hasard qui m’a conduit à ce roman, car je n’avais initialement pas prévu de l’acheter.

 

Annoncé dans un de mes billets consacrés aux nouveautés à paraître, la quatrième de couverture en avait été modifiée entre temps et c’est Nicolas SKER en personne qui m’a contacté pour me donner les bonnes informations.  De là s’en sont suivis quelques échanges fort sympathiques et pleins d’humour. Le courant est donc passé entre nous et je me suis finalement décidé à acheter et lire ce roman. Avant d’être une aventure littéraire, «  Le premier crâne » est donc d’abord pour moi, une rencontre avec un auteur d'une grande gentillesse.

 

Si je sais que je  continuerai à ne pas lire de Dan Brown, il y a de forte chance par contre pour que je me laisse embarquer par la prochaine aventure que Nicolas SKER me proposera.

 

Pour ceux que cela interesse,  Nicolas SKER sera interwiewé sur France BLEUE de 16h à 16h30 dimanche 16 mai 2011

 

 


 

 


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12 mai 2011 4 12 /05 /mai /2011 23:57

 

Publié aux Editions POINT


 

la ronde des innocentsMUSSO, ca vous dit sans doute quelque chose ? Oui forcément. Ce nom s’affiche partout chez les libraires, on en parle à la télé et dans la presse. Et bien oubliez ce nom mes amis, et rappelez vous plutôt de celui-ci : MUSSO !

 

 Ou plutôt, laissez Guillaume poursuivre sa carrière déjà parsemée de succès, et intéressons nous de préférence à Valentin, le frère, qui a signé un premier roman intitulé «  La ronde des innocents »  qui sort aujourd’hui en format poche aux éditions POINTS.

 

A croire que l’écriture est aussi une question d’hérédité ! Car le jeune frère n’a rien à envier son aîné, et nul  doute qu’au fil du temps, celui parvienne à se faire un prénom dans le polar, genre dans lequel il a décidé d’ancrer sa créativité.

 

Valentin Musso fait partie de ces jeunes auteurs français dont la plume traduit la fougue de leur jeunesse en imprimant  à leur roman un rythme soutenu qui maintient le lecteur en haleine de la première à la dernière page. Des auteurs qui flirtent  parfois avec le fantastique (ce qui semble devenir un peu une marque de fabrique de cette jeune génération qui n’a  pas froid aux yeux.) tout en restant bien ancrés dans les limites du thriller.

 

En la matière Valentin Musso  maîtrise parfaitement les rouages de cette mécanique bien huilée, et pour un premier roman cela donne un résultat assez étonnant !

 

Quand on retrouve le corps de son frère au bord d’un sentier des Pyrénées, les mains liées et le corps portant des traces évidentes de torture, Vincent ne se doute pas encore, qu’au delà de la douleur, c’est tout un pan de l’histoire familiale qui va soudainement refaire surface et le pousser dans une véritable course contre la mort.

 

En effet, quelques jours après l’assassinat, Vincent reçois une cassette vidéo, sur laquelle il va découvrir stupéfait l’existence de l’épouse et du fils de Raphaël dont il ignorait tout. Sur cette cassette Raphaël  l’implore : « protège-les ! »

 

Nice, ailleurs. Un jeune lycéen sort du gymnase où il a l’habitude de venir se dépenser après les cours. Un garçon sans histoire. Il fait nuit et ne voit pas  l’ombre s’approcher de lui, juste sent-il la lame qui le transperce mais il est déjà trop tard pour réagir.

 

A partir de ces deux histoires qui bien sûr au final n’en feront qu’une, Valentin MUSSO tisse une intrigue diabolique, qui emmènera le lecteur  à la suite de Vincent, lancé dans une quête effrénée pour retrouver cet enfant découvert sur un écran de télé, jusqu’à un dénouement particulièrement surprenant.

cendres froides

 Et c’est là toute la différence avec d’autres jeunes auteurs qui ont certes  une maîtrise parfaite du verbe et des rouages du suspens, mais dont on devine et anticipe trop facilement le cheminement de leurs intrigues.

Dans un style bien léché, Valentin MUSSO arrive donc  à produire un premier roman de bonne facture même si celui-ci n’est pas sans nous rappeler « les rivières pourpres » de Jean Christophe GRANGE, dont l’auteur assume et revendique l’influence.

 

Il conviendra bien sûr d’apprécier  le second roman de Valentin MUSSO pour se faire une idée des qualités intrinsèques de cet auteur. Or celui-ci vient  justement de paraître aux éditions  «  Les nouveaux auteurs » sous le titre      «  Les cendres froides ». Mon ami Claude a déjà eu l’opportunité de le lire et d’en faire une critique. Je vous invite à découvrir son billet : link

 

Bonne lecture !

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français
30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 12:34

passage-du-desir-copie-1.jpgEt bien en voilà une première ! Me voici donc à chroniquer un roman que l’on a choisi pour moi ! Que j’ai du aller chercher dans une librairie car il n’était même pas sur mes étagères !

Mais comment refuser cette invitation au voyage lancée par mon vieux caribou du Québec (eh oui mon bon Richard c’est ainsi que je te surnomme affectueusement dorénavant !) lorsque j’ai pour compagnon de route ma copine Gridou qui elle aussi aura eu la même invitation que moi.


Alors allons-y !


La vie, c’est comme un fil de scoubidou.Ca s’entortille autour d’un autre, puis d’un autre encore, pour forger des destins qui se croisent ou se partagent. Cela donne des vies pleines de couleurs ou remplies de peine,  qui s’échouent ou se fracassent sur les écueils d’une fatalité non désirée, des existences chargées de souvenirs et de mélancolie, de regrets ou d’espoirs.


Lola Jost  est un ex commissaire à la retraite. Elle a tournée la page de la police après la perte brutale de son coéquipier. Elle fume comme un pompier et recherche dans ses puzzles la pièce manquante de son existence qui redonnerait un sens à sa vie.

Ingrid Diesel est américaine, le cœur en bandoulière, elle ne veut donner que de l’amour et de la tendresse aux autres car le monde est déjà bien trop dur à ses yeux. C’est pour cela qu’elle l’a parcouru dans tous les sens pour en ramener les meilleures techniques de massages qu’elle prodigue à ses clients le jour, se transformant en danseuse de charme la nuit.


Vanessa, Khadija et Chloé : elles sont jeunes, belles, partagent tout, à commencer par leur appartement et vivent de petits boulots, comme Khadija, serveuse au «  Belles de jour comme de nuit » un restaurant tenu par Maxime Duchamp, ancien photographe de guerre reconverti dans la restauration.


Tout ce petit monde vit dans le Xe arrondissement de Paris, sans forcément tous se côtoyer. Pourtant, il suffira de la chute d’un premier domino, d’un braquage et d’un gros sac de billets rapporté dans l’appartement des trois jeunes filles pour que les choses s’enclenchent. Et quand l’on retrouvera l’une d’elle sur son lit, morte et les pieds tranchés, les petites vies bien ordonnées des uns et des autres vont s’en trouver  définitivement bouleversées.

Paradoxalement, ce qui fait l’intérêt  de ce roman, ce n’est pas l’intrigue policière en elle-même, qui est somme toute assez classique.


Non, l’attrait réside davantage dans le soin tout particulier que l’auteur apporte  dans la dom.sylvain.jpgdescription de ses personnages et des rapports qui les animent. Des personnages « vrais », vivants,  tout droit sortis de notre univers quotidien et qui nous les rend du coup tellement proches !  Non sans humour, l’auteur nous offres des portraits magnifiques et des duos improbables à l’image de Lola et Ingrid.  


Lola, l’ex femme flic, que la vie arrondie au fil des ans ( « Par un processus darwinien déglingué, la sirène s’était mutée lentement en vieux cachalot. Si lentement qu’on n’avait rien vu venir ".) et Ingrid, adepte des salles de sport, vont ainsi former un binôme hors du commun. Alors que tout les oppose va naitre entre elle une amitié et une complicité attendrissante.


Car la tendresse, c’est bien ce qui caractérise l’écriture de Dominique Sylvain quand elle esquisse ses personnages, que le stylo  devient pinceau et que les mots deviennent des couleurs.


C’est le premier roman que je lis de Dominique Sylvain. Elle n’est pas sans me rappeler par certains côtés, l’univers de Fred Vargas. Un roman sensible, tendre, humain, qui dégage un parfum, une atmosphère construite au fil des pages, où le lecteur abandonne sans regret l’intrigue policière qui devient accessoire, pour s’attacher à cette galerie de personnages avec qui il a envie de passer un moment à la terrasse du «  Belles de jour comme de nuit ».

Ce voyage littéraire fut donc une ballade agréable dans l’univers d’un auteur que je découvre totalement et que j’aurai sans aucun doute plaisir à continuer de découvrir à travers ses autres romans.

 

Mais qu'en a donc pensé mon ami gridou de ce roman? link

 

 

     

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 12:20

PitiePourConstanceElle est sûre d’elle. Sa démarche impose le regard, et ses paroles réduisent au silence. Quand elle pénètre dans une salle comble, ses premiers pas en direction du pupitre sont déjà une invitation envoyée à l’assistance à déposer les armes. Elle est belle, elle le sait. Sa plastique est une arme aussi redoutable que les mots qu’elle prononce. Sa force de caractère n’a d’égale que la passion qui l’anime à porter ses convictions en étendard.  Elle, c’est Constance.


Figure de proue de l’ultra gauche, au fil des meetings elle porte le même message combatif contre cette société capitaliste qu’elle exècre, qui broie les hommes, éteint les rêves et enterre les destins. A partir du petit village du Quercy où elle s’est repliée avec quelques amis qui partagent ses opinions, elle sillonne les villes et les villages, participe aux réunions grandes ou petites, pour délivrer son message.

 

On commence à parler d’elle.


Quand elle se présente au meeting de Marseille, l’enjeu est important. Ce soir là, toute la gauche est réunie dans la ville phocéenne. On a bien voulu lui laisser un strapontin et un bout de table. Elle ne pourra parler qu’à la fin, une fois que tous les ténors politiques se seront exprimés. Mais rien n’y fait. Quand son tour vient, c’est en véritable passionaria qu’elle s’empare du micro et qu’elle subjugue son auditoire. Elle parle de désespoir, elle parle de ceux qui veulent encore exister, elle parle de résistance. De ce droit à se révolter pour rester debout. L’ambiance s’électrise. L’émotion se repend. Au final la salle se lève et applaudie !


Pourtant Constance n’aura pas le temps de profiter de ce succès oratoire qui cloue aux piloris les mensonges des vieux roublards établis de la politique. En sortant du meeting, Constance est brutalement enlevée par des individus qui l’embarquent de force dans une voiture.


Est-ce parce qu’elle est la fille d’un député de droite proche du pouvoir, possible ministrable, qu’elle a été enlevée pour atteindre celui-ci ou le Président qu’il soutient ? Ou bien au contraire, est ce en raison de ses positions politiques extrêmes et de son succès grandissant qu’elle inquiète ce même pouvoir qui aurait décidé d’enlever ce petit cailloux qu’il a dans sa chaussure et qui commence à l’agacer ?


Toujours est-il qu’en haut lieu on s’agite. Un conseiller du Président s’affaire. Le député Sicardi quant à lui, décidé à retrouver sa fille qu’il n’a pas revue depuis qu’elle s’est éloignée de lui à cause de ses convictions  politiques et depuis qu’elle a pris les sentiers de la lutte sociale et du combat radical, fait pression pour qu’un juge , étiqueté «  rouge » mais intègre et efficace ,s’occupe de l’affaire. Aidé d’un flic celui va se lancer sur la trace des ravisseurs.


Constance est retenue prisonnière quelque part, en Espagne suppose t’elle, avec pour seule compagnie de vieille revues et son geôlier, le chef du commando qui l’a privé de sa liberté.

A partir de là, le lecteur pourrait penser deviner facilement la suite du scénario. L’un des deux protagonistes va finir par rallier l’autre à sa cause, d’autant que le syndrome de Stockholm n’est pas une invention d’écrivain. Mais il n’en sera rien. L’issue de cette histoire, ne sera pas sans rappeler d’ailleurs à certains cinéphiles et fans de Ridley Scott la fin en apothéose d’un de ses meilleurs films.


 Dans ce huit clos entre le geôlier et sa prisonnière, chacun va progressivement devenir un miroir pour l’autre, où les protagonistes trouveront dans les convictions de l’adversaire les contradictions de ses propres idéaux. Une révoltée qui finit par se dire que s’épuiser sur des micros ne fait pas avancer la cause qu’elle défend et que seule la radicalisation de l’action peut porter des fruits révolutionnaires, et un barbouze aguerri aux coups de force, pour qui, agir toujours dans l’ombre en s’affranchissant des lois , finit par pervertir son propre idéal pour le plus grand bénéfice de quelques profiteurs avides de pouvoir.


André FORTIN réalise un roman qui fait s’entremêler politiciens véreux, barbouzes assassins et désabusés, et jeunes idéalistes encore convaincus de la justesse de leur combat.


A partir de thèmes pourtant déjà longuement traités dans le roman noir, et de caricatures Fortincommunément admises dans l’imaginaire collectif ( Les manipulations étatiques, la justice entravée, les baroudeurs durs et froids, la femme fatale, jeune et rebelle, en quête d’un monde meilleur…) André FORTIN arrive à tirer son épingle de jeu en nous offrant un roman qui évite les pièges attendus. Un roman sombre ou l’espoir n’est plus une échappatoire n’y même un point d’horizon, où les acteurs de se drame, sans se renier sous peine de se perdre, vont prendre conscience de leur combat sans issue.


 Quand ces mondes que tout oppose se retrouvent confronter l’un à l’autre à travers  les personnages de ce huit clos, que ces derniers finissent de se déshabiller momentanément de leurs idéaux respectifs, reste l’appréhension et la découverte de l’autre. De cette essentielle humanité qui finira par s’exprimer,  comme une main tendue au moment où les destins se scellent dans l’éternité.

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 22:49

st antoine

 

" Rendez-vous à Saint-Antoine" de Mathias GODDON

 

" Editions PAPIER LIBRE"

 

 

 

Après avoir découvert les éditions «  Papier Libre » avec un premier roman, «  Crucifix et crustacés » d’Hervé MESTRON (dont vous trouverez mon billet ici  "Crucifix et crustacés" d'Hervé MESTRON   ) , nouvelle rencontre aujourd’hui à travers le dernier roman de Mathias GODDON «  Rendez-vous à Saint-Antoine ».


Les romans que publient «  Papier Libre » portent le charme de nos villes et  fleurent bon le terroir de nos campagnes. Si les américains ont les déserts et les belles Chevrolet, nous avons pour nous nos vieux troquets, nos vieilles églises et nos dynamiques C3!


zh.jpgQue pensez vous que puisse  faire un professeur à la fin de son année scolaire quand celui-ci vient de perdre sa femme, lassée d’une vie qui tourne autour des copies à corriger, des évènements de cours, et d’un lycée dans lequel elle n’a jamais mis les pieds, mais qui envahit toujours un peu plus l’espace vital de son couple ?  Boire sans doute !  C’est ce que ne manque pas de faire Lucien Tordot, professeur de son état, qui cherche au fond de son verre l’explication de sa déchéance conjugale.


C’est là, dans ce café situé pas très loin de son établissement que le vieux bonhomme aime à s’appuyer sur le zinc froid et à s’humecter le gosier tout en parlant pour lui-même ou pour Casimir, le patron  des lieux,  qui a pour courtoisie d’écouter son client, et pour amitié de refreiner sa consommation.


Etienne, un jeune collègue de Lucien, a bien compris que son ami ne tourne pas rond depuis quelques temps, et voir sa tête le matin quand celui-ci arrive en salle des professeurs  n’est pas pour le rassurer sur l’évolution de sa situation. Allant trouver Casimir pour lui parler de son ami, il comprend que le barman  derrière son comptoir fait déjà tout ce qu’il peut pour limiter les dégâts. Reste la présence et l’amitié comme une bouée jetée à la figure du désespoir en espérant que Lucien s’y raccroche.


Pourtant c’est un fait divers dans le journal qui va sortir Lucien de sa torpeur. Un meurtre pensez donc ! Un homme étranglé puis poignardé,  et retrouvé dans un local à poubelles. Et le crime qui s’est passé tout prés du  bar de Casimir ! Voilà qui ne manque pas de sel ! Or Lucien  se rappelle être passé dans cette rue ce soir là ! Il n’en faudra pas plus pour émoustiller sa curiosité et voir germer en lui cette idée folle de mener sa propre enquête !  Projet qui n’est pas sans rendre Etienne et Casimir particulièrement dubitatifs ! Mais après tout, si cela pouvait occuper l’esprit de leur ami et le tenir éloigné des verres d’ivresse, pourquoi pas !


D’autant  que lorsque l’inspecteur suivant l’affaire se présente au bistrot pour l’enquête de voisinage, celui-ci tombe sur Lucien qu’il connait depuis des années. Entre les deux hommes quelques échanges qui aboutiront à la conclusion d’un accord pour s’aider mutuellement. Accord scellé  par l’inspecteur davantage pour faire plaisir à Lucien que par conviction d’avoir trouvé un  auxiliaire précieux et indispensable.


Malgré tout, Lucien et son compère Etienne qu’il embarque avec lui dans l’aventure, ne vont saa.jpgpas démériter et  vont se montrer au final perspicaces. Avec des moyens se résumant à leur bon sens, leur intuition et une petite dose de chance, leur enquête les conduira, à une soixantaine de kilomètres de là, où un autre meurtre à été commis et où sévit un corbeau impitoyable.


 Haut lieu religieux, Saint-Antoine renferme dans son abbaye les reliques du Saint qui lui a donné son nom, et qui était connu autrefois pour guérir le « mal des ardents ». De là à penser qu’une malédiction est à l’œuvre dans le village…


Mathias GODDON nous livre là un sympathique roman qui s’inscrit dans notre paysage provincial. A partir d’un scénario qui n’ambitionne ni le spectaculaire ni l’hémoglobine à tout craint, il bâtit une histoire solide qui chemine sans à-coup, et conduit son lecteur vers  l’issue finale aussi sereinement  qu’un fleuve va à la mer.


goddon-M-jpgMathias GODDON  crée des personnages à la fois ordinaires et  pittoresques, à la faiblesse et à la sincérité  attachantes. Des personnages  enfermés dans la bulle de leur vie quotidienne, qui pour en échapper,  s’inventent le temps des vacances, un costume et une vie de détective. Une vie où ils peuvent être utiles aux autres à un moment où ils doutent du sens et de la finalité de leur propre fonction sociale.


Le lecteur se laissera facilement  prendre au jeu , et suivra non sans une certaine curiosité la drôle d’enquête que vont mener les deux compères.  D’autant que l’inspecteur en charge de l’enquête officielle ne sera lui, pas toujours d’une très grande perspicacité. Au point que nos deux «  apprentis détectives » finiront par avoir un wagon d’avance sur ce dernier et arriveront en gare avant lui !


Si Mathias GODDON nous donne une belle description de ces bistrots qui hantent notre imaginaire collectif  et  qui tendent à disparaitre aujourd’hui de nos paysages urbains, où de ce village qui va servir de cadre au dénouement de l’histoire, je regrette un peu malgré tout  qu’il n’y ait pas une dose un peu plus importante d’humour dans ce roman. En effet, bien des situations pouvaient s’y prêter, et lorsqu’on a un aperçu du talent de l’auteur en la matière, cela donne des passages truculents, comme celui du cauchemar que fait Etienne d’un Inspecteur d’Académie ! ( mais c'est sans doute parce que je bosse moi même dans la grande maison que ce passage m'a énormément plu).


Pour autant, le but est atteint. Le lecteur fini le roman sans vraiment s’en rendre compte, et ne regrette d’avoir effectué le trajet Grenoble – St Antoine en C3 à plus de 150km/h sur l’autoroute !


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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 00:00

 

fractal

 

" Fractale" de Marin LEDUN


Editions LA TENGO

Collection " Pièces à conviction"

 

 

C’est un petit livre qui tient dans la poche. Une centaine de pages pas davantage. Une heure de lecture tout au plus.  Une petite pièce de théatre sans ambages. A l’origine, FRACTALE était une création radiophonique diffusée en novembre 2010 sur les ondes de France Culture, dans le cadre du cycle polar du programme «  Drôles de drames ».


Martin LEDUN l’auteur, nous invite à un huit clos étouffant qui mets en scène 6 personnages, travaillant tous pour SAUDIS  Corporate ,  un cabinet de conseils en placement de produits financiers.


Nous y retrouvons Marie, claustrophobe, manipulatrice et agressive. Sam , attirante mais complexée et en recherche perpétuelle d’affection. Pierre, bel homme mais asocial et violent en situation de stress. Ann qui a quelques difficultés relationnelles. Vincente, voix douce posée et rassurante. Et enfin Alexandre leader né et séducteur.


C’est à la suite d’un mail leur annonçant un exercice d’évacuation que les collaborateurs de ce prestigieux cabinet se retrouvent à prendre l’ascenseur pour descendre dans les sous-sols de l’immeuble comme ils y ont été invités.


Un fois sur place, ils découvrent un lieu aménagé. Un salon, des chambres, une cuisine équipée avec un frigo garni, une salle de bain. Bref, un véritable lieu de vie. Curieux, ils n’en n’avaient jamais entendu parler. Plus curieux encore, l’ascenseur. Celui-ci ne possède pas de bouton d’appel. Impossible donc de remonter dans les bureaux.


Ce qui était un exercice anti-incendie n’en est visiblement pas un. Très vite les protagonistes échafaudent des scénarii  pour se convaincre finalement qu’il s’agit d’une mise à l’épreuve de leur patron Ricardo pour désigner les meilleurs d’entre-deux. Des rumeurs de licenciements n’ont-elles pas circulées dernièrement? Chacun serait donc un adversaire en puissance pour l’autre ?


Pourtant, au petit matin, l’un d’entre eux a disparu. L’angoisse s’installe dans le groupe. Quand deux autres personnes disparaissent la nuit suivante, que la nourriture dans le frigo et les placards s’est volatilisée, et que l’eau a été coupé, la tension s’installe dans ce qu’il reste du groupe initial.


Quels sont donc les règles de cette épreuve imposée ?


Et si tout ca n’avait finalement rien à voir avec un jeu ?


Un petite pièce efficace, sans prétention, et qui peut facilement se prêter à la lecture quand on a un peu de temps devant soi, dans le train, une salle d’attente, ou bien installé au fond de son fauteuil préféré.


«  Fractale » est la première oeuvre publiée dans la collection « Pièces à conviction » des Editions LA TENGO,  qui vise à regrouper des textes courts tirés de pièces radiodiffusées. Les prochains opus à venir devraient porter la signature de Caryl Ferry, Marcus Malte et Christian Roux ! De quoi mettre en appétit !!

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