mes lectures et mes coups de cœur dans le domaine du polar.Sans aucune prétention.
BORIS CLEMENT
Editions KIROGRAPHAIRE
Bien souvent le bloggeur que je suis ,reçoit de la part de jeunes auteurs une proposition à lire et à critiquer leur premier roman. Ayant un planning de lecture déjà bien rempli, je n'accepte qu'en de rares occasions l'invitation qui m'est faite.
Mais je dois bien avouer aussi que le temps n'est pas la seule raison qui me pousse à refuser l'aventure. Car en effet bien souvent le résultat est décevant voire médiocre, et la lecture devient alors pour moi une vraie souffrance, me maudissant alors d'avoir accepté.
En même temps, il faut bien s'intéresser à ces jeunes pousses qui comptent peut être une ou deux plumes qui un jour sortiront du lot pour devenir demain, des auteurs confirmés. D'autant qu'il n'est pas évident pour ces écrivains encore méconnus de se faire remarquer lorsque l'on publie pour la première fois, le chemin menant à son lecteur étant parfois plus difficile que de coucher ses premiers mots sur une page blanche.
Heureusement donc, tout n'est pas de médiocre qualité, et il m'est déjà arrivé de publier sur ce blog des chroniques de lecture sur certains de ces premiers romans qui auront réussi à me convaincre.
Alors bien sûr, une fois écrits ces quelques mots vous vous dites que si je me fends d'une
chronique au sujet du premier livre de Boris Clément, " La canne à tête de chien" c'est que ce dernier en vaut la peine!
C'est vrai, et ce à plus d'un titre, car ce bouquin m'a véritablement séduit, et parmi les premiers romans qui m'ont plu jusqu'ici , celui ci sort véritablement du lot.
Attention, en disant cela je ne suis pas, pour reprendre une expression chère à mon libraire, en train de vous vendre le livre de l'année. Mais indubitablement nous avons là un auteur qui a les qualités nécessaires pour faire entendre sa petite voix et arriver à éveiller l'intérêt des lecteurs amateurs de littératures policières.
Ce roman ne sera pas sans vous rappeler un fait divers qui avait défrayé la chronique il y a quelques temps et qui avait tenu les médias en haleine et mis les forces de l'ordre sur les dents.
Pablo Dos Santos est un gars sans histoire. un type anodin et transparent comme on en voit tous les jours dans la rue , qui croise notre quotidien sans même accrocher une seule fois notre regard. Un de ces figurants anonymes qui peuple le film de notre existence .
Sauf que Pablo va sortir de manière fracassante de cet anonymat. Conducteur d'un fourgon de transport de fonds, celui ci va profiter que ses collègues soient à l'extérieur du véhicule pour partir avec un magot estimé à 12 millions d'euros et s'évaporer dans la nature.
Immédiatement les médias s'emparent du coup d'éclat mettant de fait la pression sur les forces de l'ordre.
A ses trousses, se lance un flic atypique, le commissaire Di Natale. Homme au passé douloureux il mène son équipe d'une poigne de fer tout en forçant le respect de ses hommes. Célibataire bourru, flic déterminé aux relations parfois douteuses, seul son boulot offre à cet homme au cuir tanné par la vie, le piment d'une existence de solitaire.
Très vite, grâce à ses relations avec le milieu, avec l'aide de Tabath Stevens qui travaille pour la société de transport de fonds , celui ci va pister le fugitif et s'approcher de lui jusqu'au moment où ce dernier décide de son propre chef de se rendre à la justice. Problème. Si on retrouve bien une partie du magot, six millions d'euros manquent à l'appel.
Arrêté, jugé, Pablo est condamné à deux ans fermes.
Si je m'arrête à ce point de l'histoire, c'est que c'est ici que la main de l'imaginaire lâche celle de la réalité pour continuer seule son chemin romanesque.
Le risque pour un auteur qui décide ainsi de s'inspirer de la réalité, c'est de se laisser polluer et enfermer dans celle ci, pour ne livrer au final qu'un ressassé de fait divers. Boris Clément lui, se joue parfaitement de ce piège pour laisser libre cours à son imagination et libérer ses personnages du carcan du réel.
Car ce qui arrivera à la libération de Pablo Dos Santos est détonnant. L'auteur va embarquer son lecteur dans une histoire pleine de rebondissements qui le tiendra en haleine jusqu'à la dernière page.
Immanquablement les personnages de ce roman vous marqueront. En particulier ce duo improbable constitué de cette patte-folle de Di Natale, flic qui ne se déplace jamais sans sa canne, dont la vie est aussi vide que son frigo mais à la personnalité duquel on s'attache irrémédiablement ; Et son ami " H", relation sulfureuse s'il en est pour un flic, ami d'enfance qui a tracé son sillon dans les affaires illégales, et qui règle ses différents avec la concurrence de manière aussi expéditive que définitive.
Paradoxalement le scénario n'a en soi rien d'exceptionnel. Mais la manière dont celui ci est
conduit, le sens du rythme de Boris Clément, le pari, réussi, de désaxer à un moment donné son roman pour lui donner un autre centre de gravité, et le fait que l'histoire soit servie par des personnages hors norme, donnent à ce roman un ton, une couleur originale qui a fait que j'ai dévoré celui ci en deux jours.
Mélange détonnant de violence et d'humour, Boris Clément signe une histoire solide, un roman efficace qui atteint son objectif, celui de divertir son lecteur.
" La canne à tête de chien" est un des meilleurs premiers romans que j'ai lu depuis trois ans . Et à la conclusion de sa lecture, le bloggeur que je suis ne regrette pas d'avoir accepté l'invitation au voyage, et de lui donner par cette chronique ce petit coup de pouce, fort modeste, qu'il a bien mérité.
A vous maintenant de le découvir !