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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 19:36

JAMES HAYMAN
EDITIONS L'ARCHIPEL

Donne moi ton coeurDonne moi ton cœur.

 

Oui, enfin, peut être pas de la manière dont  vous pouvez l'imaginer !

 

Passion Polar ne sombre pas dans le romantisme à l'eau de rose rassurez vous ! Il ne s'agit pas d'un titre de la collection Harlequin , mais bien celui d'un thriller signé James Hayman et publié aux éditions L'ARCHIPEL.

 

Lucinda a disparu. Mais elle n'est pas la seule . Avant elle, Katie , 16 ans,  s'était volatilisée une semaine plus tôt . Et c'est son cadavre que la police retrouve au moment où elle s'empare de la disparition de Lucinda.

 

Sur place le médecin légiste fait un constat troublant et particulièrement inquiétant. Katie à la cage thoracique ouverte et son cœur a disparu.

 

Au drame, va s'ajouter l'horreur  quand l'autopsie confirmera la crainte des deuxjogging inspecteurs: Le cœur de la victime a bien été prélevé alors que celle-ci était encore vivante.

 

Seul élément positif, la mort de Katie est récente. Le tueur l'a donc préservée vivante une semaine durant. C'est le temps dont dispose la police pour retrouver et sauver Lucinda.

 

 Mc Cabe est son équipe vont explorer toutes les pistes, à commencer par celle des chirurgiens de Portland spécialisés dans la chirurgie cardiaque. Il faudra toute la perspicacité et l'habilité d'un informaticien pour faire parler une bande vidéo et donner aux policier les premiers indices susceptibles d'être exploités et de les mettre sur les traces du tueur, dans cette affaire qui s'avère particulièrement délicate.

 

chirurgieD'autant que cette histoire va lever le voile sur une autre série de meurtres perpétrés en Floride quelques années plus tôt.

 

Si vous aimez les thrillers haletants où l'angoisse et le suspens vont crescendo, alors sans nul doute ce livre est pour vous!

 

Pour son premier roman, James Hayman maîtrise en effet parfaitement les codes du genre.

 

 A cela s' ajoute une écriture alerte et une galerie de personnages à qui l'auteur a essayé de donner une profondeur psychologique en ouvrant une porte sur leur vie privée respective.

 

A l'image de Mc Cabe par exemple ,un flic qui traine derrière lui une histoire personnellearme sulfureuse qui l'a contraint de quitter New York où il officiait.

 

Divorcé, plaqué par sa femme qui lui a laissé la charge de leur fille Casey, âgée de 13 ans,  il vit depuis une relation amoureuse avec quelqu'un qui n'est pas du sérail, et  tente de concilier autant que faire se peu, sa vie de flic et son rôle de père. Le lecteur le suivra dans les méandres de son enquête et son soucis permanent de protéger sa fille des dangers du monde qui l'entoure.

 

james-hayman

 

L'écriture de James Hayman est certes efficace.Pourtant, malgré un soucis évident de l'auteur de construire un scénario plus dense que la plupart des romans du même genre, sa trop bonne maîtrise des rouages du thriller en fait au final un roman attendu, prévisible, qui s'inscrit trop parfaitement  dans le moule traditionnel du genre .

 

 

Il en ressort donc un thriller de facture classique, qui ne renouvellera pas le genre , mais qui, en cette période estivale, se laissera facilement lire sur la plage ,dans un train ou à l'ombre d'un parasol . Un bouquin que les amateurs de trhiller apprécieront , tandis que les autres passeront sans doute rapidement à autre chose.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 07:00

JAMES SALLIS

Editions RIVAGES

 

Traduction : C.MERCIER & J. GUYON

 

le tueur se meurtC'est un roman à la fois tendre et crépusculaire que signe James SALLIS avec" Le tueur se meurt".

 

Loin des histoires à rebondissements, des fusillades , des règlements de compte et  des enquêtes à chausse trappe, James Sallis nous offre un roman différent, original et poignant.

 

 Celui de trois âmes , hantées chacune à sa manière par le départ, l'absence et la mort. Trois âmes en errance, posées sur le cour de la vie, et qui dérivent, poussées par le souffle léger d'une destinée qu'ils n'essayent même pas de contrarier.

 

Chrétien est un tueur à gage à bout de souffle, en fin de parcours , dont le peu de vie qui lui reste est rongée par la maladie.

 

Au moment où il s'apprête à accomplir un énième contrat, il a la désagréable surprise de voir sa cible atteinte par un tir qu'il n'a pas provoqué. Si celle ci ne meurt pas, il n'en reste pas moins qu' il a été doublé. Mais par Qui? C'est ce qu'il va chercher à savoir. Mais quand on est en fin de vie, rien n'est facile pour un homme fatigué.

 

Sayle est flic. C'est à lui que revient la charge d'enquêter sur cette tentative d'homicidecart avortée. Une enquête qui semble lui échapper comme le sable qui file entre les doigts, et  dont l'esprit est tourmenté par la disparition prochaine de sa femme et les tendances suicidaires de son coéquipier. Il traîne ainsi son existence comme un fardeau de plus en plus lourd.

 

Jimmy quant à lui est un jeune garçon débrouillard . Il n'a d'ailleurs pas trop le choix puisque que sa mère a quitté le foyer familiale, et que son père s'est volatilisé à son tour quelques temps plus tard. il est donc livré à lui même et vit seul, sous le regard bienveillant de sa voisine, qui feint de ne pas avoir deviné la situation du gamin. Pour survivre ce dernier  achète et vends des objets sur des sites marchands en lignes. Et dans le noir de sa chambre et la réclusion de sa solitude, il fait des rêves étranges où il souffre et étouffe.

 

Trois personnages, trois errances que nous dépeint Sallis avec beaucoup de tendresse et de poésie. Des destins qui vont se croiser, sans jamais se rencontrer. Trois histoires personnelles qui ne se rejoindront pas.

 

ordinateur-internetDes parcours décrits avec une certaine nonchalance  dans l'écriture qui donne au texte une douceur , que seule l'idée de la mort, omni présente viendra rendre parfois légèrement aigre douce.

 

James Sallis aime à entourer ses personnages de mystère. Et il en sera ainsi jusqu'au bout du roman.

 

Ici, l'enquête passe au second plan et le lecteur n'aura pas les réponses à toutes ses questions. Le voile d'ombre ne se soulève qu'en partie, et celui ci suit ces vies qui filent , traverse leurs pensées, leurs émotions sans jamais pouvoir établir de frontière claires entre la réalité et l'esprit  vagabond ou malade de certains de ces personnages, voire sans plus trop savoir qui s'exprime, qui ressent, qui rêve. Le lecteur flotte en compagnie de Chrétien, Sayle et Jimmy.

 

A l'occasion d'une interview , l'auteur a expliqué qu'il était parti dans l'écriture de ce court roman avec une idée très précise de ce qu'il devait être, suivant un plan et une mécanique réfléchie. Comme il avait toujours eu l'habitude de le faire avec ses précédents romans.

 

 Mais au bout de quelques pages d'écriture, il a ressenti le besoin de se lâcher et de partir làJames-Sallis.png ou ses personnages avaient envie de le conduire, sur un territoire qu'il n'avait pas l'habitude de fréquenter.

 

C'est ainsi que James Sallis veut écrire aujourd'hui. Et le résultat est plutôt réussi !

 

Avec " Le tueur se meurt" cela donne un roman sensoriel , un livre d'atmosphère, fait de questionnements de solitude, et de résignation.

 

C'est sans doute un des romans les plus originaux et des plus désarçonnants  de James Sallis, mais " le tueur se meurt" est assurément aussi un beau roman.

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 19:01

cdc

 

DENNIS LEHANE
EDITIONS RIVAGE

 

 

 

 

Ils vivent la nuitDL1Il y a comme çà des auteurs, dont il suffit d'entendre le nom pour se précipiter chez son libraire et acheter son dernier livre les yeux fermés sans trop se poser de questions.

 

S'ils sont très peu dans cette catégorie, indéniablement Dennis Lehane en fait partie. Car si certains devaient encore douter de l'immense talent de cet écrivain (mais y en a t-il  encore vraiment ?), son dernier roman " Ils vivent la nuit" devrait définitivement les convaincre de la place centrale qu'il occupe  aujourd'hui dans le paysage de la littérature noire américaine.

 

Bien qu'ayant remisé son duo Kenzie - Gennaro (Un dernier verre avant la guerre, Sacré, Gone baby gone ...) Dennis Lehane n'abandonnera sans doute jamais ses romans à intrigues qui ont fait son succès (Mystic River, Shutter Island...). Mais nul doute que depuis son génial " Un pays à l'aube", épopée bostonienne campée au début du XXème siècle, l'auteur semble avoir pris une dimension supérieure avec ce besoin impérieux de raconter sa ville, et à travers elle l'histoire de son pays.

 

Nous voilà donc replongé dans ce Boston de l'après première guerre pour y retrouver àprohibition3 nouveau la famille Coughlin. Mais si nous avions laissé Danny Coughlin à son destin de flic désenchanté qui finit par quitter la ville pour fuir sa corruption et s'affranchir de l'omniprésence de son père, c'est sur celui de son frère cadet, Jo, que s'ouvre « Ils vivent la nuit ».

 

Mais à l'inverse de ses aînés, c'est dans la rue que Joe dessine les contours de son avenir, loin des traces de son père et de son frère qu'il ne veut pas suivre.

 

Dans ce Boston de la prohibition où les tripots et les bars clandestins pullulent, où l'alcool et le fric à coulent à flot, et où les organisations criminelles commencent à tisser leur toile à travers le pays, il y a bien pour lui une petit place à prendre, fut ce en se contentant de quelques miettes.

 

 Car Jo n'ambitionne pas de devenir un gangster et de se tailler un nom dans le milieu. Il se fait juste un point d'honneur d'être un hors la loi et de vivre libre de toute contrainte.

 

GangstersPourtant, c'est bien en braquant le bar clandestin d'Albert White, un parrain local, et en tombant amoureux de sa maîtresse, Emma Gould, qu'il va précipiter son destin et s'écrire une autre histoire.

 

Car la vengeance de White aura tôt fait de le rattraper. Balancé, arrêté par son propre père et tabassé par ses hommes, Jo se retrouve enfermé dans le pire pénitencier qui soit, celui de Charleston, là même où seront exécutés Saco et Venzetti.

 

C'est là qu'il va apprendre à survivre, à sortir les crocs. Notamment face à Maso Pescatore, le caïd des lieux, avant que ce dernier ne lui accorde sa protection, n'en fasse son homme de confiance, et ne l'envoie en Floride à sa sortie de prison pour s'occuper de ses affaires.

 

 Là bas, c'est un empire qu'il va bâtir. Mais la fin annoncée de la prohibition va remettre en cause bien des équilibres fragiles et précipiter bien des destins.

 

Initiée avec " Un pays à l'Aube", Dennis Lehane poursuit avec " Ils vivent la nuit" sa fresqueProhibition-2.jpg sur l'histoire de cette ville de Boston durant la première moitié du XXème siècle, qui condense si parfaitement celle des Etat Unis.

 

Dans ce second opus c'est au monde des gangsters  auquel s'intéresse l'auteur, durant cet âge d'or de la prohibition qui a tellement nourri l'imaginaire de nombre d'auteurs et de réalisateurs.

 

Sujet maintes fois exploité donc, et pourtant le talent exceptionnel de Lehane opère toujours. Il embarque son lecteur dès les premières lignes dans ce voyage tumultueux, âpre et violent.

 

Les personnages nous sont immédiatement familiers, et nous vivons leur histoire plus que nous la lisons. Joe est d'autant plus attachant qu'il est intelligent et porte des valeurs inhabituelles pour un malfrat. Il y a de la candeur chez lui.

 

prohibition-endsSi les dimensions sociales et raciales sont toujours présentes comme dans "un pays à l'Aube"  ce second volet de cette fresque magistrale, est un peu plus intimiste.

 

Au delà de l'histoire de l'ascension et de la déchéance d'un homme dans l'univers impitoyable de la mafia, c'est aussi et surtout la problématique du rapport au père qu'explore Lehane à travers ses personnages, ce qui les rend d'autant plus humains et poignants. Et celle ci est omni présente tout au long du roman.

 

Ce père, ce policier de renom que Joe a voulu fuir, qui n'hésitera pas à envoyer son fils dans la pire des prisons, mais qui sacrifiera son honneur pour le protéger. Ce père auquel on s'accroche une fois celui-ci disparu, à travers un objet reçu en héritage et qui symboliselehane tout le courage qui fut le sien du temps de sa splendeur.

 

Elle perdurera encore bien au delà de sa mort, dans le rapport à  son chef mafieux qu'il lui faudra bien affronter, et s'estompera enfin quand les rôles s'inverseront, que Joe finira un jour par s'assoir sur un muret, devant un coucher de soleil, la canne à pêche lancée à l'horizon, assis près d'un fils.

 

Très belle histoire que celle de cet homme qui se rêvait hors la loi parce qu'il se rêvait libre, qui s'était juré de ne pas ressembler à ces brutes qu'il côtoyait, mais qui finira par comprendre qu'il n'y a pas d'honneur ni de morale dans l'univers impitoyable de la pègre, et que pour survivre il n'avait d'autre choix que de devenir  lui aussi , un gangster.


 

" la certitude est le plus éblouissant des mensonges" "Ils vivent la nuit" Dennis LEHANE.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 18:00

JAMES KEENE

         HILLEL LEVIN

Editions POINT

 

TRADUCTION: FABRICE POINTEAU

 

Je profite des sorties poches de Janvier pour remettre aux goûts du jour deux chroniques que j'avais réalisées à l'occasion de la parution de ces ouvrages en grand format et qui pourraient vous aider à faire votre choix dans la multitude de romans proposés en ce début d'année. Le premier de ces romans est " Avec le diable" les éditions POINTS offre une couverture métallisée assez originale.

 


 

 

avec le diableLa vie emprunte parfois des chemins chaotiques, conduisant certains de nos condisciples en des lieux où la liberté est en rétention, confiscation salutaire pour une société qui se protège.  James  Keene est de ces garçons là. Pourtant, rien n’était écrit d’avance.

 

Plutôt beau gosse et intelligent, James a grandi à l’ombre de ce père multi-entrepreneur qu’il admire plus que tout, et pour qui il porte une tendresse bienveillante devant l’échec d’à peu près  tout ce qu’il entreprend.

 

Après un parcours scolaire plutôt réussi, ce jeune dégourdi devient un as de la débrouille, et développe à l’inverse de son géniteur un sens inné des affaires.

 

Mais paradoxalement son talent le conduit à prendre des chemins de traverse et à se perdre dans les méandres  de l’argent facile et du business illicite en se fourvoyant dans le trafic de drogue.


Quand il est arrêté et présenté à la justice James Keene est condamné à 10 ans de prison ferme.

 

Son parcours aurait pu  alors se confondre avec celui de centaines d’autres trafiquants emprisonnés comme lui, à croupir dans sa cellule et subir les affres de l’enfermement.

 

Mais voilà, il était dit que James Keene aurait un destin. A peine arrivé à la prison, le voici prisontexas.jpgconduit dans une pièce où il se retrouve  face à face avec le procureur qui l’a fait tomber et condamner. Et celui-ci lui propose un marché incroyable : effacer sa peine s’il collabore à confondre un homme déjà emprisonné pour meurtre, mais que l’on suppose être un tueur en série.

 

James aura beau tergiverser, cette proposition, à défaut d’être l’occasion d’une rédemption est une chance unique qui s’offre à lui de retrouver sa liberté. Aussi accepte-il ce marché. Le voilà donc transféré dans la prison de Springfield dans le quartier de l’asile psychiatrique de ce pénitencier redoutable où est détenu celui dont il devra gagner la confiance.

 

 Cet ouvrage n’est pas un roman contrairement à ce que certains pourraient penser, mais un témoignage rapporté, un vécu retranscrit par James Keene lui-même avec l’aide de la plume du journaliste Hillel Levin. A eux deux ils retracent ce parcours hors du commun qui a conduit un condamné ordinaire à côtoyer un serial killer, Larry Hall soupçonné du meurtre d’une vingtaine de jeunes femmes.

 

Une bonne partie du livre est consacré à la vie de James Keene, à son envol dans le monde des affaires jusqu’à s’en brûler les ailes et à sa chute dans les filets du FBI.  Un enfant débrouillard qui très vite apprendra à voler de ses propres ailes, et à devenir  l’ange gardien de son  propre père en renflouant régulièrement ses affaires qui périclitent.

 En même temps, s’intercale celle de Lary Hall, ce tueur soupçonné des pires atrocités commises sur de jeunes femmes. Ce type qui affirmera « « Parfois je rêve que je tue des femmes. Mais je crois que c'est juste un rêve. ». Un homme enfermé dans sa folie au service de laquelle il m'est en oeuvre une intelligence redoutable.

 

 Nous revivons l’enquête de police, tous les subterfuges déployés par celle ci pour le confondre, son procès, et l’appel qui s’en suivra.

 

Et  nous suivons ce jeune prisonnier enfermé au milieu des plus dangereux psychopathes de la région, à essayer d’entrer dans la logique et dans la tête de Lary Hall pour le conduire à avouer l’inavouable.

 

 

Keene-Hillel.jpgJames Keene parviendra t’il à ses fins dans ce huit clos carcéral étouffant ? Vous le découvrirez sans doute vous-même en lisant cet ouvrage ! Mais paradoxalement, ce n’est pas tant dans la réussite ou l’échec de cette « mission » confiés à ce jeune détenu que réside l’intérêt de ce livre.

 

Si l’approche du serial killer, la manigance de James pour  rentrer dans son cercle est intéressante à suivre, le portrait de cette police manquant de discernement et qui aurait pu depuis longtemps mettre un terme à la folie meurtrière de Hall, celui de cette justice prête à s’accommoder de petits arrangements pour parvenir à confondre un coupable, et l’habileté de ce tueur malade mais redoutablement intelligent à déjouer les pièges qui lui sont tendus, offre à ce livre son intérêt captivant.

 

Un document saisissant sur deux destins croisés qui apporte un éclairage interessant sur des criminels que l'on retrouve très souvent dans nos romans, les sérials killers, et dont pourtant nos sociétés ont tant  de mal à cerner la part d'ombre qui les anime.

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11 novembre 2012 7 11 /11 /novembre /2012 19:06

Eric Miles WILLIAMSON
Editions POINTS

oakland-copie-1.jpgMéfiez vous de T-Bird Murphy. Méfiez vous de lui, parce que si d'aventure il vous prenait d'ouvrir ce bouquin , il aurait tôt fait de surgir de celui ci comme un diable de sa boite, de vous agripper par le col , de vous soulever et de vous plonger manu militari dans le roman de sa vie.

 

Tenu fermement par une poigne de fer, il collerait son visage à quelques centimètres du votre, au point que son haleine de whisky ne manquerait pas de provoquer chez vous un haut le cœur. D'autant que le bougre est plutôt du genre crasseux. Et vous n'auriez plus le choix que de l'écouter, que ca vous plaise ou non !

 

 Car T-Bird  à des choses à vous dire, des comptes à régler. Avec vous, avec la société, avec lui même. Il a une terrible envie d'hurler sa haine.


Dès lors vous ne broncheriez pas. Supporteriez ses postillons, ses cris, son vocabulaire qui pousserait une bonne sœur à supplier qu'on la rende sourde plutôt que d'entendre ces mots inspirés par le diable en personne.

 

J'ai ouvert ce livre, et T-Bird m'a dégueulé sa vie en pleine figure.

 

T-Bird est un bâtard d'Oakland. De ces gars mal nés dont on ne sait qui est vraiment le père, mais dont sait par contre que la mère se comportait comme pute. Il est le fils de personne et de tout le monde à la fois. Même si Pop le considère comme le sien.

 

Sa ville, c'est celle des bas fond, des ghettos, des taudis et des rues bombardées par laghetto.jpg pauvreté, repoussés de l'autre côté de la baie de San Francisco avec tous les rebus d'une société qui ne supporte pas de voir le prix qu'elle paye pour sa réussite.

 

Et pour un mec d'origine irlandaise, pas évident de vivre entre les blacks et les mexicains, toujours prompts à sortir une lame ou un gun pour régler leurs problèmes de voisinages.

 

La violence n'est d'ailleurs jamais bien loin, comme la loi universelle des pauvres pour s'en sortir , se protéger ou se faire entendre. Mais dans ce monde d'alcoolos, de drogués et d'épaves errantes de la vie, la solidarité des miséreux est aussi un bien commun, l'unique richesse de ces démunis pour tenir face à cette existence qui les piétine.

 

Pourtant, c'est bien au milieux de ces âmes en perdition que T-Bird vit. Au milieu de cette laideur urbaine dans laquelle il arrive à trouver de la beauté. Car finalement, c'est là qu'il se sent vraiment vivant, au milieu de cette fange humaine qui est sa seule famille. Lui qui pourtant avait connu la chaleur d'un foyer et la sécurité d'un emploi quand il était marié.


Mais quand sa femme l'a plaqué, c'est à terre qu'il s'est retrouvé à nouveau, dans le caniveau d'une existence qui s'évertue à rester attirer par l'égout.

 

decharge.JPGToute sa vie il a trimé. De petits boulots miteux en gagne misère. A ramasser des crottes de chien quand il était gosse, à conduire un camion benne une fois adulte. La crasse est son uniforme, les poches trouées son quotidien.

 

Mais même sans le sous il reste toujours quelques pièces pour offrir sa tournée à ses potes d'infortune qu'il retrouve au bar pour partager ensemble leurs bitures vengeresques contre cette vie de misère, ces femmes qui les ont trahis et tous ces choses qui font ce qu'ils sont.

 

C'est là qu'ils se retrouvent, les naufragés ,les gueules cassés, les abîmés, les trimeurs de cette société qui fait d'eux des miséreux. Là qu'ils partagent leur vie, leurs coups de gueule, leur craintes mais  jamais leurs rêves car ils n'ont que le désespoir en partage .

 

 Aussi le bonheur se cache dans ces quelques moments partagés, ces petites choses simples à côté desquelles , la plupart d'entre nous passerait.

 

" Si, la merde qu'on voit, les étrangers considèrent qu'elle est laide, c'est parce qu'ils sont trompettes.jpghabitués à la merde que, eux, ils trouvent belle et qu'ils ne perçoivent pas combien leur monde peut nous paraître immonde à nous, la laideur de leur petit personnel et de leurs bagnoles européennes ou japonaises hautement antiseptiques qu'aucune tache de sperme ni de honte ne corrompt jamais, la laideur de leurs briques si parfaitement alignées, de leur carrelage récuré, de leurs jardiniers, de leurs plombiers, tous ces gens qui travaillent pour eux  . Mais nous, parce qu'on est nous, on voit des trucs magnifiques qu'ils ne voient pas. La beauté d'une haie bien taillée ou d'une rampe d'accès au béton bien coulé, la beauté d'un petit ange mexicain en cloque à treize ans, obèse et triste, la beauté d'un immeuble correctement démoli. Nous qui vivons dans la laideur, on connaît la beauté - et elle n'a rien à voir avec ce qu'on trouve dans les magazines branchés des salles d'attente des toubibs ou des avocats spécialisés dans les divorces."


Williamson-Eric-Miles.jpgEric Miles Williamson nous livre un roman magistral qui prend aux tripes.  Un voyage dans l'enfer des petites gens, de ces besogneux " qui ne seront jamais propres" , scellés dans un destin qui ne leur laisse aucune échappatoire.

 

Alors la colère gronde, et  la haine contre cette société transpire.

 

Pourtant, à travers la colère et les vociférations de T Bird, de ce personnage qui aime la musique et la litterature, on devine progressivement,malgré tout, que derrière le désespoir, se cache finalement une terrible envie de vivre. Car il n'" Y a rien de plus beau que la volonté de vivre lorsqu’on baigne dans le désespoir absolu. L’espoir c’est pour les connards. Il n’y a que les grandes âmes pour comprendre la beauté du désespoir."

 

" Bienvenue à Oakland" est un chef d'œuvre, un livre qui fera date dans l'oeuvre de cet auteur extraordinaire, qui sans jamais faire dans le miserabilisme nous signe là  sans doute l'un des meilleurs romans de ces dernières années.

 

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N'hésitez pas à la lire la très belle chronique de mon amie La Ruelle Bleue sur ce roman !

 

c'est par ici

 


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14 octobre 2012 7 14 /10 /octobre /2012 16:38

  Erik LARSON

  Editions du CHERCHE MIDI

 

dans le jardin de la bêteAprès l'énorme succès de son premier livre , " Le diable dans la ville blanche" publié en 2011 , les lecteurs attendaient avec grande impatience la parution de son nouveau roman.

 

Pourtant "Dans le jardin de la bête", publié en septembre dernier, de roman il n'en est pas question. Car c'est le fruit d'un formidable travail de recherche et de documentation que nous offre Erik LARSON dans ce bouquin qui se lira malgré tout comme une histoire romanesque.

 

Erik LARSON nous plonge en effet dans une période sombre de notre histoire commune, celle de l'Europe de l'entre deux guerre, et nous amène plus précisément au moment de l'avènement de l'idéal nazi qui commence à étendre ses tentacules sur la société allemande consentante.

 

Hitler n'est au pouvoir que depuis quelques mois quand William E. Dodd, paisible universitaire passionné d'histoire, se retrouve presque malgré lui propulsé ambassadeur américain auprès du régime nazi. Ce poste, personne parmi les hauts responsables de la diplomatie américaine n'en a voulu, et c'est donc par défaut, que Dodd  et sa famille se retrouve dans la capitale allemande.

 

Ignorant tout du protocole, des us et coutumes de la caste des diplomates, Dodd , qui n'estdodd-desk-1933.jpg en plus pas fortuné, va très vite devenir l'objet de moqueries et de railleries de la part de ses pairs au Département d'Etat.

 

Car le nouvel ambassadeur outre qu'il ne soit pas du sérail, n'est pas non plus un adepte de la frivolité et du faste somptueux des mondanités qui rythme à cette époque la vie diplomatique. Au contraire, ce dernier va s'attacher à réduire les dépenses de l'ambassade, s'éclipsera rapidement des soirées offertes à travers la capitale et détonnera en circulant à bord de sa vieille voiture qu'il a fait venir des Etats Unis plutôt que dans une luxueuse berline.

 

Mais outre ses origines sociales et sa fortune, c'est aussi sur ses actes politiques que Dodd sera très vite critiqué. Dans les couloirs des services de Département d'Etat, nombreux seront ceux qui se joueront de lui et n'auront de cesse de lui savonner la planche pour qu'il soit au final éjecter d'un poste que personne ne voulait, mais pour lequel il passe pour un usurpateur.

 

Car ce que l'on attend d'abord de lui, c'est de veiller à ce que l'Allemagne paye sa dette aux Etats Unis d'Amérique, dont les petits porteurs  sont les premiers détenteurs, et non pas se mettre le régime nazi sur le dos par ses déclarations ou ses postures provocatrices.

 

adolf-hitler.jpgDodd n'était toutefois pas arrivé en Allemagne dans cet état d'esprit là. Ayant passé quelques temps à Leipzig à l'époque où il était encore étudiant, il porte sur le pays qui l'accueille un regard empreint de nostalgie et de tendresse. Sa perception du nouveau régime est plutôt bienveillante. Il admire la volonté farouche d'Hitler de sortir le pays de la crise et de remettre tout le monde au travail.

 

Pourtant déjà,  des actes délictueux avaient cours à travers le pays. Des lois de plus en plus restrictives pour les juifs étaient votées et mises en œuvre, des agressions physiques de juifs et de ressortissants étrangers, dont des américains, par des S.A  n'étaient pas rares. Régulièrement l'ambassadeur intercédait auprès des autorités pour faire libérer un ressortissant emprisonné de manière arbitraire. Toujours lui était il expliqué, qu'il s'agissait d'une regrettable erreur.

 

Pour autant, Dodd n'était pas inquiet outre mesure. Concernant la question juive, s'il considérait que le sort qui leur était réservé était discutable il estimait cependant  qu'«un peuple a le droit de se gouverner et que les autres peuples doivent faire preuve de patience». Sa fille Martha, qui aura de nombreux amants parmi les diplomates occidentaux et les dignitaires du parti nazi,  est encore plus enthousiaste et se laisse séduire, pour un temps, par ce projet de renaissance qu'incarne Hitler et ses fanatiques.

 

Et c'est là que le livre offre tout son intérêt. Dans l'évolution de cet ambassadeur  sansincendie_reichstag2.jpg envergure et de sa fille qui vont se retrouver balloter par les flots d'une histoire, dont tous ignore encore qu'elle va tremper sa plume dans le sang des hommes.

 

Et de répondre au fil des pages à la question lancinante et obsessionnelle du citoyen du XXIème que nous sommes. Comment n'avons nous alors rien vu venir?

 

Le travail d'Erik LARSON replace admirablement bien ces évènement dans le contexte de l'époque.

 

Les Etats unis ne se sont pas encore remis de la crise de 29  et s'enferment dans une posture isolationniste qui durera jusqu'à ce qu'ils soient finalement contraints de rentrer dans la guerre.

 

13 oW2HcL'époque est celle d'un antisémitisme diffus, qui, s'il trouve son expression et son paroxysme le plus dramatique en Allemagne, n'en est pas moins latent dans les couches des autres sociétés occidentales, à commencer par les Etats Unis eux même, où nombreux sont ceux qui veulent empêcher que le pays ouvre ses portes à l'immigration juive.

 

Obnubilés par la paix, les états se confortent des déclarations apaisantes d' Hitler, et ne veulent pas voir dans les incidents répétés rapportés par leurs corps diplomatiques qu'un régime totalitaire particulièrement agressif se met en place et menace la paix.

 

Il faudra donc des mois pour que Dodd et sa fille finissent par ouvrir les yeux et de n'avoir de cesse, de retour aux Etats Unis d'alerter l'opinion sur ce qui se prépare. "La nuit des longs couteaux" qui verra la suppression physique des responsables des S.A, dont le premier d'entre eux, Rhöm sera l'évènement qui finira de les convaincre que la bête vient de se réveiller et qu'elle se met en marche.

 

Mais il est déjà trop tard, et la voix de ce diplomate amateur qui avait finalement comprisLarson avant beaucoup d'autres est restée inaudible.

 

Le livre d'Erik LARSON est très richement documenté. Nombreuses sont les anecdotes, parfois dramatiques qui jalonnent ce travail remarquable d'investigation qui se nourrit des correspondances , des notes diplomatiques, de journaux personnels pour décortiquer cette période annonciatrice des temps noirs à venir.

 

Un livre qui se lit comme un roman, et qu'en ces temps tumultueux où la tentation du renfermement sur soi et l''exclusion de l'Autre grandit chaque jour un peu plus avec la crise, il conviendrait de lire. Histoire de ne pas , un jour,reproduire les même erreurs.

 

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Remerciement à BABELIO aux Editions du CHERCHE MIDI

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26 août 2012 7 26 /08 /août /2012 19:13

RON RASH

EDITIONS LE SEUIL

 

Traduction: Isabelle REINHAREZ

 

le monde à l'endroit-copie-1Parmi l’avalanche de livres qui vont déferler dans les librairies à la rentrée, nul doute que le nouveau roman de Ron Rash fait déjà partie des plus attendus. Nouveau ? A vrai dire pas vraiment, car il s’agit en fait de la publication d’une œuvre datant de  2006, mais qui sauf erreur de ma part,  n’avait pas encore été publié en France.


Nul doute que le succès «  D’un pied au paradis » et «  Serena » n’est pas étranger au fait que l’on s’intéresse à l’œuvre première de ce romancier qui est en train d’acquérir la stature d’un des plus grands écrivains américains contemporains.


 « Le monde à l’endroit » est donc une œuvre antérieure aux deux romans précédemment publiés en France.


Déjà, il portait en lui  des thèmes récurrents et obsessionnels chez l’auteur, celui du rapport au père, de la rupture , de la survie dans un décor magnifique et sauvage  mais ingrat et rude pour les hommes qui s'acharnent à s'attacher à cette terre qui les malmène.


Les années 70 s'éveillent .C'est là, dans cette région des Appalaches , sur cette terre qui-Appalaches.jpg emprisonne et contrarie les destins que nous retrouvons Travis Shelton, un jeune de 17 ans. Après une scolarité aussi caillouteuse qu'un chemin en forêt, il travaille avec son père avec lequel il ne s'entend pas, dans l'exploitation familiale de tabac . Leurs rapports sont tendus. Rien dans la bouche de ce père  brutal pour valoriser son fils, rien dans son regard pour exprimer le respect et la reconnaissance de l'avoir à ses côtés dans les champs.


Alors quand il le peut, Travis va s'amuser avec sa bande de copains pour noyer son ennui dans l'alcool, ou bien s'échappe en arpentant cette nature immense et sauvage qu'il connait bien, pour pêcher la truite et fuir le monde.


C'est au cours de l'une de ses escapades qu'il va tomber sur une plantation illégale de cannabis. Bien sûr il ne résiste pas à la tentation d'en voler quelques pied pour se faire un peu d'argent, sans savoir encore que par ce geste il va précipiter sa vie dans un torrent tumultueux d'évènements qui vont bouleverser son existence.


Shelton-Laurel-Massacre-MarkerCar pour avoir voulu renouveler son petit larcin , Travis va cette fois se faire piéger par Tommy Carlton, bien décidé à défendre son petit commerce lucratif. Brute épaisse celui ci mutilera le jeune voleur pour lui donner une leçon en lui sectionnant le talon d'Achille avant de le conduire finalement à l'hôpital.


Paradoxalement, cet incident va avoir pour conséquence inattendue la rupture des relations entre Travis et son père. Quittant le giron familiale, il atterrira bien vite dans le mobil home de Léonard, celui là même qui lui avait racheté le cannabis qu'il avait dérobé.


Léonard est un ancien professeur qui a été révoqué. Divorcé, père d'une petite fille partie vivre avec sa mère en Australie, il deale de l'ecstasy auprès des  toxicos du coin . Son petit trafic  lui permet de survivre lui et ses chiens, et d'héberger  Dena, une jeune paumée échouée là, qui, en attendant que le vent de l'existence l'emporte un peu plus loin, lui tient compagnie.


D'abord rudes et distants, les rapport entre les deux hommes vont se transformer progressivement en une relation quasi filiale qui leur sera salvatrice.


 Avec Léonard, Travis, va s'ouvrir à la curiosité des choses, à l'envie d'apprendre. A sonsoldats-guerre-secession-flags contact, il va s'éveiller à son histoire familiale ,une histoire lestée d'un évènement tragique remontant à l'époque de la guerre de sécession où certains de ses ascendants furent massacrés, et dans lequel la famille de Léonard n'avait pas le meilleur rôle.


"Le monde à l'endroit" est un formidable roman.  C'est d'abord une galerie incroyable de portraits d'hommes et de femmes façonnés par cette nature sauvage environnante. Des loosers magnifiques, échoués au milieu de décors splendides mais prisonniers de leur paradis terrestre. Car dans cette région rebelle et indomptée, la terre est aussi un destin*. Une terre qui arrache les ailes de toute espérance d'une vie meilleure, qui étouffe toute velléité d'une émancipation sociale.

newronrash

Mais c'est aussi un roman sur la transmission et l'héritage de l'histoire. Car  " le passé n'est pas mort, il n'est même pas passé"* et corrode le présent des vivants.


C'est enfin  et surtout un remarquable roman sur la rédemption. Rédemption à l'égard d'une vie ratée , mais aussi à l'égard du passé familial et de sa tragédie.


Les personnages sont bouleversants, le décors fantastique, et l'histoire admirablement belle dans sa cruauté.


Un roman majeur pour cet auteur qui devient l'un des pilier de la littérature américaine.


A lire de toute urgence !

 

  *Ron Rash interwiew " Page" Aout-septembre 2012

** Willian Faulkner

 

______________________________________________________________________________________________

 

L'avis des copains:

 

ACTION SUSPENS

 

NICE MATIN ( blog litterature)

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 16:30

BRIAN EVENSON

EDITITIONS DU CHERCHE MIDI

 

traduction : Héloïse ESQUIE

 

baby legC’est un petit bouquin. Pas plus de cent pages à lire. Une novella donc. Ca s’appelle «  Baby leg » mais c’est signé Brian Evenson. Je dis « mais » car pour ceux qui connaissent cet auteur américain, cette signature est la garantie de partir une nouvelle fois dans un univers complètement déjanté d’où le lecteur ne ressort en principe pas sans un malaise, une nausée diront certains, une jubilation diront d’autres, tant cet auteur ne laisse pas indifférent.


Kraus se réveille dans une cabane. Amputé d’une main, Il ne se rappelle pas comment il est arrivé là. Mais il se devine en danger et ressent la nécessité de rester sur ses gardes. Il n’a pas de souvenirs. Si ce n’est ce rêve qui revient sans cesse le tourmenter, de manière obsessionnelle. Celui de cette femme tenant dans la main une hache, dotée d’une jambe normale et d’une jambe de bébé.


Dans un village tout proche il découvre une affiche qui annonce une récompense pour toute personne permettant de le retrouver. Un certain docteur Varner aimerait bien lui mettre la main dessus. Parce que l’épicière a reconnu en lui l’homme de l’affiche, Kraus l’agresse violemment et la tue. De retour dans sa cabane, deux individus l’attendent.


Une nouvelle fois Brian Evenson joue en quelques pages avec maestria une partition déstabilisante pour son lecteur. Car celui-ci ne sait pas, et ne sera jamais où l’auteur veut en venir. Le lecteur flotte volontairement entre la frontière du réel et de l’imaginaire. Kraus vit-il dans un rêve, ayant perdu toute notion de temps et d’espace, emporté par la folie ? Un voyage en profondeur dans une boîte crânienne malade ? Ou bien ce qu’il vit s’inscrit il effectivement dans la réalité ?


Du coup, le lecteur se retrouve sans repère lui aussi, n’ayant aucune prise sur une histoire oeil.jpgqui n’offre aucune aspérité à laquelle se raccrocher et où ses certitudes lui glissent entre les doigts à mesure que celles-ci s’esquissent. Position inconfortable. Car l’auteur le malmène tout autant que son personnage. Indéniablement, en une centaine de pages il s’amuse de lui , le capture,  l’enferme et le perd  dans cette histoire au relent de cauchemar paranoïaque. Un cauchemar où les membres amputés fonctionnent encore, où les morts agissent et parlent encore.


Pour ceux qui connaissent bien l’univers de Brian Evenson, ce roman ne devrait pas apporter grand-chose, si ce n’est un exercice de style plutôt réussi. Sa mémoire se rappellera d’ « inversion » et de «  la confrérie des mutilés » , nettement plus réussis et qui  avaient vraiment marqué son esprit. Peut être verrons nous malgré tout une symbolique dans ce petit roman halluciné, au regard de l’histoire personnelle de l’écrivain.


Ancien mormon celui-ci avait du quitter son église à cause de son œuvre qui trempait déjà sa plume dans l’horrifique. Faut-il voir dans ce roman une nouvelle dénonciation de l’église, représentée par ce docteur Verner qui s’acharne à le récupérer comme une ouaille qu’on ne veut pas laisser partir. Et ce membre amputé, cette main qui met en action les décisions, cette main qui permet de faire, est ce le juge arbitre que l’on ampute pour mieux soumettre à défaut de le lobotomiser?


Evenson.jpgToujours est-il que pour celui qui n’a jamais lu un roman de Brian Evenson, l’immersion dans son univers sera surprenante et déroutante. Mais c’est un détour que je vous invite à faire. On adorera ou on détestera, mais on ne restera pas indifférent.


Cependant, si vous n’avez encore jamais lu Brian Evenson, je vous conseille plutôt de démarrer par l’un de ses premiers romans et d'avoir l'estomac plutôt bien accroché.


Quant à moi, en m’apprêtant à conclure ce billet, j’en suis encore à me demander si j’ai aimé ou non cette novella. J’avoue que je garde encore dans la tête le souvenir de « "La confrérie des mutilés" que j’avais lu précédemment et qui m’avait durablement marqué et particulièrement séduit.

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Published by La petite souris - dans Auteurs Américains
31 mai 2012 4 31 /05 /mai /2012 18:51

A l'occasion de la sortie de " Nécropolis" d'Herbert LIBERMAN aux Editions POINTS DEUX, je ne resiste pas à l'idée de remettre en ligne le billet que j'avais fait de ce roman en 2010. " Nécropolis" est tout simplement un de mes romans cultes. Si vous ne l'avez pas encore lu, alors je vous en recommande très vivement la lecture à l'occasion de cette réedition.

 

NECROPOLIS

EDITIONS DEUX-POINTS


«  …. Le médecin légiste sait tout, mais un jour trop tard. » .

 

NécropolisLe genre polar et roman noir est paradoxalement la branche littéraire pour laquelle j’ai été le plus longtemps hermétique. Fan de Science Fiction , de fantastique et de littérature blanche, je n’ai jamais réussi, et pendant longtemps, à pénétrer dans cet univers si particulier. A chaque tentative je refermais le livre après quelques pages. C’est d’autant plus surprenant qu’aujourd’hui 80% de mes lectures sont composées de littérature policière !

 

C’est grâce à Herbert LIEBERMAN que je me suis ouvert au genre, et son roman NECROPOLIS a été la clé magique qui m’a permis de pousser les portes en grand de ce domaine que maintenant j’apprécie tant. Et c’est donc un peu grâce à lui que ce blog existe aujourd’hui.

 

En principe je ne relis jamais un livre. Pourtant, c’est avec une certaine délectation que je me suis replongé à nouveau dans ce roman, 25 ans après une première lecture, et je dois dire que j’ai été à nouveau subjugué par cette histoire et cet écrivain.

 

New York, la Grosse Pomme. Surface. Belle et lisse, débordante de vie. Couleurs etcoroner lumières. Ville où tout s’agite, se bouscule, s’entrechoque. ville de chairs et de sang. Ville d’actions et de mouvements, où tout se perd et tout s’oublie.

 

New York, la Grosse Pomme. Souterraine. Le fruit grouille de vers. Noire, blanche et sombre. Ville statique et silencieuse. Ville d’os et de poussière. Refuge des morts. S’y fige la vérité.

 

C’est là, à l’abri du tumulte et de l’effervescence du monde des vivants qu’opère Paul Konig, chef de l’Institut médico-légal de New York. Occupant les lieux depuis quarante ans, à déchiffrer les maux d’une société devenue immorale. C’est son domaine, son univers, il en connait le moindre recoin, il y est le maître (« Chaque fois que Konig accomplit cette descente, chaque fois qu’il pénètre dans cet abattoir, ce charnier qu’embrument, toujours nuhbplus épaisses, des vagues de miasmes putrides, il se sent submergé par l’impression bizarre, et pourtant parfaitement appropriée, qu’il rentre une fois de plus chez lui»).

 

A la tête de son équipe il rassemble, recompose, et déchiffre les corps mutilés, les corps démembrés ou déchiquetés. La vérité est mise à nue, crue, froide (« Tout est écrit là, sous les yeux du médecin, comme si les organes étaient une espèce de papyrus où s’inscrivent les hiéroglyphes absurdes de nos vies »). Car le médecin légiste est un expert, sa renommée est mondiale et son avis fait force de loi dans son domaine.

 

Mais Paul Konig est aussi un vivant. Son cœur bat encore. Pour sa fille, là haut, quelque part. Disparue depuis plusieurs semaines. Enfuie. Depuis la mort de sa mère. Depuis le reproche qu’elle en fait à son père. Un coup de téléphone, parfois, mais le silence comme seul interlocuteur. Les flics cherchent.

 

Le médecin est en effervescence. Les souvenirs remontent à la surface de sa mémoire. Sa femme emportée par un cancer, cette fille qu’il n’aura pas vu grandir, et qui ne lui pardonne pas d’être un médecin qui ne guérit pas. Chaque retour à la ville, à ce monde qu’il subit et ne maîtrise pas est pour lui une mise en péril.

 

Alors il s’enferme dans son travail, s’acharne jusqu’à l’épuisement à reconstituer les corps,1397g à remonter l’histoire de leurs derniers instants. Dans ces salles d’autopsies, rien ne peut l’atteindre. Pas même la calomnie quand celle-ci risque de toucher son service, ni même la trahison d’un membre de son équipe prêt à tout pour lui prendre la place. Aussi froidement et méticuleusement qu’il dissèque, il supportera l’une et écartera l’autre.

 

Ce roman a reçu le Grand prix de littérature Policière en 1978. Si je ne me trompe pas, c’est le premier roman qui fait entrer de plain-pied la médecine légale dans l’univers du polar. La précision quasi chirurgicale de Lieberman à décrire le travail du médecin légiste dans ses liebermanmoindres détails (le travail de recherche de l’auteur a du être phénoménal !) et à retranscrire l’atmosphère des salles d’autopsies reste à ce jour inégalé. Et ce n’est pas l’héroïne de Patricia Cornwell, Kay Scarpetta qui pourra venir concurrencer Paul Konig sur son terrain !

 

A travers 500 pages, et l’histoire de ce personnage atypique qu’est Paul Konig, un homme recraché par la vie, et avalé par les morts, c’est à la dissection d’une ville malade, New York, que procède Herbert Lieberman. Et plus de trente ans plus tard, les maux d’hier restent les maux d’aujourd’hui.

 

Ce roman s’apprécie autant pour l’histoire qu’il rapporte que pour la science de la médecine légale qu’il narre au fil des pages. Un livre majeur, un classique du roman noir qui doit avoir sa place dans toute bonne bibliothèque de romans policiers qui se respecte.

 

 

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Published by Eskalion - dans Auteurs Américains
20 mai 2012 7 20 /05 /mai /2012 10:00

JOHN CONNOLLY

EDITIONS PRESSES DE LA CITE

 

TRADUCTION : jacques MARTINACHE

 

la nuit des corbeauxUne légende raconte que les corbeaux surveillent pour les loups. Qu’ils les guident vers leurs proies, qu’ils mènent le malheur vers les plus faibles.

 

Peut être alors que les habitants de Pastor’bay,  une bourgade déshéritée du Maine coincée sur une presqu’île, auraient ils dû prêter davantage attention à ces oiseaux de mauvaises augures qui depuis quelques temps hantaient les cieux des environs.

 

Peut être auraient-il compris que le malheur avait jeté son dévolu sur leur communauté, et qu’installés sur les branches comme des gardiens silencieux, les oiseaux noirs étaient aux premières loges, à attendre que le spectacle s’offre à eux.

 

Charlie Parker est un ancien flic devenu détective privé, qui vit avec l’ombre de sa femme et le fantôme de sa petite fille, assassinées toutes deux  quelques années plus tôt.

 

Aussi quand son amie, l’avocate Amee Price le sollicite pour enquêter pour le compte de son client Randall Haight il ne peut qu’éprouver un certain malaise face à cet individu victime d’un chantage, mais dont le passé judiciaire ravive chez lui une colère sourde.

 

Car «  il y a des vérités si terribles qu’il ne faudrait pas les prononcer à voix haute, des vérités si épouvantables que le simple fait d’en prendre acte fait courir le risque de perdre une partie essentielle de son humanité, d’exister dans un monde plus froid, plus cruel encore qu’avant »

 

Randall Haigh est un homme harcelé, mais au passé sombre. A 14 ans, avec l’aide de soncorbeaux.jpg ami Lonny Midas, il a commis un acte incompréhensible et inimaginable pour un jeune de son âge : tuer une camarade avec préméditation. Arrêté,  condamné, il a purgé sa peine, comme son complice de l’époque, avant de ressortir libre, sous cette nouvelle identité, synonyme de nouveau départ.

 

Rangé, décidé à tirer un trait sur son passé, celui-ci lui revient pourtant en pleine figure.

 

Depuis quelques temps il reçoit par la poste des courriers anonymes contenant des prises de vue du lieu où il avait perpétré son crime. Quelqu’un a donc découvert sa nouvelle identité et veut le faire chanter. A moins que son intention se fasse plus menaçante encore.

 

Car au même moment la police est sur les dents. Une jeune fille de 14 ans, Anna Kore , a disparu depuis 72h.


Pour le client d’Amee le problème est cornélien. Soit il sollicite l’aide de la police, mais pour se faire devra lui dévoiler son passé et devenir peut être immédiatement un suspect idéal, soit il se tait et prend le risque d’être à terme accusé d’avoir caché des éléments susceptibles d’être en lien direct avec la disparition de la jeune fille.

 

Pour Parker difficile de se faire une conviction et d’enquêter sans savoir si le client qui l’emploie est innocent ou si son histoire est mêlée à celle d’Anna Kore. 

 

18423416 SSSon enquête s’annonce donc délicate, d’autant que les flics n’ont pas le détective dans leurs petits papiers et que gravitent autour de cette histoire des agents du FBI spécialistes des réseaux mafieux dont la présence ne colle décidément pas avec les circonstances.

 

Dès lors, l’aide de ses deux complices, Angel, un ancien braqueur et Louis un ex tueur à gages, ne sera pas de trop à Parker pour démêler cette affaire ténébreuse qui le mènera encore une fois sur des chemins bien sinueux.

 

C’est avec un vrai bonheur que je  renoue avec ce bon vieux Charlie Parker, personnage atypique et incontournable dans le paysage du roman policier. Découvert dans «  Tout ce qui meurt » et « laissez toute espérances », deux romans sublimes où plongent les racines du mal qui le ronge, le revoilà dans une aventure qui l’emmène une nouvelle fois vers le mal absolu et met à l’épreuve ce qu’il reste de son humanité.

 

Personnage abîmé, vivant à la frange du monde des vivants et des ombres il n’est toujoursFbii.jpg pas apaisé . Il porte encore en lui  cette même violence rentrée, cette marque de damnation qui l’imprègne et le pousse à se tenir loin de sa petite fille qu’il a eu avec sa nouvelle compagne, de peur d’attirer sur elle ce mauvais œil qui a déjà décimé les siens.

 

Tiraillé entre le bien et le mal, entre cette envie parfois de libérer cette violence qui l’habite pour une vengeance dont il sait qu’elle n’assouvira rien et sa volonté de rester parmi les vivants et lutter contre le mal, il se tient dans un équilibre précaire entre le monde de la raison et celui de la folie. Un homme pas tout à fait mort, mais plus tout à fait vivant, qui la nuit venue voit s’estomper les frontières entre ce qui est et ce qui fut, entre les vivants  et les fantômes. Un homme qui enjambe deux mondes, mais qui n’a sa place nulle part.

 

connolly.jpgJohn Connolly a de l’empathie pour ses personnages, quand Parker en a pour les victimes. Il parvient à mettre de la chaleur dans un personnage qui traverse un univers cruel et froid rendant attachant celui qui a tout perdu et qui erre au milieu des hommes avec la justice pour seule lumière.

 

Avec une plume puissante et efficace, il bâtît en quelques paragraphes une atmosphère oppressante ( le premier chapitre, très Hitchcockien est une petite merveille). Auteur aussi atypique que son personnage il aime une nouvelle fois  frôler les territoires du fantastique sans jamais en franchir les limites.

 

  "la nuit des corbeaux" n'est pas le plus violent des romans de Connolly. Peut être le lecteur aurait-il aimé voir les deux compères de Parker occuper une place un peu plus importante dans ce scénario qui les cantonne à une apparition en arrière plan. Malgré tout le livre est une réussite.

 

«  La nuit des corbeaux » n’a rien d’un roman linéaire. Il est fait de méandres et emprunte bien des chemins, mais il mènera une fois de plus le lecteur par le bout du nez jusqu’au son dénouement final, pour son plus grand plaisir.

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