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9 février 2011 3 09 /02 /février /2011 08:36

LATENGO- paris la nuitweb m

 

" Paris la nuit " de Jérémie GUEZ aux éditions LA TENGO

 

 COUP DE CŒUR !

 

Retenez bien ce nom : Jérémie GUEZ.  Il se pourrait bien en effet que ce jeune auteur qui publie cette semaine son premier roman aux éditions La Tengo, inscrive rapidement son nom en bonne place dans le paysage du polar et du roman noir français. Un écrivain plein de promesses,  un  talent  certain et un sens de l’écriture qui m’ impressionne. Ce petit roman (il ne fait qu’une centaine de pages) qui s’inscrit dans une trilogie dont il est le premier opus, est véritablement mon premier gros coup de cœur de cette année 2011 !

 

Abraham est un fils de la rue, un fils de la nuit. Avec Goran son ami d’enfance, il partage défonces, embrouilles et petites combines. Dealer à l’occasion pour assouvir ses propres besoins de toxicomane, il erre dans les rues de la Goutte d’or à Paris, conscient que sa vie s’enfuit dans une direction toujours plus sombre, sans issue, qu’elle s’évapore peu à peu dans les volutes des joints qu’il partage avec Goran.

 

Qu’importe si sa vie est un cul de sac ! il en a conscience, ne se cherche pas d’excuse et assume le sort qu’il s’est choisi. « Je préfère me brûler les ailes, quitte à mourir avant trente piges, que ranger les étagères d’un supermarché jusqu’à la fin de mes jours. De toute façon, je sais que je chercherai toujours le vide. » . La mort ne lui fait pas peur. « La mort n’est ni une fin, ni un commencement, elle n’est rien, pas même un bouleversement ». Sa vie ne se résume plus qu’à la dope et son univers à son pote Goran. Seule Julia, jeune étudiante, lui apporte de temps en temps un peu de lumière lorsqu’il se retrouve dans ses bras.

 

Même avec son père les liens finiront par se distendre, comme s’il fallait finir de rompre les amarres pour définitivement partir à la dérive. Lui qui lui a donné ce prénom qu’il ne supporte pas  Un nom de prophète, donné à un type sans diplôme, qui préfère vendre de la came plutôt que de se trouver un boulot. »

 

A l’occasion d’une de leurs nombreuses virées dans un bar de la capitale, ils découvrent  qu’à l’arrière de celui-ci se trouve une salle de jeux illégale. Il ne leur faudra pas beaucoup de temps pour que germe l’idée de braquer celle-ci pour se faire de fric et voir venir.

 

Le temps de monter une équipe et de préparer l’opération, et les voilà lancer dans une expédition sans retour. Le coup réussi, viendra alors le temps de la fuite, de la planque et de l’attente. Car leur forfait ne peut rester impuni aux yeux des truands qu’ils ont spoliés et qui mettent tout en œuvre pour les retrouver.

 

Mais dans ce monde de déchéance  sans honneur, la trahison est une déesse perfide qui frappe sans prévenir. Dès lors, Abraham et Goran vont franchir une étape sans retour. « En refusant de fuir, j’ai conscience de faire du meurtre un acte fondateur ».

 

Jérémie GUEZ est véritablement un alchimiste des mots. Il décrit avec une maîtrise déconcertante la déchéance d’un homme qui se consume de l’intérieur,  «  j’ai entrepris de me détruire, je sais que tout à bousculé, que je ne ferai pas machine arrière. Je suis une personne, parmi des millions, qui se laisse dévorer par les flammes de son enfer..

 

Un homme qui se noie dans son propre destin qui le submerge, mais qui  se débat encore  avec la force du désespoir et se lance dans ce braquage, comme  pour se prouver qu’il est encore vivant, et qui n’a plus que sa propre violence pour le clamer. «  Ma conscience ne peut plus me désavouer. J’avais le choix entre la folie et la vie, entre ma raison et le mal, et j’ai fait mon choix. J’ai pris cette infâme décision, celle d’imposer partout ma violence, parce que je refusais de souffrir une seule seconde de plus."


Abraham brûle sa vie sous l’éclat de la ville de lumière, dont il n’est qu’un habitant de l’envers, lui habite Paname quand les autres visitent Paris. Et son Paname n’est pas celui des beaux quartiers. « A chaque fois que je croise des touristes, j’ai envie de leur cracher à la gueule. Croire que Paris c’est ca, des monuments propres et des petites rues commerçantes, pour les étudiants et les rupins. J’aimerai leur dire de venir chez moi voir ce qu’est Paris, qu’ils puissent regarder le taureau dans les yeux, sentir un peu son souffle, ne serait ce qu’une seconde, jusqu’à être pris de vertiges. Mais au fond ils s’en foutent. Ils veulent être rassurés. Tous ces connards veulent du propret, du confort, des paysages de carte postale. Ils veulent tuer ma ville. »

 

Un monde qu’il rejette mais dont il se sert pour survivre. Un monde à l’envers qui lui voue admiration alors qu’il crève de ne pouvoir vivre.  «  Tous ces connards qui culpabilisent d’être fils à papa et qui se rêvent une vie aventureuse, veulent être comme moi. Je les fascine parce que je suis capable de casser le nez de quelqu’un qui me regarde mal. Ils ne savent pas qu’au fond je les envie car non seulement  ils sont friqués aux as, mais en plus ils sont cultivés. »

 

Guez N B sCe roman  n’est pas sans me rappeler un vieux film espagnol de Carlos Saura «  De prisa, de prisa »   (sorti en France sous le titre «  Vivre vite »). Histoire de jeunes qui brûlent leur vie dans une course vertigineuse vers le chaos et l’autodestruction.

 

C’est avec fougue, et dans un style incisif que Jérémie GUEZ a écrit ce premier roman, sans jamais tomber dans l’empathie ou le misérabilisme pour ses personnages. On devine  que celui-ci est resté longtemps en gestation et qu’il a été poli patiemment pour donner ce roman abouti.

 

En tout cas c’est pour moi une totale réussite, un premier roman accompli, riche de promesses pour ce jeune auteur d'à peine 23 ans qui a véritablement une plume,  un style, un ton bien à lui, et  qui aura réussi à m’enthousiasmer. J’attends donc avec la plus grande impatience la parution des deux prochains opus. En tout cas, voilà un auteur dont je suivrai la carrière avec le plus grand intérêt!

 

Une très belle découverte que nous offrent là les éditions LA TENGO !

 

Dernier petit détail, ce roman ne coute que 12 euros, ca serait dommage de s’en priver !

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français
4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 22:28

l'oeil du singe.Buan

 

" L'oeil du singe" Hugo BUAN éditions PASCAL GALODE

 

 

Il y a des romans qu’il convient d’ouvrir avec précaution. Non que les mots vous tombent des pages comme une pluie fine sur vos pompes toutes neuves, mais parce que vous n’êtes pas à l’abri au détour d’une page, de prendre en pleine poire un fémur de mammouth qui a eu la patience de vous attendre plusieurs milliers d’années ,avant de venir s’écraser sur votre face délicate et parfumée d’homme moderne.

 

J’aurai  donc du me méfier avant d’entamer la lecture de ce roman ! Une photo et un titre inquiétant,  une quatrième de couverture qui esquisse un scénario allumé, un inspecteur qui à l’air aussi délicat qu’un porc épique, cela aurait du m’alerter. Et si j’avais pris la peine de me renseigner un peu sur l’auteur et les œuvres qu’il a  déjà commises, j’aurai sans nul doute flairé le piège, deviné qu’avec ce type là, on ne part pas pour une ballade romantique en gondole  vénitienne sous le pont des soupirs !

 

Non, Hugo Buan n’est pas de ces auteurs qui vous bercent  et vous caressent  dans le sens du poil. Lui serait plutôt du style à  vous mettre les neurones en ébullition et à vous avaler tout cru dans son univers si particulier, un monde ubuesque où la mort côtoie souvent la dérision.

 

A croire que l’inspecteur Workan a un don particulier pour attirer à lui les fêlés du ciboulot. C’est du moins ce qu’il se dit lorsqu’il reçoit l’appel d’un individu qui s’accuse d’avoir enterré un cadavre sous la contrainte, et qui sollicite son aide pour le retrouver! Et quand l’individu en question se présente comme Maximilien Lachamps, un paléoanthropologue de renommée internationale, découvreur de la célèbre mandibule d’Homo Octavius,  notre inspecteur finira de se convaincre d’avoir déniché le l’olibrius de l’année.

 

Pourtant, est ce parce que Lachamps a contacté le policier sur les conseils d’un ami commun appelé La Gélule, pharmacien de son état et piètre équipier de rugby de notre inspecteur, que ce dernier décide malgré tout de s’intéresser à cet hurluberlu de scientifique ?

 

Toujours est-il que c’est encadré du policer et d’un de ses hommes, que le paléoanthropologue se retrouve dans les bois, pelle et pioche sur l'épaule , à la recherche d’un cadavre qui restera au final introuvable. Car il est visiblement plus facile de chasser les hordes de champignons sauvages dans les sous bois que remonter à la surface un cadavre récalcitrant, et à part un fantôme et un peu de terre retournée, rien ne viendra étayer la thèse du scientifique.

 

Peine perdue donc. D’autant  qu’il s’avère que le paléoanthropologue vient tout juste de se remettre d’une chute de vélo qui l’a envoyé valdinguer tête la première vers le plancher des vaches ! De quoi altérer quelque peu la mémoire bien ordonnée de notre chercheur d’os.

 

hugo buanLa découverte quelques temps plus tard  d’un cadavre non identifié, introduit clandestinement dans la morgue de l’institut médico légal viendra cependant jeter le trouble. Un paléo qui cherche désespérément un cadavre, et un mort qui trouve refuge à la morgue sans rien demander à personne… L’intuition de Workan lui souffle que les deux affaires sont sans doute liées.

 

Au fil des pages, dans un rythme débridé, nous suivons les tribulations de cet inspecteur atypique, un brin macho, assurément grincheux, mais terriblement humain. Un inspecteur qui fait des rêves étranges, comme celui de se voir courir un 110m à poil un jour de débarquement de Normandie devant les lignes allemandes et américaines, avant de s’exploser les roubignoles sur une mine anti personnelle.

 

Non sans humour donc, nous le voyons se dépatouiller dans une affaire qui prend des allures ubuesques à mesure qu’il essaye d’en dénouer les fils. Un œil de singe Bonobo retrouvé dans le cadavre de la morgue, un paléoanthropologue qui continue de clamer qu’on l’a contraint à enterrer un cadavre et qui finit déterrer une carcasse de porc, une histoire de fémur de mamouth, le tout dans un contexte de congrès international de paléoanthropologie qui réunit les plus grandes sommités en la matière. De quoi mettre à rude épreuve les nerfs et la perspicacité de notre inspecteur !

 

Nul doute  qu’Hugo Buan a pris beaucoup de plaisir à écrire ce roman. Son sens de l’humour et de la répartie est un véritable régale de lecture. En la matière certains passages tirent au lecteur au pire un sourire, au mieux un éclat de rire.

 

«  Leila était elle crédible ? …une arabe au pays du biniou et de la galette saucisse ca ne le faisait pas. Pas n’importe qu’elle arabe, une Berbère : la chieuse de l’Atlas. Une nana mignonne comme tout, qui ne baisait jamais ; ca foutait le désarroi dans les slips kangourous. »


«  le jean 501 de la keufette beurette épousait ses fesses comme une paire de madeleines dans leur moule ».

 

« Son équipe avait le cerveau dans un état de perplexité aussi avancé qu’un doigt de proctologue dans le cul d’un mammouth. Le vide abyssal. »

 

C’est la première fois que je pénétrais dans l’univers si particulier d’Hugo BUAN, et que je croisais la route de son inspecteur hors du commun Workan . J’avoue que je remonterai bien volontiers la chronologie de cet auteur pour découvrir ses premiers romans. Surtout s’ils sont aussi bourrés d’humour que «  L’œil du singe » !


Belle découverte donc !

 

le blog d' Hugo BUAN link

 

 

 


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Published by Eskalion - dans Auteurs Français
23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 12:05

« Je voudrais que vous enquêtiez sur moi. Je suis flic, un bon flic, sorti major de ma promotion, aujourd’hui commissaire de police. Je suis en instance de divorce, en analyse depuis trois ans et j’ai peur d’être un tueur en série »


l-homme-qui-aimait-les-tueurs.jpg

Quand il s’allonge la première fois sur le divan de sa psychothérapeute, Sylvain Macarie  est un homme détruit, ses convictions professionnelles les plus solides ont implosé, sa carrière qui devait être brillante s’est fracassée sur les écueils  d’une affaire particulièrement tragique, celle du meurtre d’une petite fille qu’il n’en fini pas de se reprocher. Alors il s’enfonce.  Et le gouffre est profond.


Lui qui avait été promis à un avenir remarquable dans la police,  qui avait été envoyé  aux états Unis suivre les cours de Sheldon le spécialiste américain des sérials killers, qui avait au grand dam d’autres flics réussi à conquérir le cœur d’Alice, dont le divorce vient marquer l’échec de cette idylle, ce flic autrefois  admiré et respecté par ses paires, voit aujourd’hui  ses collègues lui tourner le dos. Certains, à l’image de l’inspecteur Nérac, lui vouent même une antipathie farouche. Son échec, sa faute a éclaboussé l’ensemble de l’unité à laquelle il appartient, comme une tâche indélébile d’infamie.


Alors Sylvain Macarie  s’occupe et s’abrutit à lire et relire des dossiers d’affaires non résolues, à la recherche d’un indice, d’un modus operandi qui pourrait le mettre sur la piste de l’assassin, car il en est sûr, celui-ci n’en est pas à son premier crime.

 

S’appuyant sur les cours de Sheldon  il piste, cherche une constante, une signature. Mais même ce travail qui l’occupe et l’éloigne du terrain , commence à agacer. Ses chefs ne savent plus quoi faire de lui, et conviennent de se refiler à tour de rôle  cette « patate chaude » qui ne veut pas refroidir. Sylvain Macarie est devenu un looser, et les loosers n’ont pas leur place dans la police, sauf enfermé dans un placard.


Alors Macarie consulte sa thérapeute, s’allonge et raconte, essaye de comprendre. Ses recherches ne mènent à rien, il tourne en rond et le doute grandit. Le meurtre de cette petite fille vient télescoper son histoire personnelle, celle qui le lie à sa sœur jumelle, aujourd’hui internée dans un institut spécialisé. Cette sœur qu’un jour il a voulu étrangler de ses propres mains. La petite fille assassinée, une jumelle elle aussi, avait le même âge que sa sœur à l’époque où il avait voulu commettre l’irréparable. Et si c’était lui le tueur ?


A mesure où il commence à remonter à la surface, l’étau se resserre autour de lui. Un amant de son ex-épouse est sauvagement assassiné en province. Or à ce moment là, Macarie était lui-même dans le secteur.


Le tueur est implacable. « Il se plut à imaginer l’histoire de la joggeuse qui venait à sa rencontre. Une femme, une mère de famille ?  Peut être un petit garçon qui l’attendait ? Un compagnon ? …/… Il allait dénouer des liens. Tous les liens attachés à cette femme qui courrait sur une pente de Corrèze…Lorsqu’il appuya sur la détente, la balle fila à trois cent quatre vingt quatre mètres par seconde vers le front de la promeneuse. Il n’y eut pas de bruit. Le silencieux étouffa la détonation et la balle se faufila sans un bruit. »


Un dé pour décider, pour tracer le chemin. Un autre pour fixer le lieu, le moment  et la cible. Un homme ? Une femme ? Un couple ? Un enfant ? «  Confier sa sécurité au hasard. Ne rien faire de systématique, ou plutôt systématiquement s’en remettre au hasard. »


Un tueur imprévisible donc, insaisissable, à la stratégie redoutable. « je procède de la même manière, je n’ai pas de mode opératoire. Je puise dans l’histoire des criminels. Je fais comme eux, à la manière de. Je ne suis pas un criminel, j’en suis plusieurs. Je suis multiple. Personne ne peut savoir qui je suis. Je suis l’égal de dieu ou du diable. Je suis le pendant de Sheldon.Je deviens une sorte d’ange exterminateur…/…Je vais utiliser les modes opératoires des tueurs en série américains. Je vais me cacher derrière eux. Je vais imiter leur façon de faire, leur signature. Je serai le plus grand faussaire du crime. Je vais inonder le monde de mes œuvres. Je ne serai pas un criminel, je les serai tous. Les policiers en chercheront plusieurs. Je serai un. Je serai l’unique, le seul. »


bernard-boudeau1.jpg«  L’homme qui aimait les tueurs » est le second polar écrit par Bernard Boudeau publié aux éditions  In Octavo, après « Méfie toi d’Assia » sorti lui en 2009, roman qui avait su attirer les regards de la critique.


A partir d’un thème éculé dans le monde du polar, celui du serial killer, Bernard Boudeau arrive malgré tout à tisser une histoire originale, dans un style fluide et rythmé, soignant tout particulièrement la psychologie de ses personnages, en particulier de Sylvain Macarie dont nous suivons lentement l’introspection et son cheminement vers la vérité.

 

On glisse facilement au fil des pages, sans jamais se perdre dans le jeu toujours compliqué pour un auteur, de l'alternance entre les personnages et les faits qui se déroulent à des moments différents.


Regrettons toutefois une fin un peu trop abrupte, quelque peu expédiée à mon goût. Mais cela reste un roman de bonne facture, bien écrit, mais sans aller toutefois jusqu'à dire que ce roman « installe ( son auteur) parmi les grands du roman noir » comme le déclare la 4ème de couverture !


Si c’est bien tout le mal que je souhaite un jour à Bernard Boudeau, Il conviendra aux lecteurs d’en décider à la lecture de ses futurs romans.

 

Cette critique est réalisée dans le cadre de l’opération « Masse critique » organisée par Babélio que je remercie au passage, ainsi que les éditions In Octavo.

 

LIEN VERS LE BLOG DE L'AUTEUR link

 

 

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français
16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 15:41

 

Petit clin d'oeil à un copain blogueur  avant la présentation de ce nouveau billet de lecture  Je profite en effet de la mise en ligne de celui-ci pour souhaiter un très bon anniversaire au Blog Action-Suspens qui fête aujourd'hui ses 3 ans d'existence sous la houlette de Claude LE NOCHER. Un blog incontournable pour tout passionné de polar et de roman noir qui se respecte et que je vous invite à visiter ( link ) si vous ne le connaissez pas encore, ce qui m'etonnerait fortement!

 

 

couv crustaces et

 

" Crucifix et crustacés" d'Hervé MESTRON


Editions du " PAPIER LIBRE"

 

 

A côté de la multitude d’ouvrages édités par les plus grands éditeurs du genre, qui publient la majorité des succès à venir  et qui garnissent  les étales de nos libraires, il arrive parfois que notre regard accroche au milieu d’eux, un roman d’une petite maison d’éditions, qui nous invite à prendre un sentier différent. Un sentier qui, pour peu que l’on accepte de s’y engager, nous entraîne,  nous surprend, et nous délivre avec force et maîtrise , un agréable moment de lecture.

 

« Crucifix et crustacés » d’Henri MESTRON est de ceux là. Publié aux éditions du « Papier Libre » (dont les couvertures ne sont pas  sans me rappeler celles des romans policiers ou d’espionnage que lisait mon père autrefois), c’est un roman que j’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à lire.

 

Un roman qui tout d’abord remet en cause une des théories  mathématiques  les plus élémentaires : Deux histoires parallèles  finissent toujours par se rejoindre et s’entrecouper en un point commun qui peut être particulièrement explosif. Et ce, même si les données du problème semblent  tellement éloignés les uns des autres.

 

 En effet que peuvent bien avoir en commun, un ancien toxicomane, sauvé de la drogue par un prêtre qui l’a pris sous son aile et qui se retrouve à jouer les curés dans une ville perdue de province à la demande de son bienfaiteur parce que le précédent est mort dans des circonstances suspectes, et un auteur de romans qui voit ,lui, sa dernière œuvre digérée par les sucs de l’imagination stérile d’un producteur de cinéma, qui finit par recracher celle-ci comme un vulgaire noyau, après l’avoir complètement dépiécée ?

 

Quel rôle joue cette naine, ancienne artiste de cirque, ce maire propriétaire d’une petite société d’engins agricoles, et cette famille Affatigati spécialisée dans les objets de cultes dont le marketing effréné et l’imagination commerciale sans borne en font une entreprise extrêmement florissante, et qui donne à croire qu’elle a été touchée par la grâce du dieu Business? Et ce flic, que fait il là à tourner autour de certains personnages ? Enquête-t-il vraiment, où est-il à la recherche de quelque chose  de plus personnel?

 

Pourtant, tous ces personnages, ces électrons libres, aussi différents et éloignés les uns des autres, emportés par la force de leur propre histoire, vont progressivement être pris dans un tourbillon qui va télescoper les destins dans un maelström dévastateur .Celui ci fera voler en éclat les apparences, libérera les secrets, tombera les masques et réveillera les morts.

 

Dans ce théâtre humain, où se joue cette comédie tragico-comique, personne n’en sortira indemne. Les lâchetés ordinaires, les bassesses et les compromissions éclabousseront cette société provinciale aux contours si lisses, si propres, et ébranleront cet équilibre si fragile sur lequel les hommes construisent leurs relations à leurs congénères.

Ce roman est imprégné d’un humour noir délicieux :

 

 «  Affatigati S.A.R.L, la foi au quotidien, bonjour !

 - Sa Sainteté aurait besoin de dix rouleaux de papier  hygiénique, à son effigie 

    naturellement ….en urgence s’il vous plaît

 - je peux vous envoyer ca en UPS.

 - Vous êtes un anges ! »

 

…/…


«  La soutane avait atterri dans le feu. Une odeur de curé brûlé s’éleva dans les airs. »


Celui-ci nous offre même de vrais moments jubilatoires comme lorsque cette pauvre secrétaire  de la société Affatigati  perdra son emploi, malgré sa rigueur et sa conscience professionnelle, à trop écouter une voix au téléphone qui use de sa naïveté pour lui faire faire des choses pas très catholiques.

 

Mais c‘est un humour qui ne cache pas pour autant le trait désenchanté de l’auteur quand il dessine le contour de ses personnages qui n’attendent quasiment plus rien de la vie.

 

C’est avec adresse, et non sans une certaine tendresse qu’Hervé MESTRON joue au marionnettiste avec ses personnages. Tantôt pathétiques, parfois drôles à leurs propres dépends, souvent émouvants, ce sont autant d’êtres humains abîmés, condamnés à sombrer  inexorablement vers un chaos personnel  que ne feront que précipiter des évènements anodins.

Hervé Mestron

Hervé MESTRON a déjà publié une trentaine d’ouvrages, tant dans le domaine jeunesse, que dans le polar, la comédie ou le roman musicologique. Il est  scénariste, travaille également dans la fiction radiophonique, et est lauréat du Conservatoire National Supérieur de musique du Lyon. Un auteur aux multiples facettes qui viennent nourrir l’imagination de cet écrivain.

 

Une agréable surprise donc  que ce roman édité en format poche aux éditions du Papier Libre. Vous trouverez en bas de page les liens vers les blogs des copains qui ont aussi réalisé un billet sur ce roman, et que je vous invite bien sûr à lire, en complément de cet article.

 

Pour ma part, je ne saurai terminer ce billet sans souligner, preuve à l’appui avec ce roman d’Hervé MESTRON, que le lecteur aurait tort de ne pas s’intéresser aux publications de ces petits éditeurs, qui, à l’ombre des poids lourds de l’édition, défrichent le genre à la recherche de nouveaux talents . Des éditeurs qui n’hésitent pas à donner leur chance à des auteurs au ton et à l’imagination débridés. Et c’est là la richesse de l’édition française ! il n’y a pas de grands fleuves sans de petits ruisseaux.

 

le billet de Pierre Faverole link

le billet de l'oncle Paul  link

le billet de Mika link

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Published by Eskalion - dans Auteurs Français
20 décembre 2010 1 20 /12 /décembre /2010 09:48

sur les pas de maigret

"Sur les pas de Maigret" de Gyula ZARAND et Sylvestre CLANCIER

Editions du Polar

 

C’est  à une invitation au voyage que je vous convie cette semaine ! Un voyage qui va nous conduire sur les pas du plus célèbre enquêteur de la littérature policière française. Un parcours à la suite de cette grande silhouette fumant sa pipe, son chapeau vissé sur la tête et arpentant les rues de la capitale, à la recherche de son coupable.

 

 

gabin

 

Je veux parler bien sûr du commissaire Jules MAIGRET .

 

C’est sous les traits d’un personnage imaginaire, admirateur du grand policier, que prend forme notre guide sous la plume de Sylvestre CLANCIER, tandis que les photos magistrales de Gyula ZARAND, nous restituent  ce Paris aujourd’hui pour partie effacé, auquel Maigret était tellement attaché. Un Paris qui était à lui seul un personnage à part entière de la plupart des romans de G. SIMENON.

 

Il suffira de tourner les premières pages pour que progressivement le lecteur s’imprègne de cet univers si particulier qui fut celui de notre inspecteur national. Juste quelques mots, et le regard qui caresse les premières photos pour se laisser envahir par une certaine nostalgie, celle de cette époque où les gens se parlaient encore appuyés sur les zincs et refaisaient le monde, où les klaxons n’avaient pas encore supplanté la musique des interprètes de rue, et où les publicités n’avaient pas encore remplacé les artistes peintres.

 

La ballade nous mène  à travers de petites rues sinueuses, de parcs et de jardins. De l’Ile de la Cité, à Montmartre où raisonnent encore des éclats d’accordéon, de la Place des Vosges au Quartier Saint Michel où bruissent les murmures des terrasses de café. Pour un peu, on prendrait le temps de s’arrêter un instant, de s’assoir sur les marches d’un de ces grands escaliers typiquement parisiens, éclairé à la lueur d’un lampadaire, pour humer l’air, et peut être qui sait, deviner l’odeur de la pipe de notre policier.

 

Cremer-Maigret.jpg

 

On reprend  son pas.  On se laisse conduire dans ces petites rues, et   les souvenirs de lecture font lentement surface. « Maigret tend un piège »,  « l’amoureux de madame Maigret », « la folle de Maigret », autant de romans qui font soudain résonance dans l’esprit du promeneur.

 

Puis  on se rapproche du Canal Saint Martin, dans la brume nocturne, où l’on devine ces petits ponts métalliques qui l’enjambent. Peut être le lecteur verra t’il alors le fantôme de la péniche  des «  Deux frères » descendre nonchalamment au fil de l’eau . Il se rappellera alors toute l’ingéniosité et la perspicacité que Maigret pouvait mettre en œuvre pour élucider les crimes et confondre les coupables, comme dans « Maigret et le corps sans tête ».

 

Car si belle est la ville, si odieux sont les crimes qui peuvent s’y commettre.

 

 Paris c’est aussi celui  de l’ombre et des malfrats, des voyous et des petites frappes qui peuplent les arrières salles des bistrots et les rues où œuvrent les filles publiques. Un Paris canaille également où la bourgeoisie aime à se débaucher. Un milieu que Maigret aimait bien côtoyer pour y glaner des indices et autres informations.

 

Les pages se tournant, le lecteur prend progressivement conscience que dans ces petites rues mal éclairées, en pentes ou  tortueuses,  sous ces portes cochères, sur les étals des marchands ambulants et derrière les devantures des petits magasins, dans la voix des crieurs de journaux et le long des quais de Seine, se love l’âme de la ville, de ce vieux Paris populaire si cher à Simenon.

 

Un monde de petites gens qui avaient encore leur place dans cette capitale , avant d’en être chassés par la modernité et le temps qui s’emballe. Alors rencontrons les une dernières fois ces petits métiers pour certains disparus aujourd’hui. Des bouquinistes  aux livreurs de charbon, de ces maraîchers ambulants tirant leur carriole, aux bouchers et petits horlogers du coin, sans oublier les cartomanciennes.

gauteur8.jpg

 

Maigret  aimait ces gens simples. Il était finalement fait du même bois. Peut être  le lecteur comprendra t-il alors pourquoi cet inspecteur si peu souriant, est devenu aussi populaire en France, pour rentrer dans l’imaginaire collectif et connaître le succès tant littéraire que cinématographique et audiovisuel qu’on lui connait.Maigret est un homme de ce petit peuple parisien.

 

Peut être alors la ballade achevée , en refermant l'ouvrage , reprendrez vous ce vieil exemplaire qui trône sur votre étagère, et vous replongerez vous à la suite de Maigret, pour vous délecter d’une de ses aventures !

 

Et si, à quelques jours de noël, vous vous désespérez de trouver  un cadeau qui comblera de joie un passionné de polar et roman noir de votre entourage , alors ce livre «  Sur les pas de…Maigret » de Gyula ZARAND et Sylvestre CLANCIER  est le choix salvateur qui offrira à son futur destinaitaire un grand moment d'évasion!

 


 

ps1: les photos de Maigret qui jalonnent cet article ne sont pas issues de l'ouvrage dont il est question.

 

ps2: Je profite de ce nouvel article pour souhaiter à tous mes visiteurs et amis, un  joyeux Noël !!

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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 16:07

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" A minuit, les chiens cessent d'aboyer"  de Michaël MOSLONKA

Editions du Rifle, collection Rifle noir.

 

 

Auchel, en Artois, dans le Nord pas de Calais. Une ville, une région, peu enclines à défrayer la chronique et à rivaliser avec les frasques criminelles et judiciaires de la capitale. Pourtant, c’est dans cette petite commune qu’un meurtre est perpétré sur un parking  au  vu et au su des clients d’un Mac Donald. Un cadavre qui fait tâche dans le décor propret du temple de l’art culinaire américain !

 

Et ce cadavre allongé sur le dos, les bras en croix, le torse gravé d’une croix gammée et des lettres F.D.L., ne sent pas bon du tout. L’inspecteur David BLACKE dépêché sur place  flaire tout de suite le sac d’embrouilles. En effet la victime s’avère  rapidement moins sympathique qu’il n’y paraît, puisque celle-ci semble être à l’origine de la création d’un groupuscule raciste,  émanation française  d’une organisation installée outre-manche.

 

Flanqué d’une coéquipière qu’il ne ménage pas de ses remarques acerbes et qu’il aurait préféré voir rester au bureau plutôt que de l’avoir dans ses pattes, Blacke va entamer une enquête pour laquelle il ne manifeste pas  au début une grande détermination. Il n’a que peu de considération pour ses congénères en général, et  pour des abrutis racistes en particulier, du genre de ce Dylan Druelles , la victime.

 

 Il faudra toute la détermination de sa coéquipière Amélie Laribi ,pour ramener Blacke sur l’enquête, et un second assassinat pour relancer l’affaire. Car la seconde victime, si elle était inconnue des services de police, s’avère avoir été particulièrement active  dans la diffusion d’une propagande xénophobe sur la Toile. Visiblement quelqu’un a décidé de faire rendre gorge à ce genre d’individus sur Auchelle.

 

De fausses pistes en suspect introuvable, Blacke se démène dans l’univers  du racisme ordinaire, qui glisse parfois ses racines  jusque sur les comptoirs de café, comme celui du « Joker » , dont le patron et certains consommateurs commencent à intéresser un journaliste d’abord, et notre policier ensuite. D’un simple fait divers, l’affaire va progressivement prendre de l’ampleur jusqu’au bouquet final particulièrement explosif.

 

Mickaël Moslonka, nous campe avec  le flic David BLACKE, un ours mal léché, misogyne, qui ne respecte pas les codes, qui fait fi de l’autorité et des convenances. Car c’est un homme blasé, qui ne supporte ni l’imbécilité, ni la médiocrité des gens qui l’entourent et de cette société qu’il voit remplie de moutons écervelés. Il ne rentrera jamais dans la petite case dans laquelle on souhaiterait le faire rentrer. Seul son plafond, quand il est allongé sur son lit, lui sert de réceptacle à ses questionnements et ses pensées. Celui-ci a l’avantage de ne pas lui répondre.

 

Et pour couronner le tout il y a ses chiens qui ne cessent d’aboyer  et qui quotidiennement le tourmentent.

 

A priori ce David BLACKE est donc un personnage auquel on a du mal à s’attacher, à  trouver sympathique , tant il peut être bourru et cynique ( A priori , car sa collègue saura deviner malgré tout, que chez ce flic, bat encore un coeur qui ne s'est pas totalement transformé en pierre). Pour autant c’est sans doute ce qui en fait sa force et sa singularité, car lorsqu’il projette son fiel à la figure d’un supérieur ou qu’il dénonce les travers de ses contemporains, le passage peut s’avérer particulièrement  croustillant pour le lecteur.

 

Dommage cependant ( et c’est là que réside ma principale réserve concernant ce roman) que ces traits de caractère du personnage  soient un peu  trop forcés à mon goût. Tout est quasiment prétexte à Blacke pour délivrer une phrase acerbe ou une opinion, une pensée au vitriol. Et la fréquence trop rapprochée  de ce genre de réflexions incisives  en diminue, je pense, leur effet  percutant. Dommage donc, car l’auteur n’a pas son pareil pour décocher des coups de plumes tranchants au détour de ses phrases.

 

Mickaël Moslonka est un écrivain touche à tout. S’il publie là son premier polar, il a déjà  écrit plusieurs ouvrages, notamment dans le domaine de la littérature sentimentale ou de la jeunesse ( lien du blog de l'auteur link).Il est aussi poéte et novelliste, et s’investie dans le domaine associatif.  Pour avoir pu échanger un peu avec lui, c’est aussi quelqu’un  de fort intéressant , sympathique, et que je devine très attachant, ce qui ne gâche rien !

 

Enfin, je ne voudrai pas terminer ce billet en précisant que le roman de Mickaël Molonska est publié aux Editions du Rifles , dans la collection «  Rifle noir », une toute jeune maison d’édition qui en matière de polar à pour ligne éditoriale de publier des romans qui s’inscrivent dans le paysage régional.

 

Blog des éditions du Rifle : link



 

 

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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 18:38

franco est mort

 

" Franco est mort jeudi " Maurice GOUIRAN"

Editions JIGAL

 

Sans doute parce qu’à l’origine j’ai une formation d’historien, que mon grand père que je n’ai jamais connu était espagnol ; sans doute aussi parce que j’habite une région du sud de la France proche de la frontière avec la péninsule ibérique, témoin aveugle d’une tragédie humaine qui s’est jouée sur son sol, ce roman a vraiment eu une résonnance toute particulière dans mon esprit de lecteur

.

Avec une écriture parfaitement maîtrisée, Maurice GOUIRAN nous replonge dans les pages sombres de l’histoire espagnole. Mais il en est une d'entre elles, qui est aussi un peu la notre, précurseur des lâchetés à venir  face à la montée grandissante des totalitarismes européens, qui sur ce vieux continent des années trente, commençaient à tisser leur toile.

 

Marseille, années 2000. Manu sort de prison. Avec ses cauchemars, ses angoisses et sans boulot. Une femme qui l’a quitté à laquelle il pense toujours, un gosse, Patrice qu’il ne voit que rarement, qui ère dans les rues de Marseille et vit de combines et autres petits trafics. Un père enfin, aigri et moribond qui s’accroche à ses souvenirs comme à son verre d’alcool et avec qui le dialogue n’a jamais été possible.

 

 A cinquante balais passés, la vie de Manu se résume à un grand courant d’air.

 

Alors quelle attention peut- il bien porter à cette lettre qui lui arrive d’Espagne, envoyée par une cousine Paola dont il n’a jamais entendue parler ?

 

 Pourtant, ce courrier va le transporter bien des décennies en arrière, à une époque où sa famille s'est déchirée entre le camp franquiste et républicain. Car c’est de la guerre civile espagnole dont lui parle sa cousine. De sa propre mère Elisa, aujourd’hui disparue,  venue se refugier en France devant l’avancée des troupes franquistes qui devaient finir par porter au pouvoir la dictature. Une mère dont finalement il ne connait rien de son passé. Tout comme celui de son grand père dont il est aussi question : Ramon Espola.

 

Or aujourd’hui,  35 ans après la mort de Franco, l’Espagne commence enfin à déterrer son passé. A commencer par les charniers, dont celui de Carranza. Et d’après sa cousine espagnole, c’est sans doute  dans celui-ci que Ramon Espola est enterré. Avec l’aide de Clovis Narigou, un ancien journaliste, Manu va se découvrir alors un grand-père, figure héroïque de la résistance républicaine, chef militaire vénéré par ses hommes.

 

Mais au moment où il commence à s’intéresser à sa propre histoire, son fils Patrice s’enfonce dans les ennuis en s’attirant les foudres d’un petit caïd des cités qu’il a voulu doubler, et à qui il doit une forte somme d’argent. La situation dégénère au point que le père et la mère, que les soucis du fils vont rapprocher, échapperont de peu à la mort. Patrice doit être mis à l’abri, et l’Espagne devient logiquement la destination idéale.

 

Le temps que ses parents se remettent à l’hôpital  de leurs blessures respectives, c’est donc accompagné de Clovis, l’ancien journaliste, que Patrice prendra le chemin de cette Espagne dans laquelle plongent les racines de ses aïeuls. L’occasion de retrouver Paola et de démêler les fils de cette histoire familiale qui va passablement se compliquer.

 

Ce roman dépasse la simple intrigue policière qu’il porte. Il est aussi un formidable rappel de mémoire sur une page  méconnue (en particulier de nous français), de cette tragédie qui est venue s’échouer sur les plages d’Argelès.

 

 Un hommage aussi. A tous ces hommes, femmes et enfants qui ont vu mourir la République en Espagne et qui l’ont portée dans leur cœur jusque dans les camps français, dans lesquels ils seront parqués par la Patrie des Droits de l’Homme.

 

 Car pendant que la France s’enivrait de la joie des premiers congés payés,  dans l’insouciance générale, se jouait le drame de la démocratie espagnole mise à mort, signe annonciateur de bien des désastres à venir. S’en suivra  la « Rétirada »de ses derniers défenseurs, ce long cortège de réfugiés venus se masser à la frontière, pour trouver auprès de la France le réconfort qu’ils n‘auront pas, avec pour seul bagage la fierté de leur idéal assassiné.

 

« C’était comment l’arrivée en France ?

Pas beau, pas beau du tout… Tu sais, nous avions combattu comme des lions pendant deux ans et demi et nous arrivions avec des femmes, des enfants, des vieillards. Un peuple en guenilles, une armée de vaincus, une horde de malade, de blessés, d’égarés, de désespérés. Nous pensions qu’une France bienveillante, cordiale, généreuse, fraternelle nous accueillerait au bout de l’interminable route… Ce fut un désenchantement cruel. En arrivant à la frontière, face à l’arrogance et au mépris  des militaires et des gendarmes français, j’ai réagi en leur recommandant de ne pas trop faire les mariolles parce que bientôt, ce serait leur tour (…)Je n’avais pas tort : un an et demi plus tard, ce fut en effet leur tour ! » 

 

Je me méfie habituellement des romans qui s’inscrivent dans l’Histoire. Trop souvent je tombe sur des approximations ou des anachronismes qui n’ont qu’un seul effet sur moi, celui de me faire refermer le livre et passer à autre chose. Ici le travail de recherche de l’auteur  est impressionnant (il n’y a qu’à voir la bibliographie documentaire à la fin du roman) et les passionnés d’histoire y apprendront sans doute beaucoup de choses.

 

Maurice GOUIRAN inscrit  donc magistralement son intrigue dans ce passé  douloureux sans perdre de vue ses personnages et leur histoire personnelle. Dans un style sobre, il retranscrit parfaitement l’ « Arenitis » de ces vieux survivants, ce mal languissant dont on ne guéri pas,  cette « psychose née du sable, du vent, des barbelés et de l’absence de la moindre espérance. »


L’écrivain a beaucoup de tendresse pour ses personnages, ceux d’hier, mais aussi  ceux d’aujourd’hui, ces Manu, Agnès et les autres, ballotés par la vie et qui mènent un autre combat, celui de rester debout.


C’est un roman à la fois poignant, mais aussi plein de soleil. Un livre qu’on lâche à la dernière page avec le regret de l’avoir déjà achevé. On aurait aimé rester avec ces personnages cabossés si attachants.


Maurice GOUIRAN est un écrivain de l’humain. C’était ma première rencontre avec lui, et ce fut un enchantement. Un coup de coeur . Je n’ai qu’une envie, découvrir ses romans antérieurs.


 

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7 novembre 2010 7 07 /11 /novembre /2010 09:55

 

bard la frontiere.thumbnail

 

   "La frontière" Patrick BARD

 

Quand le journaliste Toni ZAMBUDIO arrive d’Espagne et débarque au Mexique, ce n’est pas pour visiter les hauts lieux touristiques de ce pays au passé légendaire.

 

C’est envoyé par son journal pour enquêter pendant quelques jours sur des assassinats de jeunes ouvrières  retrouvées suppliciées et atrocement mutilées près de Ciudad Juarez , à la frontière avec les Etats-Unis, que celui-ci se retrouve à fouler le tarmac de l’aéroport de cette ville mexicaine. Mais ce voyage marque aussi pour le journaliste le retour sur une terre natale qu’il n’a pas foulée depuis une trentaine d’années.

 

Les premiers contacts sont pris. Avec le chef de la police de Ciudad Juarez d’abord,  avec des ouvrières des maquiladoras ensuite.

 

Maquiladoras … ces entreprises étrangères venues s’installer à la frontière pour profiter d’une main d’œuvre docile et très bon marché et où s’épuisent pour quelques dollars des cohortes de jeunes femmes se tuant à la tâche pour contribuer à l’essor de la société de consommation occidentale.

 

Le cas de ces jeunes femmes assassinées fait résonnance avec le passé du journaliste, qui a vu mourir sa mère sous ses yeux alors qu’il était enfant, et n’en avait réchappé lui-même que parce qu’il n’y avait plus de balle dans le barillet de l’arme que l’assassin de sa mère avait ensuite braqué sur lui.

 

Alors il enquête. Méthodiquement. Cherche à comprendre. A trouver une logique à tous ces meurtres qui s’accumulent. S’agit-il de l’œuvre d’un ou plusieurs serials killers ? de cérémonies sataniques ? Des narcotrafiquants qui règnent sur la région ?

 

Les pistes sont insaisissables et glissent entre les doigts du journaliste comme le sable du désert de Sonora.

Pourtant ses articles finissent par déranger. L’enquête se transforme   en descente aux enfers pour Toni Zambudio. Elle  devient  alors une quête effrénée de la vérité, une affaire qu’il va faire sienne et pour laquelle le journaliste va progressivement tout sacrifier.

 

A travers les méandres de cette histoire toujours plus scabreuse, il finira par se défaire de tout ce qui avait fait de lui un européen : son travail de journaliste, la famille qu’il a laissée derrière lui, là bas, en Espagne. Dans une démarche quasi d’autodestruction. Il se lancera  dans une fuite en avant, voulant saisir à tout prix cette vérité qui lui échappe. Il embrassera la fatalité de cette terre maudite, où même le diable refuse de vivre et  le prix à payer sera à la hauteur de sa découverte finale.

 

Car à force de soulever les pierres pour voir ce qui s’y trouve caché, Toni va finir par mettre en branle un cataclysme qui emportera tout sur son passage. Dans un pays où tout peut arriver sauf la justice son destin se fondra dans celui plus sombre encore de cette région du monde devenue l’arrière cour de l’économie américaine, où la vie de jeunes mexicaines ne vaut même pas le salaire misérable qu’elle touchent.

 

 Patrick Bard nous livre un roman brut,  et nous dresse un portait désespérant d’un pays qui  vit quotidiennement la malédiction d’être le voisin de la première puissance économique  mondiale. Un pays vampirisé de sa jeunesse et de ses forces vives, sacrifié sur l’autel du libre échange et où la violence n’a d’égale que la misère qu’elle côtoie.

Car si l’enquête occupe le devant de la scène, la toile de fond de cette histoire reste omni présente. Et c’est là toute la prouesse de l’auteur à nous narrer une histoire terrifiante tout en nous peignant une situation pourtant bien réelle dans le Mexique d’aujourd’hui.

 

Ce livre est effrayant de violence, mais lorsque l’on découvre les pratiques de ces grandes multinationales, cela fait encore plus froid dans le dos !

 

Aujourd’hui si les carnages provoqués par la guerre des cartels du Sonora font la une quotidienne de l’actualité, les meurtres de jeunes travailleuses mexicaines eux, n’ont pas cessé. On s’y est habitué, comme on s’habituera aux tueries des narcotrafiquants. Le Mexique vit sa malédiction, et le Sonora est devenu le tombeau du développement économique ultra libéral du Mexique. La mort a embrassée cette région, elle est devenue la compagne fidèle de la vie de la population.

 

Comme l’écrivait Carlos Fuentès, écrivain cité dans le roman, «  les Mexicains ne vont pas vers la mort, ils y retournent car ils en viennent »

 

Depuis 2000, 70 journalistes ont été assassinés au Mexique.

 

Quant à Toni ZAMBUDIO,  il y a des balles qui mettent parfois plus de trente ans avant d’atteindre leur cible.

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28 juillet 2010 3 28 /07 /juillet /2010 17:04

 

derniertestament

 

Comment parler de ce roman ? C’est bien la question que je me suis posé en achevant sa lecture tant celui-ci m’a décontenancé. Non pas que j’aurai adoré ou détesté ce livre, mais simplement parce qu’il m’aura laissé jusqu’au bout assez dubitatif.

 

C’est la première fois que je lis un roman de Philip LEROY , considéré par certains comme une des nouvelles grosses pointures du thriller français. D’ailleurs n’a-t-il pas obtenu pour ce roman le Grand Prix de littérature policière en 2005 ? C’était donc en toute confiance que je me suis lancé dans l’aventure proposée.

 

L’histoire démarre 70 ans après J.C quand  Yehoshua Ben Yossef, alias Jésus, enterre son testament. Des siècles plus tard, à Fairbanks, USA, dans un laboratoire clandestin, sont abattus  des scientifiques, dont deux prix Nobel , ainsi qu’un agent du FBI et un cobaye humain. Nathan Love, profiler du FBI est chargé de l’enquête.

 

 Bien évidemment, les deux évènements sont liés. Entre les deux, une histoire complètement rocambolesque à laquelle j’ai eu le plus grand mal à adhérer.

 

Ce livre ressemble, de loin,  à un film de Tarantino  ( dont l’auteur est un grand fan ) avec un style incisif comme une rafale de mitraillette, qui couche des morts à chaque coin de page, qui projette sur celles-ci des explosions meurtrières, et qui assène les coups violents de combats mortels à mains nues au détours des paragraphes.

 

Pourtant, ce n’est pas d’une balle perdue ou d’un coup d’arme blanche que risque de mourir le lecteur, mais d’épuisement et d’essoufflement dans cette lecture sans temps mort ( c’est bien la seule chose qui n’y laisse pas sa peau !),  hyper rythmée, où l’on ne peut jamais reprendre son souffle.

 

Rocambolesque je vous dis ! Avec un héros, Nathan Love ( ca ne s’invente pas !) qui ressemble davantage à un super héros  sorti d’un comics américain qu’à un agent du FBI. Pensez donc ! Notre personnage maîtrise quasiment tous les arts martiaux, et les principales techniques de méditation, qui permettent à celui-ci de se mettre  dans la peau du tueur, de revivre en pensée les derniers instants de certaines victimes, d’appréhender une situation mentalement pour anticiper les gestes de ses ennemis, voir de maîtriser carrément le froid quand il est abandonné en plein Alaska et se retrouve sans aucun vêtement sur lui,   pour ne s’en sortir qu’avec de légères engelures ! ( il est vivement déconseillé au lecteur de ce blog d’essayer cette expérience)  A part arrêter les balles avec les dents , je ne vois pas ce qui peut manquer à ce héros dans sa panoplie !

 

A ce stade, en principe, face à ce genre d’ouvrage celui-ci fini immanquablement au fond de ma corbeille de bureau avant que j’en termine la lecture.

 

Pourtant, cette fois ci je suis allé au bout du roman. Ce qui en soit atteste que l’auteur aura réussi à accrocher et retenir le lecteur dubitatif que j’ai été au fil des pages. Et là réside l’exploit ! car au final, face à ce héro qui ressemble à une balle en caoutchouc qui ne cesse de rebondir dans n’importe quelle direction, je me suis finalement  laissé baladé par ce scénario, si rocambolesque soit-il ,bien écrit, et bien amené. Car Le Roy a une vraie plume. C’est indéniable. A aucun moment il ne se perd dans son scénario, où les petites histoires s’emboîtent parfaitement à la grande. A ce niveau je le trouve nettement supérieur à un Dan Brown dont  le succès reste pour moi une énigme.

 

Je crois que j’ai fini par trouver ce roman sympathique à partir du moment où je ne l’ai plus pris au sérieux.Il n'est pas dit cependant que je lise la suite parue depuis, "La dernière armes" et que je me lance à essayer de resoudre avec le héro que l'on retrouvera ,la disparition des 247 femmes dont il est question!

Au final donc un roman qui moi me fait davantage penser au film « True Lies » avec Arnold Schwarzenegger , avec les morts et l’hémoglobine en plus, qui n’a pas la pointure nécessaire à mon avis pour recevoir une distinction littéraire (à croire qu’en 2005 il n’y a aucun bon polar qui soit sorti ) mais qui prouve que les français sont aussi capables d’écrire comme des américains et de réinventer à leur manière le Da Vinci code ! Quant à savoir si c’est une bonne nouvelle…

 

 

 

 

 

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